Codex Xolotl

 

Etude d'une des composantes de son écriture : les glyphes

Dictionnaire des éléments constitutifs des glyphes.

 

Marc Thouvenot

 

Thèse pour le doctorat d'état es-lettres et sciences humaines. Présentée par Marc Thouvenot, sous la direction de M. le Professeur J. Soustelle Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, París, 1987.

Ce travail est dédié à Joaquín Galarza et aux tlacuiloque.

   
 
   
 

Remerciements

Depuis que j'ai rencontré Joaquín Galarza, actuellement mon Directeur de Recherche au CNRS, il y a une douzaine d'années dans son bureau du Musée de l'Homme, celui-ci m'a fait bénéficier, au cours de fréquentes rencontres, de toute l'expérience qu'il a patiemment acquise de l'image aztèque. Dès le début celui-ci a tenté (je ne suis pas sûr qu'il y soit parvenu) d'opérer, selon une de ses formules, un « décentrement de mon oil occidental ». Tout au long de ces années Joaquín Galarza, que ce soit au cours de réunions ou dans le cadre de son Séminaire sur l'Ecriture, auquel j'ai participé depuis 1982 en compagnie d'Uldarico de Silvestri, de Martine Fettweiss et d'Anne-Marie Wohrer, a véritablement investi beaucoup de son temps dans ce travail sur le Codex Xolotl. Je lui suis redevable, non seulement de connaissances transmises, soit oralement soit par l'intermédiaire de ses publications, mais encore d'un soutien moral constant, nonobstant certaines difficultés. Le fait de toujours trouver un encouragement de sa part, alors que par moment je porte un regard plein de doutes sur ce travail, m'a été d'une aide précieuse. J'espère qu'il trouvera dans cette étude une contrepartie à tout ce qu'il m'a donné.

 
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Je dois aussi des remerciements tout particuliers à M. Jacques Soustelle, Directeur de cette thèse, dont j'ai suivi pendant de nombreuses années le Séminaire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses cours ont été une précieuse introduction au Mexique Ancien et je lui sais gré de la liberté qu'il m'a toujours laissée dans mes recherches.

   
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La troisième personne à qui je dois beaucoup est Jacqueline de Durand-Forest, que j'ai connue au Séminaire de M. Jacques Soustelle. Pendant de nombreuses années j'ai trouvé auprès d'elle une personne avec qui j'ai toujours pu parler de divers sujets relatifs à la civilisation aztèque et dont j'ai pu suivre pendant plusieurs années les cours de Nahuatl à l'EPHE. Ses cours ont été très stimulants pour l'approche de cette langue, fondamentale dans cette étude.

 
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Ces trois personnes, chacune à sa façon, sont à l'origine de cette étude.

   
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Je dois aussi des remerciements à tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, ont favorisé ce travail :

   
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- les conservateurs de la Bibliothèque Nationale qui m'ont toujours permis de consulter le Codex Xolotl dans les meilleures conditions, ainsi que ceux de la Bibliothèque du Musée de l'Homme pour les publications.

   
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- Laurence Bougeard, Jacqueline de Durand-Forest, Marc Eisinger, Martine Fettweis, Joaquín Galarza, Jesús F. García-Ruiz, H. Harvey, Patrick Lesbre, A. López-Austin, H.B. Nicholson, Jeanette Peterson, Hans Prem, Eloïse Quiñones Keber, Rubén Romero Galván, Georgette Soustelle, Jacques Soustelle, B.J. Williams, Anne-Marie Wohrer qui m'ont donné, prêté, fait parvenir ou connaître de nombreuses publications.

   
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- Cristoph Himmighoffen qui m'a traduit de l'allemand certains textes de K.A. Nowotny et H.J. Prem.

   
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- Marc Eisinger, Jean-Pierre Hennequet et Richard Pailhes qui m'ont fait découvrir l'informatique et m'ont ainsi donné les moyens d'échapper à une asphyxie certaine. Le premier, en faisant devant moi des recherches sur le Codex Florentino qu'il a informatisé, m'en a donné l'envie et m'y a incité ; le second, en me montrant son micro-ordinateur, m'a donné à penser que ce que Marc Eisinger faisait sur de gros systèmes devait être aussi possible avec des moyens plus réduits ; et enfin des discussions avec R. Pailhes ont achevé de m'en convaincre. Mon informatisation a par ailleurs été facilitée par le contact toujours agréable que j'ai eu avec toute l'équipe de la société Micronim.

   
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- Jacques Soustelle et Joaquín Galarza, qui ont lu la première version de ce texte et m'ont fait part de leurs observations, tout comme Christophe de Beauvais, qui en a eu une partie entre les mains.

   
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- Babette Ilinski qui m'a, heureusement, fait numéroter les pages du Catalogue.

   
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- Dominique Petit du CTP de Montpellier, qui a assuré le tirage du texte, et Jean-Marie et Madame Gallardo de Copies Service, qui ont fait toutes les photocopies et les reliures.

   
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- Les maisons AH et Flammarion, qui ont proposé du travail à l'artisan-photographe que j'étais pendant les quatre premières années de cette étude. Les contribuables qui, par l'entremise du CNRS, m'ont versé pendant cette même période une Convention de Travail et un salaire les six années suivantes.

   
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- Mes Parents qui m'accueillent à chaque fois que je viens travailler à Paris.

   
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- La Bergère de la Vallée grâce à qui ce travail a pu être fait parce que j'ai la chance de partager sa vie.

   
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Introduction

Le Codex Xolotl est l'un des manuscrits pictographiques Mexicains conservés par la Bibliothèque Nationale de Paris 1.

   

 1 Le Codex Xolotl fait partie du Fonds Mexicain de la Bibliothèque Nationale de Paris. Il est conservé dans le Département des Manuscrits Orientaux sous les numéros 1-10.

cf. Catalogue des Manuscrits Mexicains de la Bibliothèque Nationale. Paris 1899 et le Catalogue des Codex Mexicains de la Bibliothèque Nationale de Paris de J. Galarza, 1974

 

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Il traite de près de quatre siècles de l'histoire de la cité de Texcoco et de cités avoisinantes comme Huexotla, Cohuatepec, Cohuatlichan et Tenochtitlan. Les récits que recèle ce document débutent en 1068 et prennent fin en 1429. Les principaux personnages de cette histoire sont les souverains successifs de Texcoco qui ont pour noms : Xolotl, Nopaltzin, Tlotzin, Quinatzin, Techotlalatzin, Ixtlilxochitl et Nezahualcoyotl.

   
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Cette histoire est écrite sur dix planches à l'aide d'images. C'est à leur étude que nous avons consacré dix années. Mais, ici, seule une fraction de ces images sera évoquée; celle correspondant aux dessins traditionnellement appelés « glyphes ». Un regard porté sur n'importe laquelle des planches (Tome : Codification) permet d'observer immédiatement que les dessins se répartissent en trois types : il y a des personnages, différentes sortes de liens et enfin le reste, c'est à dire les glyphes.

   
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Les glyphes du Codex Xolotl ont été étudiés en ayant pour objectif de constituer un dictionnaire de leurs éléments constitutifs et une grammaire. L'ensemble devant permettre, d'une part, de compléter les lectures proposées dans les travaux que ce Codex a déjà suscités et, d'autre part, de donner des bases pour lire les glyphes d'autres documents pictographiques en langue nahuatl, langue des aztèques et d'autres populations du haut plateau. Pour des raisons temporelles ou d'autres tenant à la résistance de la matière étudiée, seule la première partie de l'objectif est traitée dans l'étude qui suit, la syntaxe des glyphes restant en grande partie à définir.

   
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Le contenu du Codex ne sera jamais abordé, ce ne sont pas les informations que renferme le document qui ont retenu notre attention mais seulement la façon dont ces dernières ont été transcrites. Si ce document a été choisi pour tenter de réaliser un dictionnaire des éléments constitutifs des glyphes, ce ne sont donc pas les sujets traités qui ont guidé ce choix mais certaines conditions favorables à une telle entreprise :

   
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- ce Codex est d'une facture parfaitement traditionnelle.

   
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- il a été en la possession d'un des descendants des souverains de Texcoco, Fernando de Alva Ixtlilxochitl. Celui-ci écrivit l'histoire de sa cité en l'émaillant de citations extraites du Codex Xolotl, qui était l'une de ses principales sources.

   
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- c'est un document important quantitativement. Il est composé de plus de dix planches d'environ 40 x 50cm, comportant plusieurs milliers d'éléments dessinés.

   
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- étant conservé par la Bibliothèque Nationale de Paris, l'indispensable consultation régulière de l'original se trouvait ainsi grandement facilitée.

   
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- une copie du XVIIIème siècle se trouve également à la Bibliothèque Nationale. Celle-ci apporte quelques informations pour certaines parties du Codex Xolotl qui sont endommagées.

   
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- enfin, quelques études sur ce Codex ont été publiées dont la plus importante, celle de C. Dibble, est, malgré tout, qualifiée d'introduction par son auteur 2.

   

 2 C. Dibble, 1951, p. 9

 

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Pour cet ensemble de raisons le Codex Xolotl a été choisi comme document pour essayer, dans la lignée des travaux de J. Galarza, de mieux comprendre l'écriture aztèque et fournir un outil de travail à ceux qui s'intéressent directement à ce thème ou encore ceux qui simplement utilisent les sources originales dans leurs recherches sur le passé des population de langue nahuatl.

   
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Déjà, dans les quelques lignes précédentes, les mots « écrire », « lire » et les substantifs leur correspondant ont fait leur apparition. Ils seront régulièrement utilisés tout au long de ce texte. Il n'est pas dans notre intention de nous engager dans un débat sur le point de savoir si les dessins du Codex Xolotl constituent ou non une écriture. Il doit être clair que c'est parce que notre réponse était aa priori affirmative que nous avons entrepris cette étude et rien dans les résultats ne vient affecter ce sentiment. Mais les sentiments ne suffisent peut être pas à justifier l'utilisation d'une terminologie particulière, celle de l'écriture. Plutôt que de chercher en direction des nombreuses définitions existantes de l'écriture et de choisir celle nous convenant le mieux pour justifier l'emploie de ces mots, nous préférons nous tourner vers les lettrés aztèques du XVIème siècle, personnages qui avaient l'immense privilège de connaître, sinon même de pratiquer, les deux écritures, la pictographique et celle en caractères latins, et de leur demander : quels sont les mots que vous utilisiez dans votre langue maternelle pour exprimer les mots « lire, écrire, livre, lecture, écriture » quand vous parliez des documents pictographiques et quand vous évoquiez des documents écrits en caractères latins ? L'étude de dictionnaires et de textes apporte une réponse claire à cette question : les mots étaient identiques 3. Si les lettrés aztèques utilisaient la même terminologie, au nom de quelle connaissance devrions nous agir autrement ?

   

 3 M. Thouvenot, 1986, p. 57-86

 

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L'écriture du Codex Xolotl, et d'une façon plus générale l'écriture aztèque, est composée d'images qui se trouvent à l'intersection du monde sensible et de la langue nahuatl. Elles entretiennent des rapports, d'un côté avec le réel car elles sont figuratives, de l'autre avec la langue puisqu'elles transcrivent des valeurs phoniques dont l'agglutination débouche sur le monde des significations. Le but de ce travail consiste, d'une part, en la détermination des éléments constitutifs des glyphes et de leurs valeurs phoniques, l'analyse du rapport au réel de ces images et l'établissement des significations et, d'autre part, l'organisation des résultats obtenus sous la forme d'un dictionnaire.

   
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L'idée de faire un dictionnaire à partir du Codex Xolotl n'est pas nouvelle. Déjà en 1940 C. Dibble publiait un « Diccionario del Codice Xolotl » 4. Celui-ci était ordonné alphabétiquement à partir de ce que l'auteur appelle « valeur en composition », avec pour chaque valeur un dessin du « hiéroglyphe », son « nom en nahuatl », son « équivalent en espagnol », un « exemple », c'est à dire la lecture d'un glyphe, et le numéro de la planche du Codex dont la lecture est extraite. Ce dictionnaire comprend à peu près cent quarante-cinq des trois cent quarante-sept éléments que nous avons déterminés.

   

 4 C. Dibble, 1940, p.114-128

 

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Un autre dictionnaire intitulé « The Identification and Interpretation of Name and Place Glyphs of the Xolotl Codex » a été publié récemment par C. McGowan et P. Van Nice 5. Cet ouvrage, dont la qualité des dessins est telle qu'il est parfois bien difficile de reconnaître les glyphes, présente pour chaque lecture différente un glyphe, une décomposition de la lecture avec traduction en anglais et un renvoi aux planches du Codex. L'ensemble présente ainsi cinq cent quarante-neuf glyphes ordonnés alphabétiquement à partir des lectures proposées par C. Dibble en 1951.

   

 5 C. McGowan et P. Van Nice, 1979, p.1-110

 

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Le dictionnaire que nous présentons se distingue radicalement des précédents car toute son organisation est fondée sur l'image et non pas sur des mots. Par sa conception, il s'inscrit dans la ligne des travaux de J. Galarza qui à l'occasion du Congrès des Américanistes de Paris écrivait : « Les études doivent partir de la base des 'dessins', des 'images', toujours en rapport avec la langue. Nous avons besoin plus que jamais, puisque nous en réalisons la carence, de catalogues, répertoires, et dictionnaires glyphiques... » 6. C'est ce principe qu'il a appliqué dans tous ces travaux et que l'on retrouvera ici.

   

 6 J. Galarza, 1979, p. 12

 

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D'un point de vue matériel ce dictionnaire est composé de cinq tomes, chacun pouvant comporter un ou plusieurs volumes, dont les titres sont :

   
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- Codification

   
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- Catalogue

   
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- Texte

   
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- Tables

   
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- Documents annexes

   
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Le tome nommé Codification comprend une reproduction dessinée de toutes les planches du Codex ainsi qu'un système de numérotation permettant d'attribuer une cote à chaque image. C'est le volume auquel le lecteur doit se reporter toutes les fois où il souhaite visualiser le contexte d'un glyphe.

   
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Le Catalogue, cour de ce travail, est composé de quatre dictionnaires dont le premier est dit Graphique, le second Thématique Abrégé, le troisième Alphabétique et le quatrième Thématique Général.

   
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Le tome Texte comporte, en plus de cette introduction, trois parties : la première dédiée à la présentation du Codex Xolotl, la seconde à la méthode mise en ouvre dans l'analyse de ses glyphes, la troisième qui est un commentaire du Dictionnaire Thématique Général.

   
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Le tome Tables présente, sous la forme de huit tables, la synthèse des résultats obtenus.

   
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Le tome Documents Annexes comprend les fiches d'analyse des glyphes, la paléographie des textes nahuatl utilisés, la décomposition des diverses expressions nahuatl rencontrées, une table de correspondance entre notre codification et celle de C. Dibble et les programmes écrits pour l'exploitation des données sur ordinateur.

   
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Ces cinq parties ne sont pas hiérarchisées afin de laisser la possibilité de faire une double lecture de cette étude. L'une pouvant être ponctuelle, ce qui correspond à sa vocation de dictionnaire, l'autre continue, ce que permet le tome intitulé Texte.

   
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Ce travail a été conçu en premier lieu comme un outil constitué de plusieurs parties à la fois autonomes et cependant liées. L'organisation de ce travail vise à permettre à toute personne se posant une question à propos d'une image aztèque de trouver aisément si cette étude du Codex Xolotl peut lui apporter des informations. La finalité est celle d'un dictionnaire mais la matière -l'image- qui doit être ordonnée, en modifie radicalement la conception, l'ordonnancement traditionnel. Tout utilisateur d'un dictionnaire, de la langue française par exemple, a, au départ, un mot inconnu. Puis il le trouve aisément, grâce à l'ordre alphabétique des données, et il accède ainsi aux diverses informations unies au vocable recherché. S'agissant ici d'un dictionnaire d'images le processus est un peu moins simple.

   
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Pour tout utilisateur de ce dictionnaire, l'entrée privilégiée se fait par l'intermédiaire du tome Catalogue, et plus particulièrement par les Dictionnaires Graphique (DG), Thématique Abrégé (DTA) ou encore Alphabétique (DA). Ces derniers sont comme des portes correspondant à trois cas de figures possibles. Tout lecteur désirant accéder aux informations recueillies est supposé disposer de l'une ou l'autre de ces données :

   
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- d'une image non-figurative

   
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- d'une image figurative

   
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- de la désignation nahuatl ou française de l'image ou encore de sa valeur phonique

   
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Si l'image est non-figurative, il aura recours au Dictionnaire Graphique qui réunit en quelques pages les éléments dont la forme seule ne permet pas de savoir immédiatement duquel des huit grands thèmes distingués (Homme, Faune, Flore, Cosmos, Artefacts, Chiffres, Formes et Couleurs) l'élément recherché dépend. Si le lecteur dispose d'une désignation ou d'une valeur phonique à la place d'une image, il utilisera alors le Dictionnaire Alphabétiques, ce dernier proposant trois listes ordonnées : celle des désignations des éléments, celle de leurs traductions françaises et enfin celle des valeurs phoniques. Ces deux dictionnaires, Graphique et Alphabétique, lui permettront de recueillir une première information qui est la clef thématique de l'élément.

   
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Cette clef donne accès aux divers lieux où se trouvent les informations, et en premier lieu au Dictionnaire Thématique Abrégé auquel, si l'image est figurative, le lecteur a pu parvenir directement. Ce dictionnaire est thématique dans la mesure où les éléments, avec leurs variantes, sont classés à partir de grands thèmes : Homme, Faune, Flore, Cosmos, Artefacts, Chiffres, Formes, et Couleurs. Il est abrégé, par comparaison avec le Dictionnaire Thématique Général, dans la mesure où il ne figure que les éléments et leurs variantes, sans le contexte glyphique dans lequel il s'inscrit. Pour chaque élément, on dispose d'une série d'informations : ses variantes, sa clef thématique, sa désignation avec la traduction pour les mots nahuatl et la, ou les, valeur(s) phonique(s) qu'il est susceptible de transcrire.

   
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Cette clef thématique permet aussi d'accéder au Dictionnaire Thématique Général (DTG) qui offre un beaucoup plus grand nombre d'informations graphiques et textuelles. Il est thématique, ce qui signifie que le principe général de son organisation est semblable à celui du Dictionnaire Thématique Abrégé, et il est général parce qu'il présente pour chaque élément identifié la totalité de ses occurrences dans les glyphes du Codex. En face de chaque glyphe figure une série d'indications : la cote du glyphe, sa lecture, les éléments dont il est constitué, et les mots nouveaux que la lecture exprime.

   
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Cette même clef thématique permet enfin de lire les commentaires qui sont consacrés à chacun des éléments. Dans cette partie du tome Texte sont indiqués les types de glyphes dans lesquels apparaissent les éléments, le rapport avec le réel qu'ils entretiennent, leurs traits distinctifs, leur mode de figuration, leurs valeurs phoniques, la justification de ces dernières ainsi que d'une partie des lectures qui sont proposées pour chacun des glyphes. De là le lecteur peut souhaiter utiliser l'une des Tables. S'il ne trouve pas toutes les données voulues dans ces diverses parties du dictionnaire, il peut alors se tourner vers les documents annexes où il consultera, en particulier, la fiche analytique de chacun des glyphes.

   
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La clef thématique joue un rôle essentiel pour passer d'un tome à l'autre de ce dictionnaire, mais elle n'est pas seule à assurer cette fonction, la cote des glyphes joue aussi ce rôle. Chacun des glyphes est en effet désigné par une cote, c'est elle, en particulier, qui permet de situer n'importe quel glyphe à la surface du Codex en utilisant le tome nommé Codification.

   
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Le lecteur désireux de connaître la signification donnée à des termes comme élément, valeur phonique, glyphe etc. se tournera vers la partie du tome Texte nommée Méthode. Celle-ci permet, par ailleurs, de connaître quelles sont les analyses qui sont sous-jacentes aux résultats exprimés dans les divers Dictionnaires, les Commentaires et les Tables.

   
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C'est pour laisser au lecteur le choix dans les niveaux d'informations souhaité que les diverses parties de ce travail sont indépendantes les unes des autres, seulement reliées par les passerelles que constituent les clefs thématiques et les cotes des glyphes. Cette autonomie des parties distingue cet outil d'un dictionnaire traditionnel. Il en diffère aussi par le fait que tous les résultats proposés -les désignations des éléments, lectures et valeurs phoniques, etc.- ont un caractère hypothétique plus ou moins prononcé. Alors que normalement l'utilisateur d'un dictionnaire ne remet pas en cause les informations recueillies, ici il serait au contraire souhaitable que les lecteurs doutent et corrigent, éventuellement, les données proposées.

   
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Malgré le parti pris de faire de cette étude un dictionnaire, les différentes parties du tome nommé Texte forment une texte suivi. Celui-ci débute par une présentation matérielle du Codex qui évoque son apparence actuelle, son origine et la façon dont il est parvenu de Texcoco jusqu'à la Bibliothèque Nationale de Paris, ainsi que les reproductions qui en ont été faites. Ce texte se poursuit par l'exposé de la méthode, qui indique quelles ont été les étapes de l'analyse des glyphes et des éléments les constituant, le moyen de parvenir aux lectures puis aux valeurs phoniques. Chacune de ces étapes est l'occasion de justifier les nombreux choix qui ont dû être faits et de formuler, quand cela est possible, des résultats globaux et des considérations générales. Cet exposé se termine par de brèves indications sur la manière dont les données, recueillies en cours d'analyse, ont été informatisées.

   
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La troisième partie du Texte est consacrée aux commentaires faits pour chacun des trois cent quarante-sept éléments déterminés. L'ordre des éléments suit évidemment celui du Dictionnaire Thématique Général auquel il est lié, le Dictionnaire et ses Commentaires étant conçu pour être lus en parallèle. Ces derniers donnent, d'une façon systématique, des indications sur la désignation de l'élément, son emploi dans le Codex, c'est à dire les différents types de glyphes dans lequel il peut être rencontré, une description de l'élément et de ses variantes éventuelles tendant à mettre en évidence les traits distinctifs, une mise en perspective avec le réel permettant de mieux comprendre le choix de ces traits distinctifs, le mode de figuration, le type de référent. Toutes ces données, jointes aux lectures qui sont proposées pour tous les glyphes dans lesquels apparaît un élément, permettent alors d'indiquer la, ou les, valeur(s) phonique(s) que l'élément est susceptible de transcrire. Chacune des valeurs est ensuite analysée en mettant en valeur les particularités graphiques leur donnant naissance, leur place dans les expressions et les problèmes posés par le sens de lecture. Ces commentaires voudraient rendre perceptible, non seulement ce que nous croyons savoir des éléments constitutifs des glyphes, mais encore tout ce que nous ignorons. Cette attitude vaut pour toute cette étude, mais dans cette partie nous avons volontairement mis en valeur les faits dont la compréhension nous échappe, en espérant qu'ils pourront un jour être éclaircis.

   
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Une synthèse des principaux points développés dans ces commentaires est proposée sous forme de Tables : Table des glyphes, des lectures, des éléments, des valeurs phoniques, des mots nouveaux, des éléments exprimées par des personnages, des valeurs non-exprimées et une Table des couleurs. Ces tables sont autant de points de vue sur les données qui ont pu être réunies, points de vue qui demanderaient bien des développements dont on ne trouvera qu'une ébauche dans la partie méthode.

   
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Nous espérons que, malgré une certaine lourdeur due, en particulier, au support papier, ce dictionnaire sera utile, utilisable et utilisé et que ses lecteurs pourront corriger les innombrables erreurs dont il doit être entaché et soulever le voile des nombreuses incompréhensions mises en évidence.

   
 
   
 

   
 

Description du Codex

Avant de se livrer à la décomposition de ce Codex et à l'analyse d'une de ses composantes, que sont les glyphes, il convient d'en faire une présentation matérielle d'ensemble.

   
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Le Codex Xolotl est constituée de dix planches et de trois fragments. Toutes ces parties sont faites d'un papier qui est le support de graphismes et de couleurs auxquels ont été ajoutées des annotations, des estampilles et des étiquettes.

   
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X.010.
X.020.
   
X.030.
X.040.
   
X.050.
X.060.
   
X.070.
X.080.
   
X.090.
X.100.
   
X.011.
X.012.
X.013.
 

Papier

Des analyses effectuées récemment sur vingt-deux Codex Mexicains de la Bibliothèque Nationale, dont le Xolotl, confirment que le support est un papier fait à partir de fibres de moracées, famille des mûriers et des figuiers. « Toutes le fibres prélevées sur les papiers d'écorce, quel que soit l'aspect du support fin ou épais, clair ou coloré, doux ou rugueux, ont présenté les caractéristiques des moracées... les fibres ayant un aspect morphologique semblable, nous n'avons pu déterminer de quelle espèce de moracée il s'agissait » 7. C'est en tout état de cause un papier en écorce battue 8 communément appelé papier d'amatl. Il présente une surface un peu rugueuse, les fibres étant assez visibles. Il ne semble pas que la surface légèrement brune du papier ait été enduite.

   

 7 F. Leclerc, 1984, p. 84.14.39

 

 8 Peut-être serait il possible de dire que le papier du Codex Xolotl est fait à partir des fibres d'un amacuahuitl:  « arbre à papier », si l'on suppose que ce terme désigne une famille d'arbre, correspondant en gros aux Ficus et peut être aux moracées. J. de Durand Forest dans son étude du papier du Codex Borbonicus offre une synthèse des informations historiques disponibles sur ce thème.

 

 

Dimensions

Toutes les planches ont des dimensions qui, sans être absolument semblables, sont cependant très proches. Les dimensions extrêmes pour la largeur sont de 49 et 47,5 cm et pour la hauteur de 41 et 41,7 cm. Seuls les fragments ont des largeurs inférieures à la norme 9. Alors que chaque planche est une unité graphique, les deux dernières forment un ensemble avec, sur le côté droit, séparée par deux petites lignes, une partie supplémentaire. Cet ensemble mesure 96 cm de large sur 48 de haut.

   

 9 Le fragment 011 (ou 1.A) ne mesure que 20 cm de large sur 42 de haut, le 012 (ou 1.B) 28 de large sur 41,5 et le 013 (ou 1.C) 22 de large sur seulement 13 de haut.

 

 

Présentation

Les planches du Codex se présentent de deux façons : certaines sont indépendantes avec une seule face couverte de dessins tandis que d'autres ont le recto et le verso utilisés, formant des pages qui sont assemblées par une couture sur un des petits côté. Comme l'a noté C. Dibble, chacune des pages reliées est donc formée de la réunion de deux planches 10. Le Codex est relié de la quatrième jusqu'à la dixième planche, les trois premières et les fragments étant indépendants. Il n'en a pas toujours été ainsi car il fut une époque où les fragments étaient contrecollés au recto de la première planche. Ceci est visible par les traces de peintures qui subsistent au dos de cette planche et qu'il est possible de faire correspondre avec les fragments 11.

   

 10 C. Dibble, 1948, p. 377-78

 

 11 Le fragment 011 était collé sur le  côté gauche de la première planche (010) tandis que 012 se trouvait sur le  côté droit. L'emplacement de 013 n'a pu être déterminé.

 

 

Etat

Dans l'ensemble le Codex est en assez bon état. Les parties ayant eu le plus à souffrir sont le pourtour des planches ainsi qu'une bande centrale verticale correspondant au fait que le document a dû être conservé plié à une certaine époque. Certaines parties ont été endommagées assez récemment, comme le montre la comparaison de la partie supérieure droite de la cinquième planche avec les photos qui ont été publiées dans l'Atlas de Boban 12.

   

 12 E. Boban, 1891, Atlas pl. 5 et aussi C. Dibble,1980, v.2, Pl. V. où les clichés en noir et blanc sont identiques à ceux de l'édition de Boban tandis que ceux en couleurs sont récents.

 

 

Conservation

Les trois premières planches ainsi que les fragments sont actuellement conservés sous rhodoïd alors que les autres, celles qui sont reliées, se trouvent dans une chemise cartonnée. Le verso des deuxième et troisième planches ne sont pas visibles car ils ont été contrecollés sur deux feuilles, l'une grise, l'autre blanche 13. L'ensemble fait partie des documents de la Réserve des Manuscrits Orientaux de la Bibliothèque Nationale de Paris, sous la cote 1-10.

   

 13 La feuille blanche de la planche X.030 est en fait le programme pour un spectacle qui a été récupéré.

 

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Ces planches sont le support de graphismes, de couleurs, d'annotations, de signatures, d'estampilles et d'étiquettes.

   
 

Graphismes

Tous les traits sont tracés d'une encre, dont nous ignorons la composition, d'un noir très dense, dont l'apparence est proche de celle de l'encre de Chine. Ils servent à tracer des cadres, des personnages, des glyphes ou encore des liens.

   
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A la périphérie des planches, dont les bords ne sont pas trop abîmés, se distinguent de fines lignes rectilignes formant un cadre à l'intérieur duquel prennent place les dessins, certains de ceux-ci pouvant venir s'y appuyer. Alors que normalement ce cadre est très discret, sur la deuxième planche il forme un véritable encadrement, car cette ligne est doublée à l'extérieur par une autre de 3 mm d'épaisseur 14.

   

 14 On peut se demander si cette ligne épaisse à l'extérieur du cadre n'aurait pas été ajoutée. D'une part cet encadrement n'existe que sur cette planche, qui a un moment donné à été séparée du reste du Codex et d'autre part la copie de Santiago du Chili ne comporte pas cette ligne.

 

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A l'intérieur de cette limite, sur toutes les planches, sont dessinés des personnages, des glyphes et des liens. Personnages et glyphes sont disposés à la surface de chaque planche de manière à former des groupes dont certains sont unis les uns aux autres par l'intermédiaire de liens graphiques ou plastiques déterminant tout un réseau de relations et créant des récits 15.

   

 15 J. Galarza, 1972, p. 84

 

 

Couleurs

Les formes crées par les personnages et les glyphes sont le siège de couleurs, mais celles-ci ne sont pas présentes sur toutes les planches. Seules les deux premières ainsi que les fragments sont intégralement colorés à l'aide de dix couleurs (infra p.872). Les troisième, quatrième, neuvième et dixième planches ne le sont que très partiellement, tandis que de la cinquième à la huitième il n'y en a pas trace. Faute d'analyses la nature des colorants n'est pas connue.

   
 

Annotations

Graphismes et couleurs sont les deux composantes du document original. Des annotations, d'une ou plus (vraisemblablement plusieurs) mains inconnues ont été ajoutées, peut être au XVIème siècle, à proximité d'un certain nombre de glyphes. Ces annotations, en nahuatl, sont généralement très brèves, et seules les deux premières planches présentant de petits textes. Il n'y qu'une phrase, se trouvant au verso de la dernière planche, qui n'est pas directement associée aux dessins 16.

   

 16 Cette phrase est malheureusement en partie obscure et effacée au début: ixhua... inachcocol.. Ixtlilxochitzin...yhiniachcocol..Chichimecaxolotl ihuan Nopaltzin: « ...... Ixtlilxochitzin...les Chichimèques de xolotl et Nopaltzin ». Elle est suivie de quelques mots presque complètement disparus dont on ne distingue que : mic...... et acan......

 

 

Signatures

Il y a, par ailleurs, des signatures de différents collectionneurs ayant possédé à un moment donné ce Codex : au verso du deuxième fragment se trouve celle de J.M.A. Aubin, faite à Mexico en 1832, qui est rayée et remplacée par celle de E. Eug. Goupil, Paris, 1889. Au verso de la deuxième planche celles de J.F. Waldeck et de E. Eug. Goupil. Les mêmes signatures s'observent au verso de la troisième planche. Au verso de la dernière planche E. Goupil a écrit « Appartenant à E. Eug. Goupil, Paris 1889 » et a signé.

   
87

En plus de ces signatures se trouvent quelques données manuscrites faisant référence à l'intégration du Codex dans une vaste collection ou constituant un renvoi à d'autres documents. On trouve indiqué au verso du premier fragment : « 1er Volume f. 95 », « 1er Volume f. 98 à 111 » au dos de la deuxième planche, « 1er Volume f. 114 à 124 » au dos de la troisième et sur le recto de la dernière « 1er Volume f. 198 à 204 ».

   
 

Estampilles et étiquettes

Au moment de l'incorporation du Codex dans le fonds des manuscrits Mexicains de la Bibliothèque Nationale chacune des planches a reçu, avec plus ou moins de régularité, plusieurs estampilles. L'une mentionne le nom des deux précédents collectionneurs, A. Aubin et E. Goupil, et le numéro de la planche ajouté en chiffre arabe. Une autre est marquée « Bibliothèque Nationale République Française », une autre enfin est un estampille de don, qui n'a pas été remplie. Tout ceci est complété par des étiquettes rondes sur lesquelles sont inscrits en chiffres arabes les numéros des planches. A tous ces ajouts qui viennent troubler l'aspect des planches il faut encore ajouter que les seconde et troisième planches portent, marqué au fer, le nom de Waldeck.

   
89

Plusieurs noms de collectionneurs ont été déjà mentionnés. Cela laisse supposer que le Codex Xolotl est passé par de multiples mains avant de se trouver à la Bibliothèque Nationale de Paris. Sans vouloir faire un historique complet des tribulations de ce document, il est cependant nécessaire d'en indiquer les moments les plus importants en mettant, en particulier, à profit la présentation qu'en fit C. Dibble 17.

   

 17 C. Dibble, 1980, p. 11-14

 

 

Pérégrinations du Codex

Deux grandes périodes peuvent être distinguées dans les déplacements du Codex : celle qui va du moment de sa création jusqu'à ce qu'il parvienne entre les mains d'Alva Ixtlilxochitl, puis celle qui sépare la possession du Codex par Ixtlilxochitl de l'arrivée du Xolotl à la Bibliothèque Nationale dans les bagages d'Aubin. La première est pleine d'incertitudes, la seconde en comporte un peu moins.

   
91

Le Codex a été rédigé dans un moment et dans un lieu donnés avant de passer de mains en mains.

   
 

Origine

Parler de l'origine du Codex revient à évoquer la date et le lieu de sa rédaction : s'il est difficile de se prononcer sur ce sujet, il est au moins possible de fixer des bornes logiques. Le Codex ne peut pas être antérieur à la dernière date mentionnée par le document, soit 1429, et il ne peut être postérieur au moment où Alva Ixtlilxochitl a commencé à rédiger ses divers écrits, soit, selon l'étude de O'Gorman, 1608 18. Cent quatre-vingt ans séparent ces deux dates ; à peu près au milieu de cette période se situe la conquête espagnole. Est-il possible d'assigner une date précise à l'écriture du Codex à l'intérieur de ce laps de temps ?

   

 18 A. Ixtlilxochitl, E. O'Gorman, p. 229

 

93

Selon le premier possesseur connu du Codex, celui-ci aurait a été rédigé à l'époque correspondant à la fin des récits. Alva Ixtlilxochitl attribue, en effet, sa paternité à deux personnages figurant sur la dernière planche du Codex 19. Par ailleurs, quand cet auteur se réfère à ce document il emploie très souvent l'expression « original y antigua historia » 20. Le fait que les auteurs se trouvent mêlés à des événements datés de 1429 ne signifie pas nécessairement qu'ils aient rédigé le Codex à cette même époque. Ils pouvaient très bien être jeunes alors qu'ils étaient acteurs de l'histoire et ne l'avoir écrite que dans leur vieillesse. Si l'on tient compte des dires d'Alva Ixtlilxochitl, cela donne une fourchette approximative allant de 1429 à environ 1480.

   

 19 A. Ixtlilxochitl, 1977, p. 76: « la Historia general del imperio de los Chichimecas » cuyos autores se decían el uno Cemilhuitzin y el otro Quauhquechol »

 

 20 A. Ixtlilxochitl, 1975, p. 371

 

94

Pour C. Dibble « il est logique de penser que le Codex fut peint vers le milieu du XVIème siècle car il conserve un style très semblable à celui de la Mapa Quinatzin ou de la Mapa Tlohtzin. A l'exception des caractéristiques européennes déjà mentionnées, le Codex conserve admirablement le style de l'art indigène de la région de Texcoco » 21. Cet auteur envisage une hypothèse complémentaire, à la suite de W. Lehmann : le Codex Xolotl pourrait être une copie d'un document plus ancien, qui lui aurait été rédigé, comme l'indique Alva Ixtlilxochitl, à l'époque de Nezahualcoyotl 22.

   

 21 C. Dibble, 1951, p. 12: « Es lógico pensar que el Códice fué pintado a mediados del siglo diez y seis; puesto que conserva un estilo muy semejante al Mapa Quinatzin y al Mapa Tlotzin. Con la excepción de las características europeas ya mencionadas, el Códice conserva admirablemente el estilo del arte indígena de la región de Texcoco ».

 

 22 Ibid. p. 11-12

 

95

Le seul argument avancé par C. Dibble pour donner une date postérieure à la conquête au Codex est d'ordre stylistique : « on note l'influence européenne dans la manière de représenter le soleil et la bannière, et l'on voit aussi comment les étoiles et les arbres montrent cette même influence » 23. Rien dans l'analyse des quatre éléments en cause (tonatiuh : « soleil », pantli : « bannière », citlalin : « étoile » et cuahuitl(01) : « arbre » (infra p. 550, 745, 547, 440) ne nous semble justifier une telle assertion. Par ailleurs, pour que cet argument soit retenu, il faudrait expliquer la raison pour laquelle seulement 1% des éléments aurait subi une influence extérieure à la tradition autochtone et indiquer de quelle mystérieuse protection les autres auraient bénéficié.

   

 23 Ibid. p. 11: « Se nota la influencia europea en la manera de representar el sol y la bandera, y se ve también cómo las estrellas y los árboles muestran esa misma influencia »

 

96

Dès l'instant où nous n'adhérons pas à l'idée de C. Dibble, et pensons que rien dans le document lui-même ne peut aider à établir sa date d'exécution, il ne reste plus que trois solutions :

   
97

- renoncer à dater le Codex. C'est un peu ce que fait D. Robertson après avoir étudié d'un point de vue stylistique, non seulement le Codex Xolotl, mais aussi deux autres documents pictographiques de « l'école de Texcoco », la Mapa Quinatzin et la Mapa Tlohtzin. Pour lui, la date du Xolotl est inconnue, il pense seulement que son exécution est antérieure à celle des deux Mapas, qu'il situe entre 1542-46 24.

   

 24 D. Robertson, 1954

 

98

- adopter le point de vue d'Alva Ixtlilxochitl et dire qu'il a été écrit vers la moitié du XVéme siècle.

   
99

- diviser le problème en adoptant l'hypothèse de W. Lehmann, c'est à dire tenir le Codex pour une copie d'un original inconnu. L'absence d'homogénéité du Codex, sous le rapport des couleurs, certaines planches en comportant, d'autres un peu, ou pas du tout, et le fait que certaines pages soient reliées sont les seuls arguments pouvant laisser croire qu'il s'agirait là d'une copie inachevée d'un original. Mais le problème ne fait que se compliquer car il faut alors supposer qu'un « original » doit toujours être homogène et comporter toutes les couleurs et que les Codex n'étaient jamais reliés. Prouver ces deux assertions ne nous semble pas possible. Par ailleurs, de le tenir pour une copie n'indique rien quant à la date de sa réalisation car, comme l'indique J. Galarza, « originaux et copies existaient avant comme après celle-ci (la conquête) » 25.

   

 25 J. Galarza y R. Maldonado Roja, 1986, p. 52: « originales y copias existían antes como después de ésta ».

 

100

Face à l'impossibilité de trancher la double question de la date de réalisation et de la nature du Codex nous considérons, en tenant compte de l'avis d'Alva Ixtlilxochitl, que le Codex date plus ou moins directement, selon qu'il s'agit d'un original ou d'une copie du XVème ou du XVIéme, du XVème siècle comme le dit son premier possesseur connu.

   
101

A dire vrai la question, par rapport au but fixé dans ce travail, est de peu d'importance. Supposons que le document utilisé par Alva Ixtlilxochitl, et aujourd'hui nous même, ait été exécuté au début du XVIIème siècle. La seule question qui se pose est de savoir si l'exemplaire que l'on connaît est fidèle, c'est à dire s'il est d'une exécution parfaitement traditionnelle. Rien dans l'analyse des glyphes ne nous a permis de penser le contraire et de plus Alva Ixtlilxochitl ne fait pas mystère de la confiance que lui inspire ce document.

   
102

En ce qui concerne le lieu de rédaction du Codex tout porte à penser qu'il s'agit de Texcoco et que son premier lieu de conservation était les Archives Royales de cette cité. Trois raisons incitent à le croire :

   
103

- Le thème évoqué, centré autour de Texcoco et de la lignée de ses souverains.

   
104

- le premier propriétaire privé connu du document, Alva Ixtlilxochitl, était un descendant de Nezahualcoyotl. Son trisaïeul, Fernando Cortés Ixtlilxochitl, était lui-même fils de Nezahualpilli, et petit-fils de Nezahualcoyotl 26.

   

 26 O'Gorman dans Alva Ixtlilxochitl, 1975, p. 9-10

 

105

- enfin Alva Ixtlilxochitl, sans cependant désigner expressément ce document, indique que : « en la ciudad de Tetzcuco estaban los archivos reales.... y de lo que escapó de los incendios y calamidades referidas, que guardaron mis mayores, vino a mis manos, de donde he sacado y traducido la historia que prometo.. » 27.

   

 27 Alva Ixtlilxochitl, 1975, p. 527

 

106

Une hypothèse selon laquelle le Codex aurait été exécuté à Cohuatlichan ou ailleurs mais par un tlacuilo de Cohuatlichan a été formulée par H.B Nicholson, à la suite d'une citation de Torquemada 28 qui évoque deux documents pictographiques, l'un de Cohuatlichan et l'autre de Texcoco. Cette possibilité n'est pas retenue car Alva Ixtlilxochitl, qui cite ses sources, ne fait jamais mention, ni de documents écrits, ni surtout de contacts qu'il aurait pu avoir avec des personnages de cette cité 29.

   

 28 H.B. Nicholson, 1972, p. 163-64 et  Torquemada, 1969, I,126

 29 Alva Ixtlilxochitl, 1975, p. 285-86

 

 

Du XVIIème au XXème siècle

Le Codex Xolotl fait sa première apparition indirecte dans les écrits d'Ixtlilxochitl. Il ne parle bien évidemment pas de ce Codex en utilisant cette dénomination moderne mais en employant plusieurs expressions dont on a tout lieu de penser qu'elles font référence à ce document pictographique (infra p. 107). Nous supposons qu'Alva Ixtlilxochitl demeure en possession du Codex jusqu'à sa mort en 1650. C'est son fils Juan de Alva Cortés qui en hérite et qui, lui-même, à sa mort le lègue à Don Carlos de Sigüenza y Góngora. Cette transmission est hautement probable si l'on considère ce que dit un auteur du XVIIIème, Eguiara y Eguren : « Carolus (de Siguenza) réussit à très grands frais et avec beaucoup de peine à recueillir plusieurs volumes de différents documents de ce genre. Le plus précieux de ceux-ci provenaient d'un don peu connu fait par D. Joannis de Alva (Ixtlilxochitl) indien de bonne éducation descendant de la famille royale de Tezcuco qui en avait hérité de ses ancêtres et connaissant leur valeur les avaient précieusement gardés. Etant donné les étroites relations qui l'unissaient au nôtre (Sigüenza), il désira que celui-ci devint son exécuteur testamentaire et il en fit en même temps l'héritier de ses célèbres feuillets et de ses livres de choix » 30. Sigüenza meurt en 1700 et, comme l'indique J. de Durand-Forest, « il légua toute sa bibliothèque et sa collection de Manuscrits à la Bibliothèque du Collège Jésuite San Pablo y San Pedro de Mexico » 31. De là le Codex passe aux mains du « chevalier Lorenzo Boturini Benaduci.. » qui, comme le dit J. Soustelle, « arriva au Mexique en 1736...doué d'une intense curiosité et d'une activité peu commune, Boturini s'éprit du Mexique et de son passé; en sept ans, il réussit à réunir une magnifique collection de documents authentiques.. » 32. Nous ne savons pas précisément comment le Codex passa de son possesseur précédent à Boturini, mais la description que ce dernier en donne ne laisse aucun doute sur le fait qu'il faisait bien partie de sa collection 33. Celle-ci, à la suite de déboires de Boturini, qui est arrêté en 1743 et voit ses biens confisqués, passe d'institution en institution en diminuant un peu à chaque fois 34.

   

 30 Eguiara y Eguren: « Bibliotheca Mexicana, Tomus Primus, Mexiccii, 1755, fol. 471-472, cité par E. Mengin « Corpus Codicum Americanorum », Vol III, 1949, p. 16

 

 31 J. de Durand-Forest, 1976, p. 9

 

 32 J. Soustelle, 1968, p. 40

 

 33 Ce texte est cité par E. Boban, 1891: « Historia Chichimeca Original: un mapa de exquisto primor en papel indiano, como de marca mayor, donde se vén, con figuras y caracteres, historiados los principios de le Imperio Chichimeco, des de Xolotl, hasta Nezahualcoyotl despues que recuperó el Imperio del poder del Tirano Maxtlaton. Tiene 6 fojas y 10 paginas utiles en un todo pintadas, cuyas dos primeras llevan insertos unos renglones en lengua nahuatl casi borrados de la antiguedad. Tuvo este mapa en liberia (sic) el mencionado don Fernando Ixtlilxochitl, y le sirvio para escribir la historia del mismo imperio, como consta de testimonio »

 

 34 Selon R. García Granados, dans la Préface qu'il consacra à l'ouvrage de C. Dibble, en 1951, de la collection de Boturini le Codex Xolotl serait passé entre les mains de Don Mariano Fernández de Echeverría y Veytia, mais comme il le note lui-même, ainsi que C. Dibble (p. 13), ce dernier ne l'aurait pas utilisé. Il est donc bien possible que Veytia ne soit pas un maillon de cette chaîne allant d'Alva Ixtlilxochitl jusqu'à la Bibliothèque Nationale de Paris.

 

108

Alors que six inventaires successifs de la collection ont été réalisés -en 1743, 1746, 1791, 1804, 1823 et 1917-18 35 -, le Codex Xolotl n'est mentionnée que dans les deux premiers, ensuite sa trace est perdue. Il réapparaît indirectement entre 1771 et 1788, époque à laquelle, selon J. B. Glass, León y Gama en établit une copie. Au dos de la première planche de celle-ci, il est indiqué que le Codex se trouvait alors à la « R(eal) Universidad con el numero 3 ». Le fait que les deuxième et troisième planches soient absentes de cette copie indique qu'entre temps ces dernières avaient été séparées de l'ensemble. Il faudra attendre 1831, date à laquelle, toujours selon J.B. Glass, Jean Frédéric Maximilien de Waldeck en fait l'acquisition à Mexico 36 , pour les voir resurgir. Le reste du Codex n'est pas localisé entre le moment où Léon y Gama en fait une copie jusqu'à ce que « Joseph Marie Alexis Aubin, directeur de la Section des Sciences de l'Ecole Normale Supérieure de Paris...chargé en 1830 d'une mission scientifique au Mexique.... entreprit de rassembler des documents originaux, en particulier ceux de la collection à demi-dispersée de Boturini » 37. Selon E. Boban, A. Aubin aurait acheté le Codex Xolotl avec tout un ensemble de documents appartenant à la collection Boturini, « au couvent de San Francisco de Mexico » 38. En 1840 ce collectionneur rentre en France, en dissimulant ses documents au passage de la douane 39 , et « à Paris, M. Aubin apprit que M. de Waldeck possédait aussi plusieurs manuscrits Mexicains. Il alla le voir et eut la chance de pouvoir acheter les deux feuilles qui manquaient... » 40. A cette date le Codex est donc de nouveau complet. La fin du périple est contée par J. de Durand-Forest : « En 1889, soit deux ans avant sa mort, Aubin, ruiné, dut vendre sa collection à Eugène Goupil, qui chargea par la suite Ernest Boban d'en dresser le Catalogue. A la mort de Goupil, sa veuve fit don de la collection à la Bibliothèque Nationale de Paris, en Juin 1898 ».

   

 35 J.B. Glass, 1975, p. 482

 

 36 J.B. Glass, 1975, p. 463

 

 37 J. de Durand-Forest, 1976, p. 11

 

 38 E. Boban, 1891, p. 44

 

 39 Ibid. p. 14

 

 40 E. Boban, 1891, p. 103

 

 

L'ordre original des planches

La présentation du Codex Xolotl faite précédemment se réfère à son état actuel mais celui-ci ne correspond pas exactement à la disposition des planches dans le passé.

   
110

C. Dibble a étudié tout particulièrement cette question et il indique que les deuxième et troisième planches actuellement indépendantes et montées sur un papier fort, à la suite de leur séparation de l'ensemble, sont les deux faces d'une même page. Par ailleurs il suppose que les fragments, actuellement indépendants et originellement collés au recto de la première planche, seraient les morceaux restants des deux faces d'une autre page. A partir de cette supposition, il propose l'ordre suivant :

   
111

Page 1 : Planche 1 (X.010) avec un côté sans peintures servant de couverture.

   
112

Page 2 : fragment 1A (X.011) et fragment 1B (X.012) dos à dos

   
113

Page 3 : Planche 2 (X.020) au recto et Planche 3 (X.030) au verso.

   
114

Page 4 : Planche 4 (X.040) au recto et Planche 5 (X.050) au verso.

   
115

Page 5 : Planche 6 (X.060) au recto et Planche 7 (X.070) au verso.

   
116

Page 6 : Planche 8 (X.080) au recto et Planche 9 (X.090) au verso.

   
117

Page 7 : Planche 10 (X.100) + Planche 10 (X.101) au recto, le verso étant sans peinture et servant de couverture 41.

   

 41 C. Dibble, 1948, p. 379

 

118

Avec cette reconstruction de l'ordre des pages et des planches, C. Dibble considère délibérément le Codex Xolotl comme un ensemble homogène. Nous ne partageons pas ce point de vue car les fragments, qui selon C. Dibble auraient constitué la deuxième page, sont, semble-t-il, des parties d'un autre document. L'habileté des peintres-écrivains et la force des conventions étaient telles qu'il est extrêmement difficile de dire si toutes les planches du Codex sont l'ouvre d'un seul tlacuilo. En tout cas, pour toutes les planches complètes, rien ne nous permet de supposer le contraire. Par contre, en ce qui concerne les fragments, il n'en va pas de même. La différence la plus évidente touche les couleurs, des glyphes et de tous les personnages. Alors que sur la première planche (X.010) et la seconde (X.020) les personnages masculins sont tous bis tandis que les femmes sont toutes brunes, sur les deux fragments cette disposition des couleurs est inversée. Par ailleurs, deux variantes graphiques n'apparaissent que sur les fragments : l'une concerne un élément Tecpatl : « silex » (infra p. 632) qui est figuré avec un manche, alors que le couteau de silex n'est jamais emmanché dans tous les autres glyphes du même type des autres planches; l'autre un élément chalchihuitl : « jade » figuré selon une disposition quadripartite, disposition qu'il n'a nulle part ailleurs dans ce Codex 42 (infra p. 620).

   

 42 M. Thouvenot, 1979, p. 15

 

119

A la suite de ces deux observations, les fragments sont tenus pour des parties d'un autre Codex écrit par un autre tlacuilo que celui ou ceux responsable(s) de tout le reste du Codex Xolotl. Déjà à l'époque d'Alva Ixtlilxochitl, ces morceaux avaient dû être récupérés pour servir de couverture à la première planche du Codex, puisque la recherche des citations permet de savoir que cet auteur n'en avait pas connaissance 43. L'ordre originel des planches visibles serait donc :

   

 43 Les fragments sont en tout cas restés collés jusqu'à l'époque où Boban étudia le Codex, il dit en effet: « Le frottement, l'usure des bords ayant légèrement séparé ces deux feuilles collées l'une sur l'autre, en les écartant un peu, à l'angle supérieur droit, nous nous apercûmes que la deuxième avait été peinte sur son  côté intérieur: le peintre chroniqueur, mecontent sans doute de son travail, en fit une couverture. La partie sur laquelle se trouvait l'écriture figurative fut donc enduite de colle et fixée sur le recto du tablea No1; cette enveloppe a protégé une partie des figures, et les couleurs en sont aussi vives que si elles venaient d'être appliquées ». E. Boban, 1891, I, p. 95

 

120

Page 1 : recto : couverture / verso planche 1 (X.010)

   
121

Page 2 : recto : planche 2 (X.020) / verso planche 3 (X.030)

   
122

Page 3 : recto : planche 4 (X.040) / verso planche 5 (X.050)

   
123

Page 4 : recto : planche 6 (X.060) / verso planche 7 (X.070)

   
124

Page 5 : recto : planche 8 (X.080) / verso planche 9 (X.090)

   
125

Page 6 : recto : planche 10 (X.100 + X.101) / verso couverture

   
126

Cet ordre des planches correspond sans doute à l'état dans lequel se trouvait le document entre les mains d'Alva Ixtlilxochitl ; il s'accorde, en tout cas, à la description qu'en donne Boturini : « tiene 6 fojas y 10 paginas utiles » 44.

   

 44 cité par E. Boban, 1891, p.

 

127

Actuellement les pages 3, 4, 5 et 6 sont reliées par un fil sur un des petits côtés. Cela correspond-t-il à la disposition originale des pages ? L'ensemble, avant que la page 2, celle portant les deuxième et troisième planches, n'en soit désolidarisée, n'était-il pas ainsi lié ? Cela est probable, mais il n'est pas possible de le vérifier en étudiant les marges de ces planches car elles sont trop endommagées. Si l'ensemble des planches étaient relié au moment où Alva Ixtlilxochitl se servait du Codex, cela ne suffirait-il pas à montrer que la disposition générale du document serait postérieure à la conquête ? J.B. Glass apporte une prudente réponse à cette question : « les informations actuelles indiquent que les formes ou formats méso-américain d'avant la conquête ne comprenait pas la forme en codex ». Le mot codex signifiant ici « livre manuscrit dont les feuilles sont cousues d'un côté » 45.

   

 45 J.B. Glass, 1975, v. 14, p. 8

 

 

Reproductions

Graphiques

Copie de León y Gama

A la fin du XVIIIème siècle le « savant astronome et archéologue Mexicain León y Gama » 46 fait une copie du Codex, à l'exception des planches 2 (X.020) et 3 (X.030), qui à cette époque étaient donc déjà séparées de l'ensemble, et des trois fragments. Ces reproductions sont faites sur de grandes feuilles de papier mesurant 54cm sur 38. Les planches ont dû être pliées en deux, comme le Codex lui-même, car elles sont un peu endommagées au centre. Elles sont conservées par la Bibliothèque Nationale de Paris sous le numéro 10 bis 47. Toutes les planches sont indépendantes et conservées sous rhodoïd 48. Comme l'original, elles comportent de nombreuses estampilles et étiquettes.

   

 46 E. Boban, 1891, p. 207

 

 47 Sous ce même numéro figure aussi un document pictographique qui n'a aucun rapport avec le Codex Xolotl.

 

 48 Sur la feuille qui sert de couverture on lit dans l'angle supérieure gauche une légende en nahuatl, copie de celle qui se trouve au verso de la dernière planche du Codex: « ixhuatzin inach cocoltzin Ixtlilxochitzin no y...cocoltzin Chichimecaxolotl, ihuan Nopaltzin » puis en dessous le texte  suivant: « Copia de un mapa antiquissimo de papel de maguey que se halla en la R(eal) Universidad con el numero 3 del invetario 3°. en 8 paginas del tamaño de este papel de marca, muy apolillado roto y en muchas partes despintado. Tiene algunas notas en lengua Mexicana ya borradas con el tiempo; de las quales se han copiado las que á costa de gran trabajo se han podido percevir. Contiene la historia de la venida del el Emperador Chichimeca Xolotl » E. Boban, 1891, I, p. 207

 

   
Planche 1 ou X.010.
Planche 4 ou X.040.
   
69
Planche 5 ou X.050.
Planche 6 ou X.060.
   
72
Planche 7 ou X.070.
Planche 8 ou X.080.
   
75
Planche 9 ou X.090.
Planche 10 ou X.100. + X.101.
   
129

Cette copie se distingue de l'original essentiellement par la médiocrité de son graphisme et par une utilisation parfaitement irrationnelle des couleurs, dont beaucoup sont simplement inventées. Par ailleurs, ces planches comportent de multiples annotations. Certaines sont les copies, par León y Gama, de celles figurant sur le Codex, d'autres sont dues à des mains différentes, au moins trois, en particulier celle d'Aubin qui, par ses annotations, montre qu'il a utilisé les écrits d'Alva Ixtlilxochitl, de Torquemada, Tezozomoc, Veytia et un Dictionnaire Historique.

   
130

Cette copie est restée avec le Codex, puisqu'elle a fait partie de la collection d'Aubin, avant de parvenir à la Bibliothèque Nationale de Paris, par l'intermédiaire d'Eugène Goupil et de sa veuve.

   
131

La copie de León y Gama, du fait de la faible qualité de son exécution, n'a été mise à profit que pour vérifier certains glyphes endommagés du Codex mais jamais pour remplacer un glyphe complètement effacé de l'original.

   
 

Copie de Santiago du Chili

Ce document ne correspond qu'à une planche du Codex, la deuxième ou X.020. Cette copie, exécutée sur parchemin, dont l'actuel détenteur n'est pas connu, a été étudiée, sur reproduction, par C. Dibble et, ultérieurement, directement par C. Lizardi Ramos, à la demande du Directeur de l'Instituto Nacional de Antropología et Historia de Mexico en 1962 49. Bien que présentant un style un peu européanisé et faisant preuve de bien des incompréhensions et erreurs, comme l'indique l'auteur qui a pu l'observer, cette copie présente l'avantage de figurer des parties qui ont à l'heure actuelle disparu de la planche originale. C. Dibble envisage deux moments où cette copie aurait pu être faite : soit à l'époque où la deuxième planche, X.020, a ??té séparée du reste du Codex, dans la seconde partie du XVIIIème, soit au XVIème dans la mesure où la copie ne comporte pas les annotations qui apparaissent sur l'original 50.

   

 49 C. Lizardi Ramos, 1968, p.131-148

 

 50 cité par C. Lizardi Ramos, 1968, p. 145

 

133

Cette copie n'ayant été reproduite qu'à une échelle très réduite, elle n'a pas été utilisée dans cette étude.

   
 

Photographiques

E. Boban, 1891

La première reproduction photographique complète du Codex est celle qui se trouve dans la partie nommée Atlas de l'ouvrage de E. Boban. Malgré une réduction assez importante par rapport à l'original, la qualité des clichés et de l'impression en font toujours un outil de travail possible. Il y manque cependant les trois fragments et surtout toutes les planches sont en noir et blanc.

   
 

C. Dibble, 1951

La deuxième édition du Codex est celle qu'en fit C. Dibble en 1951. Les reproductions sont toujours en noir et blanc, d'une dimension intermédiaire entre celles de Boban et l'original, elles comprennent les fragments. Les mêmes photos sont utilisées pour assurer la codification des glyphes à l'aide d'un quadrillage. De plus à la suite de chacune des planches est reproduite la copie correspondante de León y Gama.

   
 

C. Dibble, 1980

La troisième édition est celle de C. Dibble datée de 1980. Il s'agit d'une réédition de la précédente, mais là les planches du Codex sont reproduites en couleur 51.

   

 51 L'auteur de la préface de cette seconde édition, M. León-Portilla, mentionne en note une autre édition en couleur datant de 1975 dans Memoria de las Obras del sistema de drenaje profundo del Distrito Federal, 3 v. México, Talleres Gráficos de la Nación. Cette édition n'a pas été consultée.

 

137
   
 

Méthode

La méthode mise en ouvre dépend de multiples facteurs : le but de l'étude, les idées a priori, les caractéristiques propres du document analysé, les techniques mises en ouvre, et dans le cas présent aussi, et surtout, les travaux antérieurs portant sur ce sujet. Le thème de la méthode constitue l'un des sujets abordés avec prédilection par J. Galarza dans ses nombreux et différents travaux 52. Pour toute une série de documents, variés par les époques, les régions, les thèmes développés, cet auteur a développé dans chaque cas une méthode spécifique pour parvenir à en donner une lecture. Nous avons puisé dans chacun de ses ouvrages tous les aspects méthodologiques susceptibles de s'appliquer à l'étude des glyphes et à la recherche des valeurs phoniques des éléments constitutifs du Codex Xolotl. Cependant, des publications de J. Galarza, toutes n'ont pas été autant mise à contribution, et deux d'entre elles ont été particulièrement déterminantes : celles consacrées aux Lienzos de Chiepetlan et au Codex Mendoza. Ces deux ouvrages, l'un publié en 1972 et l'autre en 1983, ont déterminé les idées et la méthode mise en ouvre dans ce travail. Comme l'indiquent les dates mentionnées, l'influence des travaux de J. Galarza, au travers de ses ouvrages publiés, s'est fait particulièrement sentir au début de l'étude du Codex Xolotl, puis sept ans après. Les développement méthodologiques apportés par la publication sur le Codex Mendoza, qui vont dans le sens d'une précision toujours plus grande de l'analyse, ont pu être, pour la partie qui nous préoccupait particulièrement, à savoir la valeur phonique des éléments, intégrés dans cette étude, dans la mesure où cela se produisait à l'époque où toutes les données déjà réunies allaient être informatisées. L'analyse des glyphes et des éléments a été alors étoffée dans la mesure où un outil permettant l'exploitation des données était alors utilisable. Car l'un des avantages, et en même temps l'une des difficultés du Codex Xolotl, ce sont les quantités. Les glyphes, les éléments et les valeurs phoniques se comptent par milliers : les glyphes sont au nombre de deux mille trois cent soixante-sept, ils sont composés de cinq mille deux cent quarante-quatre éléments, qui transcrivent cinq mille deux cent soixante-seize valeurs phoniques, qui sontelles-mêmes proposées à l'aide des trois mille deux cent soixante citations qui ont pu être mise en rapport avec les glyphes.

   

 52 cf. Bibliographie

 

139

Les différentes étapes et les différents points de l'analyse qui vont être décrits font référence à la version conçue pour être exploitée par ordinateur. Le passage sur informatique a été l'occasion d'étendre un petit peu les nombre de points d'analyse de chaque glyphe, mais il a surtout permis l'exploitation de toutes les données qui avaient été engrangées précédemment, car l'analyse, conçue et mise en ouvre par J. Galarza sur des documents de dimensions plus modestes, étaient sur le point de nous asphyxier!

   
140

La méthode développée ici repose sur quelques idées simples, et donc très fortes, que l'on peut trouver directement ou indirectement exprimées dans presque tous les travaux de J. Galarza.

   
141

La première consiste à tenir les codex aztèques pour des écrits. L'idée n'est apparemment pas nouvelle, mais elle le devient si l'on ajoute que tout ce qui se trouve dessiné sur un tel document est l'écriture même. Cette conception débouche sur une pratique qui veut que le niveau d'analyse doit être similaire pour tout ce qui se trouve sur la page d'un codex : que ce soit des personnages, des glyphes ou des liaisons.

   
142

La deuxième idée consiste à dire que les codex de la région nahua sont des documents écrits en nahuatl et qu'ils peuvent transcrire toutes les caractéristiques de cette langue. Ceci implique que l'on essaie de faire correspondre les dessins, tous les dessins, avec la langue nahuatl.

   
143

La troisième découle, en quelque sorte, des deux précédentes : toutes les caractéristiques des dessins doivent être observées et prises en compte car ce sont elles qui constituent la trame de l'écriture. Ce sont ce que J. Galarza appelle les « qualités de l'image » que l'on doit essayer de définir et de rapprocher de la langue transcrite, c'est à dire du nahuatl. L'une des conséquences directes de cette idée, c'est la nécessité de réaliser des planches de dessins comparatives pour chaque élément.

   
144

La quatrième veut que chaque élément doit être reconnu et son nom prononcé pour être lu, car c'est généralement ce dernier qui fournit les valeurs phoniques. Le fait de reconnaître un élément implique que l'on essaye de caractériser le rapport qu'il entretient avec le réel, tandis que le nommer revient à chercher le mot nahuatl qui pouvait être utilisé pour désigner ce à quoi chaque dessin fait référence.

   
145

Telles sont les quatre idées générales qui justifient et sous-tendent les efforts produits dans ce travail.

   
146

La méthode mise en ouvre comprend plusieurs étapes qui seront exposées en suivant l'ordre dans lesquelles elles ont été accomplies et en donnant au fur et à mesure les définitions nécessaires à la bonne compréhension. L'ordre suivi correspond effectivement à celui selon lequel ce travail s'est développé, mais il ne faudrait pas imaginer que cela n'a pas été sans de multiples retours en arrière pour modifier certaines données. Les corrections multiples en fonction de l'avancement du travail sont rendues particulièrement aisées par l'emploi de l'ordinateur qui permet de disposer de données constamment à jour et prêtes à leur exploitation.

   
147

Avant de décrire la façon dont les glyphes ont été analysés, il convient de faire une remarque d'ordre général sur la nature de la matière étudiée. Ce sont des dessins et nous employons des mots pour les décrire et les analyser. Ceci ne peut se faire qu'au prix de réductions et de nombreuses erreurs. Même si les images ne sont pas quelconques, mais au contraire qu'elles appartiennent à la catégorie des images conventionnelles, ce qui limite considérablement leurs possibles réalisations, il n'en demeure pas moins que la transcription des caractéristiques de l'image au travers du filtre des mots provoque oublis et inexactitudes. Quel que soit le caractère systématique de l'analyse, celle-ci est constamment entachée de ces deux vices. Il est un autre problème qui tient à la catégorisation ou classification. Toute les fois où une telle opération est mise en ouvre, il faut savoir qu'il existe toujours des cas limites pour lesquels l'appartenance à une catégorie relève plus ou moins de l'arbitraire. Dans toute la mesure du possible les principales divisions dans la matière glyphique ont été faites à partir de critères exclusivement graphiques, perceptibles par toute personne examinant un tel document. Un souci nous a constamment animé, celui de dissocier l'analyse des glyphes des connaissances apportées par leur lecture. Ceci n'a pas été toujours entièrement possible, mais dans ce domaine, l'écriture aztèque, où les incertitudes sont plus nombreuses que les faits incontournables, seules les images sont un point fixe, tout doit donc partir d'elles et constamment y revenir.

   
148

Les multiples analyses se développent selon une succession d'études particulières dont les données sont informatisées. L'exposé de la méthode montrera tout d'abord les étapes de l'analyse avec, pour chacune, quelques exemples des résultats obtenus, puis les techniques informatiques mises en ouvre.

   
 

Etapes de l'analyse

Les principales étapes sont la codification des images, la détermination et la classification des glyphes, l'étude de leurs caractéristiques plastiques, la détermination, la désignation et le classement des éléments, la recherche et l'analyse des citations. A partir de l'ensemble des données recueillies, il est alors possible de proposer les lectures, de déduire les valeurs phoniques, d'étudier les mots nouveaux et d'aborder le problème du sens de lecture.

   
 

Codification.

Cette opération consiste à attribuer à chaque composante du codex une cote permettant de l'identifier et ainsi de le sortir de son contexte. C'est la connaissance d'une cote qui permet de replacer n'importe quel dessin à sa place sur une planche du Codex et c'est elle aussi qui permet, en plus de la clef thématique, d'accéder à toutes les informations le concernant.

   
151

La codification s'est faite en deux étapes, la première consistant en la préparation des planches et la seconde en l'attribution d'une cote. Il y a eu préparation dans la mesure où il était nécessaire, d'une part, d'agrandir un peu l'ensemble des dessins et, d'autre part, de les décalquer. L'agrandissement photographique (par un facteur de 1,13) était rendu nécessaire par la finesse des dessins qui excédait nos propres capacités à les reproduire à l'encre de Chine sur du papier calque. La reproduction dessinée de tous les dessins du Codex était nécessaire à un double point de vue, technique et propédeutique. La reproduction photographique directe des dessins n'a pas été retenue parce qu'il n'était pas possible de faire ressortir assez clairement tous les dessins du fond du papier, en particulier dans toutes les parties endommagées. Le dessin est, par ailleurs, la meilleure entrée en matière : il fait comprendre au travers de la main toute la richesse et complexité des glyphes et des personnages. Face à l'image, la main a un pouvoir analytique beaucoup plus poussé que l'oil qui a souvent tendance à se satisfaire d'un point de vue plus synthétique. Seule la main permet d'apprécier l'extrême précision des dessins. Pour faire les calques, chacune des planches a été divisée en un certains nombres de zones (le plus souvent huit) totalement arbitraires. Contrairement aux travaux de J. Galarza, ces zones ne cherchent en aucun manière à correspondre à des divisions de la planche voulues par le tlacuilo et n'ont donc aucun rapport avec des groupes de lecture. La complexité des compositions ne laissait pas d'autre alternative. Les seules contraintes suivies sont le fait qu'il n'était pas question de couper un dessin ou de séparer un personnage de son glyphe anthroponymique et que la dimension du calque devait correspondre au format d'une page de texte. Ces dessins établis, ils ont été photographiés et reproduits en autant d'exemplaires qu'il était nécessaire pour la constitution des différents catalogues indispensables à l'analyse, et dont une partie allait constituer le Dictionnaire Thématique Général. Les tirages ont été faits à deux échelles : l'une qui est celle des calques, qui a été utilisée pour tous les catalogues, et l'autre, réduite afin de retrouver la dimension du document original et qui a été utilisée pour le tome consacré à la Codification.

   
152

Une fois les zones déterminées, il était alors possible d'attribuer un chiffre arabe à chaque personnage et à chaque glyphe. Les liens n'ont pas été codifiés : on y fait référence en mentionnant la cote de départ et la cote d'arrivée.

   
153

Les cotes se présentent toutes sous la forme suivante : X.010.A.01. La première partie de la cote désigne la planche du Codex. Cette première partie peut avoir les valeurs suivantes : X.010 (planche 1), X.011 (planche 1a), X.012 (planche 1b), X.013 (planche 1c), X.020 (planche 2), X.030 (planche 3), X.040 (planche 4), X.050 (planche 5), X.060 (planche 6), X.070 (planche 7), X.080 (planche 8), X.090 (planche 9), X.100 (planche 10) et X.101 (fragment droit de la planche 10). La numérotation traditionnelle des planches, par des chiffres arabes ou romains, n'a pu être conservée pour des raisons informatiques 53.

   

 53 Les cotes ne comprenant pas seulement des chiffres doivent être considérées comme une donnée de type caractère et non pas numérique. Quand un champ de ce type est indexé l'ordre des nombres ne peut alors être respecté d'où la nécessité d'introduire des zéros supplémentaires pour que cette partie de la cote ait constamment la même longueur.

 

154

La seconde partie de la cote correspond à la désignation de la zone. On trouve toujours là une lettre majuscule, qui peut aller de A à N.

   
155

La troisième partie de la cote correspond au numéro attribué aux glyphes et aux personnages d'une zone considérée. Ce numéro est toujours en chiffre arabe. Il arrive parfois que ce numéro soit suivi d'un + : cela correspond à des dessins qui avaient été oubliés lors de la codification. Les numéros ont été attribués en allant de la gauche vers la droite et du haut vers le bas, comme dans les Lienzos de Chiepetlan 54.

   

 54 J. Galarza, 1972, Pl. 2

 

156

Le tome Codification présente pour chaque planche la division de la planche en zones avec leurs lettres, puis les quelques glyphes agrandis qui, par leur dimension, se trouvent dans plusieurs zone et qui ont été désignés par une cote particulière, du type X.010.Z.01, afin d'en conserver l'intégrité. Toutes les cotes comportant un Z sont donc des glyphes très agrandis qui peuvent figurer, soit la lagune de Mexico, soit la chaîne de montagne à laquelle appartiennent le Popocatepetl et l'Iztaccihuatl. A la suite viennent toutes les zones de la planche avec, marqués sur une feuille de calque venant en superposition, les numéros de chaque glyphe ou personnage.

   
 

Les glyphes

Détermination

Cette étude ne portant que sur les glyphes, il était nécessaire de les distinguer du reste. Pour cela, la distinction faite par J. Galarza et A. Monod-Becquelin entre les personnages et les non-personnages 55 a été adoptée. Dans ce travail est considéré comme glyphe tout dessin qui n'est ni un personnage, ni un lien graphique. Le plus souvent faire le partage entre les glyphes et les non-glyphes et isoler un glyphe ne pose pas de difficultés particulières. Il existe cependant quelques cas problématiques quand il s'agit de glyphes complexes dont plusieurs parties sont liées entre elles. Faut-il y voir un ou bien plusieurs glyphes ? Face à ces quelques occurrences l'attitude suivante a été adoptée : quand les éléments sont liés par contact, l'ensemble est considéré comme formant un seul glyphe 56. Avec cependant une exception : quand un glyphe comprend en son sein un glyphe qui a été distingué par ailleurs comme étant un anthroponyme, dans ce cas l'anthroponyme est séparé du reste 57. Quand des éléments d'un glyphe complexe sont liés à l'ensemble par un lien graphique, si certains éléments liés forment un sous-ensemble identifié, par ailleurs, comme un glyphe, alors le glyphe complexe est considéré comme un conglomérat de plusieurs glyphes qui sont alors séparés les uns des autres 58.

   

 55 J. Galarza et A. Monod-Becquelin, 1980, p. 26

 

 56 Exemple: X.020.B.14+17

 

158

Ces distinctions, mises en ouvre à tous les stades du travail, souffrent de quelques applications irrégulières. Le lecteur attentif ne manquera pas de relever, dans le découpage des glyphes, quelques contradictions avec les principes énoncés ci-dessus.

   
 

Classification

Suivant l'exemple donné par J. Galarza, les glyphes ont été répartis en plusieurs classes et, pour la première d'entre elles, plusieurs types ont été distingués. Les classes sont au nombre de cinq. Elles sont identifiables à partir de critères essentiellement graphiques, c'est à dire qu'elles ne font pas intervenir la connaissance préalable de la lecture du glyphe.

   
Fragment de X.010.F.
   
161

Les anthroponymes se reconnaissent à deux caractéristiques : d'une part, ils sont toujours liés à la partie supérieure d'un personnage (coiffure, noud du manteau ou bras), d'autre part, ils sont d'une dimension, le plus souvent, inférieure à celle des autres glyphes pouvant leur être liés. Cette première classe a dû être divisée en plusieurs types qui sont : les anthroponymes personnels, les anthroponymes collectifs, les anthroponymes locatifs et les anthroponymes de fonction.

   
162

Nezahualcoyotl est un anthroponyme personnel tandis que Toltecatl : « le toltèque » fait partie des anthroponymes collectifs et que tenochcatl : « celui de Tenochtitlan » est un exemple d'anthroponyme locatif. Un personnage peut, en effet, être désigné par son nom propre, le nom du groupe auquel il appartient ou bien encore par le nom de la cité dont il dépend, suivant le degré de précision souhaité. Cihuacohuatl est un exemple de ce qui a été nommé anthroponyme de fonction. Seuls les anthroponymes locatifs peuvent se reconnaître sur la seule base du graphisme, dans la mesure où les glyphes de lieux correspondants sont connus, car ils sont semblables aux toponymes en plus petit. L'identification des autres types ne peut se faire que dès l'instant où leurs lectures sont déjà connues.

   
163

- Les toponymes sont d'une dimension supérieure aux précédents et sont le plus souvent indépendants, c'est à dire sans liaison graphique avec le contexte. Ils peuvent cependant être rattachés par un lien ou par contact à la partie inférieure d'un personnage (jambe, pied, siège).

   
164

- Les glyphes agrandis sont des glyphes qui ont été surdimensionnés. Leur développement est destiné à figurer des éléments de paysages (c'est le cas, par exemple, des glyphes de la lagune ou des chaînes de montagnes qui sont dessinés sur presque toute les planches) ou bien, et souvent, à établir une relation particulière avec un ou des personnage(s).

   
165

- Les glyphes de compte sont généralement des glyphes temporels. Ils désignent le plus souvent des jours, des années ou des durées. On les reconnaît au fait que des nombres sont figurés et qu'ils sont le plus souvent indépendants. Il existe cependant des cas moins évidents, quand il n'y a pas de nombre, comme c'est le cas dans les glyphes indiquant une période nocturne, ou bien quand un glyphe temporel fait partie du nom d'un personnage, auquel cas il est alors considéré comme un anthroponyme. Les anthroponymes formés sur des dates se distinguent des glyphes de compte dans la mesure où ils sont rattachés par un lien graphique à la partie supérieure d'un personnage.

   
166

- Tous les glyphes n'appartenant pas aux catégories précédentes ont été regroupés sous la dénomination « varia ».

   
167

D'un point de vue quantitatif, ces différentes sortes de glyphes se répartissent de la manière suivante : le Codex comporte 1244 anthroponymes, soit 52 % du total des glyphes, 543 toponymes, soit 23 %, 131 glyphes agrandis, soit 6 %, 149 glyphes de compte, soit 6 %, et 300 varia, soit 13 % du total. Parmi les anthroponymes il a été distingué 1074 anthroponymes personnels, soit 86 % du total des anthroponymes, 73 anthroponymes collectif, soit 6 %, 87 anthroponymes locatifs, soit 7 % et enfin 10 anthroponymes de fonction, soit 1 %.

   
 

Les caractéristiques plastiques des glyphes.

Les glyphes étant codifiés et classifiés, on s'intéresse à leur caractéristiques plastiques 59 , c'est à dire à tout ce qui concerne leurs particularités graphiques et les relations spatiales de leurs éléments. L'analyse porte là sur la composition des différents éléments des glyphes, la dimension, la position et l'orientation des glyphes, puis sur les couleurs ou motifs internes qu'ils peuvent comporter.

   

 59 Comme bien d'autres ce terme est emprunté aux travaux de J. Galarza.

 

 

Composition

 La composition des glyphes, dès l'instant où ils comportent plus d'un élément, se réalise par agglutination selon trois variantes : la première correspond à un développement dans l'espace d'éléments accolés, ou parfois liés, que nous nommons juxtaposition ; la seconde, par intégration et la troisième, par chevauchement. Ces trois variantes sont distinguées afin de plus clairement les définir, mais elles ne sont pas exclusives l'une de l'autre. Un glyphe peut parfaitement présenter une juxtaposition verticale avec intégration et chevauchement.

   
170

Trois types principaux de juxtapositions ont été distingués : les juxtapositions verticales, où les éléments sont disposés selon un axe vertical ; les horizontales, où l'axe est horizontal ; les mixtes, c'est à dire celles où la composition se développe sur deux axes ; et enfin les juxtapositions superposées, qui se développent sur un troisième axe, celui de la troisième dimension.

   
210

   
 
X.020.A.17
Juxtaposition verticale
X.010.F.33
Juxtaposition horizontale
X.010.G.17
Juxtaposition mixte
X.010.C.02
Juxtaposition superposée
   
172

Les glyphes du Codex Xolotl montrent une nette préférence pour les juxtapositions de type vertical puisqu'elles figurent dans 954 cas, représentant 57 % du total des types de composition définies 60. Cette proportion est encore plus forte si on ne considère que les glyphes de la classe des anthroponymes, dans ce cas les deux tiers des glyphes, ont une composition verticale. Les glyphes de composition horizontale sont au nombre de 211 (13 %), ceux à la composition mixte sont 295 (18%), ceux présentant une superposition sont 166 (10%). On relève aussi des juxtapositions mélangées : verticale et superposée : 28 cas, horizontale et superposée : 2 cas, mixte et superposée : 4 cas.

   

 60 Cela correspond à un total de 1660 glyphes, soit les 2367 - (636 + 71). Le nombre 636 correspondant aux glyphes composé d'un seul élément et 71 aux glyphes en partie effacés et dont la composition n'est plus visible.

 

173

A côté de ces modes de composition des éléments qui s'agglutinent selon certains axes, il existe une autre façon de procéder qui consiste à intégrer un élément à l'intérieur d'un autre. Cette intégration peut être interne ou bien externe. Dans le premier cas, la forme de l'élément accueillant ne change pas et celui qui est intégré vient en son sein, remplissant parfois tout l'espace disponible. Dans le second cas, l'élément accueillant voit sa forme même affectée par l'intégration du second. Ce qui est appelé intégration interne correspond à la distinction faite par J. Galarza entre le contenu et le contenant 61.

   

 61 J. Galarza, 1983a, p. 78-9

Chez K.A. Nowotny, 1953, cela correspond à ce qu'il nomme des « inhärente Elemente » (p. 109-110)

 

 
X.010.D.01
Intégration interne
X.010.I.31
Intégration externe
   
175

Dans le premier cas c'est l'élément atl : « eau » qui est intégré à l'intérieur d'un élément tepetl : « montagne », tandis que dans le second l'élément coltic : « courbé » vient modifier la forme même d'un élément tepetl.

   
176

Les cas d'intégration sont relativement fréquents puisque l'on a relevé 199 intégrations externes et 413 intégrations internes. Le procédé de l'intégration externe est presque exclusivement réservé aux glyphes classés comme toponymes, glyphes agrandis ou encore varia. Il est très rarement employé avec les anthroponymes personnels.

   
177

Les éléments d'un glyphe peuvent donc s'associer, soit par juxtaposition, soit encore par intégration. Il existe cependant une possibilité intermédiaire, le chevauchement. Cette pratique s'observe dans un certain nombre de cas, mettant alors l'élément chevauché au second plan.

   
 
X.010.G.05
imbrication
   
 

Dimension

Une autre caractéristique des glyphes est leur dimension. Celle-ci varie en fonction de la classe du glyphe et du contexte au sein duquel il figure : ainsi, un glyphe anthroponymique voit sa taille varier en fonction de celle du personnage qu'il accompagne. Les anthroponymes sont presque toujours d'une taille plus réduite que les toponymes et, bien évidemment, que les glyphes agrandis. Dans quelques cas, la dimension d'un glyphe a été considérée comme ayant statut d'élément qui aurait donc une valeur phonique particulière (cf. huei : « grand »).

   
 

Position

Les glyphes peuvent être composés d'un, ou de plusieurs, élément(s) ayant une position spécifique. La position fait essentiellement référence à la verticalité des images. Les glyphes, ou certains des éléments qui les composent, peuvent avoir une position normale ou bien spéciale. La normalité est appréciée par rapport à l'ensemble des occurrences et aussi par rapport au réel. Les éléments relevant du thème de la flore présentent presque tous une position verticale, position normale ou conventionnelle. Un élément appartenant à ce thème, figuré couché, est donc considéré comme ayant une position spéciale. Dans les cas où le rapport au réel fait défaut, cas par exemple de l'élément Tetl : « pierre », c'est alors la fréquence qui constitue la norme. Ainsi tous les éléments Tetl horizontaux, les plus nombreux, ont été considérés comme ayant une position normale, tandis que tous les autres sont affectés d'une position spéciale.

   
 

Orientation

Les glyphes présentent une autre particularité, c'est de pouvoir être orientés. Ceci ne concernant bien évidemment que ceux comportant des éléments au graphisme asymétrique. Les glyphes peuvent ainsi être orientés, soit vers la droite, soit vers la gauche ; ou encore, dans quelques cas, rencontre-t-on des glyphes dont les divers éléments ne sont pas orientés tous dans le même sens. L'orientation des glyphes est étroitement dépendante du contexte à l'intérieur duquel s'inscrit un glyphe. Ce fait est particulièrement évident avec les anthroponymes. Les personnages ayant un glyphe anthroponymiques comportant au moins un élément à structure asymétrique sont au nombre de 731 dont 428 sont tournés vers la droite, tandis que 303 le sont vers la gauche. Dans 663 cas glyphes et personnages ont la même orientation et seulement dans 68 cas les orientations sont contraires. Avec seulement 10% d'exceptions, il est possible de parler d'une règle selon laquelle les glyphes doivent être orientés selon le contexte dont ils dépendent. Cette règle est particulièrement évidente pour les anthroponymes, parce que la relation avec le contexte n'est jamais ambiguë, mais elle s'observe aussi avec les autres classes de glyphes. Pour ce qui concerne les anthroponymes, cette règle peut même être précisée : les glyphes s'accordent en orientation avec la tête du personnage. On note, en effet, que lorsque les personnages ont des attitudes particulières dans lesquelles la tête, le tronc et les pieds ont des orientations divergentes, les glyphes anthroponymiques suivent toujours celle de la partie supérieure du personnage. Cette règle a été utilisée rétroactivement pour déterminer l'orientation de certains éléments asymétriques pour lesquels il est possible d'hésiter sur le sens de l'orientation. Ainsi en a-t-il été, par exemple, pour l'élément pantli : « bannière ». Si la plus grande partie des éléments au graphisme asymétrique sont soumis à cette règle, il en existe cependant quelques-uns, comme par exemple l'élément popoca : « fumer » qui conserve une orientation constante malgré les changements du contexte. La détermination de l'orientation d'un glyphe est chose plus aisée que celle de son contexte, cette dernière étant pourtant indispensable car c'est elle qui explique celle des glyphes. L'orientation d'un contexte ne pose pas de difficultés quand on se trouve en présence d'un anthroponyme car le contexte est formé par un personnage dont l'orientation est sans ambiguïté. Elle devient, par contre, plus problématique quand on a affaire à un glyphe toponymique qui, lui, n'entretient que des relations plastiques avec son contexte. Ces relations peuvent être limitées à un groupe de personnages ou de glyphes mais elles peuvent aussi s'étendre à la surface entière de la planche. On note, en effet, que certains sont orientés par rapport à la composition générale des planches. Ainsi les glyphes toponymiques, sauf cas de contexte particulier, ont tendance à être orientés vers l'intérieur de chaque planche. Ceux qui se trouvent sur le bord droit sont généralement orientés vers la gauche, et inversement.

   
181

L'orientation des glyphes est la seule caractéristique pour laquelle nous sommes capables à l'heure actuelle de formuler une règle simple. Pour toutes les autres, et plus particulièrement celle touchant à la composition des glyphes, les raisons justifiant les choix de tel ou tel mode d'agglutination nous échappent en grande partie.

   
 

Couleurs et graphismes

Les surfaces délimitées par les traits sont susceptibles de recevoir des couleurs, du noir ou un graphisme. Le Codex Xolotl présente la particularité de n'être qu'en partie doté de couleurs. Seules les premières planches (X.010, X.011, X.012, X.013 et X.020) sont entièrement colorées, certaines planches ne présentent presque que du bleu et quelquefois du vert (X.030, X.040, X.090, X.100 et X.101), les autres enfin étant tout à fait sans couleur (X.050, X.060, X.070 et X.080).pan>

   
183

Les couleurs utilisées sont au nombre de dix. Elles ont été désignées par les termes suivants : bis, bleu, brun, gris, jaune, marron, rose, rouge, vert et vert/brun 62. Ces couleurs sont toutes appliquées sans dégradé et sans superposition à l'exception de celle nommée vert/brun. Cette couleur, qui se rencontre exclusivement dans certains glyphes des planches X.010 et X.020, est constituée d'un vert sur lequel est, en partie seulement et toujours du côté gauche des glyphes, superposée un peu de couleur brun-marron. Certaines de ces couleurs ont été considérées comme des éléments (infra p. 872) tandis que les autres ne sont tenues que comme une des caractéristiques, au même titre que le graphisme, permettant la reconnaissance des éléments d'un glyphe.

   

 62 La Table des Couleurs donne pour chacune la liste de tous les glyphes où celle-ci est présente.

 

184

Le noir a été distingué des autres couleurs dans la mesure où sa présence est possible même sur les planches ne comportant aucune couleur. Comme pour les couleurs, il a été dans certains cas considéré comme ayant valeur d'élément (infra p. 891).

   
185

Certains éléments constituant les glyphes comportent des hachures, c'est à dire qu'ils ont leur surface remplie par de fins petits traits noirs. Ces hachures, avec des variantes (les traits pouvant être plus ou moins courts et parfois un peu courbes), apparaissent essentiellement dans des glyphes comportant des animaux terrestres, auquel cas elles figurent la fourrure de ces animaux, ou bien des glyphes comportant des éléments du cosmos comme certains des éléments tlalli : « terre », ou encore des éléments yohualli : « nuit ». Ces hachures ne sont pas présentes d'une façon systématique et pour chaque élément nous avons cherché à comprendre, bien souvent sans succès, les raisons pouvant expliquer ces variations.

   
 

Relations

Les glyphes présentent deux types de relations : il y a celles qui sont internes aux glyphes, qui complètent les informations déjà recueillies sur sa composition, et les relations externes, soit avec d'autres glyphes, soit avec des personnages.

   
 
Internes

Par relation interne nous entendons le mode d'agglutination des différents éléments constituant un glyphe. Ces derniers pouvant en effet être liés selon trois modes : par contact, par liaison graphique ou par liaison plastique. Le troisième mode correspond aux glyphes dont certains éléments admettent un espace entre eux. Ces modes ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et peuvent se combiner.

   
188

Il n'est possible de parler d'agglutination que dès l'instant où un glyphe se trouve constitué de plusieurs éléments. Ceux dans ce cas sont au nombre de 1817. La répartition selon les trois modes d'agglutination distingués donne les chiffres suivants : 1450 n'utilisent que l'agglutination par contact, les glyphes comportant un espace interne sont au nombre de 307 tandis que ceux utilisant une liaison graphique interne sont seulement 77. Ces chiffres indiquent que dans ce Codex l'agglutination par contact est le mode de composition utilisé dans la très grande majorité des cas, environ 80 %. En fait, ce pourcentage est même un peu plus élevé (87 %) si l'on tient compte que, parmi les glyphes comportant des liaisons ou des espaces internes, ceux-ci ne concernent pas toutes les relations d'un glyphe. Un glyphe peut, en effet, avoir certains de ses éléments liés par contact tandis que d'autres le sont par un lien graphique ou encore comportent un espace. Le contact est donc, avec les multiples variantes que permettent la superposition, l'intégration et le chevauchement, le mode de composition préférentiel pour les glyphes.

   
189

Les glyphes comportant un espace interne sont au nombre de 307. Ce mode particulier de composition s'observe seulement quand certains éléments entrent en composition dans un glyphe. Ces éléments sont essentiellement les chiffres et les éléments ayant une forme de volute. Cela correspond, pour les chiffres, aux éléments ce : « un » et macuilli : « cinq » et pour ceux qui ont une forme de volute aux éléments : tlatoa : « parler », zozoma : « se fâcher », cuecuenoti(01) : « se vanter », cuecuenoti(02) : « parler mal », nextli : « cendre » ou encore popoca : « fumer ». Certains de ces éléments sont systématiquement mis à distance des autres éléments du glyphe -ce, macuilli ou zozoma par exemple-, tandis que d'autres peuvent parfois être associés par contact. Parfois, comme par exemple dans les glyphes Yacanex, le point de contact sert à marquer que c'est précisément cet endroit particulier de l'autre élément qui doit être lu. Ainsi dans le cas évoqué le point de contact est le nez alors que l'élément entier est un visage complet. C'est le nez, yacatl, point de contact avec l'élément nextli : « cendre » qui marque que seule cette partie du visage doit être lue.

   
 
X.030.C.18
Yacanex
   
191

Cet exemple montre qu'un mode de composition exceptionnel peut, dans certains cas, servir de marqueur pour les lectures.

   
192

L'utilisation de l'espace interne présente un caractère assez systématique. Pour ce qui concerne les liens graphiques internes 63 une certaine régularité, sans atteindre la sistématisation, peut s'observer quand ces liens mettent en relation certains éléments spécifiques. On retrouve les chiffres, mais là ce sont les vingtaines, données par la combinaison d'un élément ce : « un » et centli : « épi de maïs sec », qui réunies par un lien, et certains éléments comme chia : « sorte de graine » ou tlantli : « dent ». Mais seulement une partie des vingtaines sont liées dans les nombres et de la même façon seuls quelques éléments tlantli : « dent » sont ainsi rattachés. Il n'y a là rien de systématique car, si l'on considère, par exemple, les toponymes Huexotla, composés des éléments huexocuahuitl : « saule » et tlantli : « dent », sur six occurrences trois comportent un lien interne, deux sont au contact et un est indéterminé.

   

 63 Dans quelques cas la présence d'un lien graphique interne est douteuse dans la mesure où elle dépend du découpage préalable qui a été opéré au niveau des glyphes. Ainsi, par exemple, suivant que l'on considère les glyphes lus Quinatzin Tlaltecatzin comme un ou deux glyphes, le lien aura le statut de lien interne reliant deux éléments ou bien de liens externe reliant deux glyphes!

 

193

Il convient d'ajouter à ces cas quatre autres pour lesquels la liaison n'est pas figurée, comme précédemment, par un trait continu, mais par une ligne en pointillé. Deux fois cela s'explique par la nature des éléments liés. Il s'agit, en effet, de xocpalmachiyotl : « empreinte du pied » qui est figuré conventionnellement par une succession d'empreintes liées entre elles par des pointillés. Dans les deux autres cas nous n'expliquons pas l'utilisation de cette sorte particulière de liaison.

   
 

  Externes

   
195

Si la finalité principale de cette étude, la recherche des valeurs phoniques des éléments constitutifs des glyphes, a nécessité un éclatement et un morcellement de la matière, il ne faut cependant pas perdre de vue que chaque glyphe se trouve pris dans tout un réseau de relations graphiques et plastiques. Aucun glyphe n'est véritablement isolé, même s'il n'est pas rattaché graphiquement à un personnage ou à un autre glyphe. Par son appartenance à une planche chaque glyphe s'inscrit dans toute une série d'ensembles graphiques allant du groupe au récit jusqu'à la planche complète.

   
196

Les liaisons externes que peuvent connaître les glyphes sont de deux ordres : il y a celles avec d'autres glyphes et celles avec les personnages. Les premières n'intervenant qu'au niveau d'une lecture globale du document, alors que toutes les lectures que nous proposons sont seulement du mot à mot, seules quelques indications quantitatives seront fournies.

   
197

Environ 400 glyphes sont liés entre eux, ce qui représente 200 cas de liaisons. Celles-ci peuvent se matérialiser par une ligne continue (100 cas), une ligne en pointillées (23 cas), un espace (6 cas) ou par contact (45).

   
198

Sur les 2367 glyphes 1555 sont liés, d'une façon ou d'une autre, avec un personnage. Parmi ces façons il y a le lien graphique continu (1332 cas), le lien graphique en pointillé (24 cas), le contact (143 cas), les traces de pas (17 cas), l'espace ou lien plastique (37 cas). Les liens graphiques continus sont employés avec toutes les classes de glyphes et représentent la formule la plus courante. Les pointillé sont exceptionnels et se rencontrent le plus souvent en association avec les signes de paroles des personnages. Il en va d'ailleurs de même pour l'utilisation de l'espace qui lui aussi est utilisé, comme pour les pointillés, pour intégrer des glyphes de toute sorte à l'intérieur des volutes de parole d'un personnage. Les traces de pas sont généralement des liens graphiques sur lesquels viennent en quelque sorte se greffer des glyphes toponymiques, de compte ou varia.

   
199

L'utilisation du contact appelle quelques commentaires, en particulier en ce qui concerne les glyphes anthroponymiques. Alors que la règle est que ces glyphes sont toujours liés aux personnages, qu'ils nomment par un trait continu, il existe 17 cas où ceux-ci sont liés ou agglutinés par contact à une partie d'un personnage. Cette partie peut être la coiffure, plus précisément certaines parties de celle-ci, le front, la bouche avec un signe de parole, le dos ou les pieds.

   
200

Cette pratique du contact, qui est, rappelons-le, la méthode la plus utilisée pour l'agglutination des éléments constitutifs des glyphes, correspond, quand elle est mise en ouvre avec les personnages, à une économie dans l'écriture des glyphes. En effet les parties des personnages sont utilisées pour fournir des valeurs phoniques nécessaires à la lecture des glyphes, valeurs se trouvant incluses dans les personnages. C'est le contact d'un glyphe avec une partie d'un personnage qui rend active la valeur phonique virtuelle que possède chaque élément constitutif des personnages. Ce fait apparaît sans conteste dans les glyphes pour lesquels une lecture a pu être proposée et nous supposons qu'il en va de même pour les autres glyphes.

   
201

Cette utilisation d'une partie des personnages pour transcrire certaines valeurs phoniques des glyphes va dans le sens d'une des idées fondamentales et les plus novatrices de J. Galarza, qui voit dans les personnages un assemblage d'éléments devant être lus : « Tous les hommes sont essentiellement un montage de glyphes, d'éléments minima du système plastico-phonétique qui par contact, approximation, etc., forme les mots et les phrases de ce 'texte-humanisé' ou 'humain' » 64.

   

 64 J. Galarza, 1983b, p. 50

 

202

Les cas de contact entre des glyphes et des personnages correspondent à des glyphes lus Tocpacxochitzin 65 , Cuacuauhtzin 66 , Cuacuauhpitzahuac 67 , Cuexpalatl 68 , Cuauhtlix 69 , Cuauhtlatoatzin 70 , Acatentehuatzin 71 , Cohuaxoanac 72 , tziuh... 73 , ou encore chalchiuh... 74.

   

 71 101.C.12+

 

262
X.020.D.57
Tocpacxochitzin
X.050.E.10
Cuacuauhtzin
X.050.G.38
Cuacuauhpitzahuac
X.040.G.27
Cuexpalatl
X.012.D.44
Cuauhtlix
   
265
X.060.F.39
Cuauhtlatoatzin
X.101.C.12+
Acatentehuatzin
X.030.C.52+
Cohuaxoanac
X.012.D.36+
Tziuh...
X.020.E.36
chalchiuh...
   
205

Dans le cas des glyphes lus Tocpacxochitzin (to-cpac-xochi-tzin; to : « préfixe possessif, notre », icpac : « sommet », xochitl : « fleur », tzin : « suffixe révérenciel »), c'est le sommet de la tête des personnages qui fournit la valeur icpac du glyphe (infra cuaitl : « tête, sommet »). Pour les lectures Cuacuauhtzin (cua-cuauh-tzin; cuaitl : « tête », cuahuitl : « arbre », tzin : suffixe révérenciel) et Cuacuauhpitzahuac (cuacuauh-pitzahuac; cuacuahuitl : « andouiller », pitzahuac : « mince »),c'est la même partie du personnage qui transcrit la première syllabe qua (infra cuaitl : « tête, sommet » et cuacuahuitl : « andouiller »). Dans le glyphe lu Cuauhtlix (cuauh-ix; cuauhtli : « aigle », Ixtli : « face ») c'est le front du personnage, partie nommée ixcuaitl, qui fournit la syllabe finale ix (infra ixcuaitl : « front »). Les personnages accolés aux glyphes lus Cuexpalatl (cuexpal-atl : cuexpalli : « mèche de cheveux, atl : « eau »), fournissent la partie arrière de leur coiffure pour transcrire les premières syllabes cuexpal (infra cuexpalli : « mèche de cheveux »). Dans la lecture Cohuaxoanac (cohua-xo-ana-c; cohuatl : « serpent », xotl : « pied », ana, nite : « saisir », c : « ? ») c'est le pied du personnage qui fournit, sans doute, la valeur xo (infra xotl : « pied »). Pour le glyphe lu Cuauhtlatoatzin (cuauh-tlatoa-tzin; cuauhtli : « aigle », tlatoa : « parler », tzin : « suffixe révérenciel ») c'est le signe de parole du personnage qui transcrit la valeur tlatoa (infra tlatoa : « parler »). Enfin dans le cas de Acatentehuatzin (aca-tente-hua-tzin; acatl : « roseau », tentetl : « labret », hua : « suffixe possessif », tzin : « suffixe révérenciel ») l'emplacement du glyphe, contre la bouche du personnage, correspond à l'emplacement naturel de l'ornement figuré par le glyphe et transcrit par son contact avec la bouche la valeur ten, première syllabe de tentetl : « labret ». Pour les glyphes lus tziuh... et chalchiuh... c'est la tête du personnage, dans le premier cas, et le dos, dans le second, qui transcrit une partie des valeurs des glyphes, valeurs que nous ignorons.

   
206

Ces économies dans l'écriture des noms des personnages ne présentent pas pour le tlacuilo un caractère obligatoire. On peut s'en rendre compte en observant que, alors que le personnage nommé Cuacuauhpitzahuac apparaît trois fois dans ce Codex, son glyphe anthroponymique est écrit en abrégé deux fois et une fois en entier 75. On constate le même phénomène avec l'un des glyphes lu Tocpacxochitzin 76 ou encore tziuh... 77.

   

 76 X. 030.H.05

 

207

Ce qui caractérise les liaisons des glyphes avec les personnages, ce sont non seulement les types de liens utilisés (continu, pointillé, contact, espace,...), mais encore le point de jonction sur les personnages. L'observation montre que les glyphes peuvent se trouver rattachés à toutes les parties du corps humains, autrement dit à n'importe quel élément constitutif d'un personnage. Vingt et un points différents ont été relevés 78. Certains étant véritablement des points forts présentant beaucoup plus d'occurrences que les autres. Tous types de liaison confondus, on trouve tout d'abord la coiffure, avec plus de 936 occurrences, les autres principaux points venant loin derrière. Les sièges sont le point de liaison dans 142 cas, les pieds dans 95 cas, les fesses dans 43, les nouds du manteau dans 31 cas, les dossiers dans 21 cas, les linceuls dans 11 cas et les dos dans 10 cas. Tels sont donc les points de liaison les plus importants. Ces chiffres montrent que plus de 60 % des liaisons se réalisent par l'entremise des coiffures des personnages.

   

 78 Les points de liaisons distingués sont, par ordre alphabétique, les suivants: arc, bouche, bras, carquois, coiffure, collier, devise, dos, dossier, fesse, fesses, flèche, front, instrum(ent), jambe, jupe, linceul, main, maison, manteau, noeud, oreille, parole, pied, pieds, siège, huictli, ?

 

208

Ces divers points ont été regroupés en trois ensembles, les points de liaison correspondant à la partie supérieure des personnages, ceux de la partie médiane et ceux de la partie inférieure et ces ensembles ont été confrontés avec la classification adoptée pour les glyphes. Il a été dit à son propos que celle-ci pouvait se faire, essentiellement, à partir de critères graphiques : c'est le point de liaison d'un glyphe sur un personnage qui intervient dans cette classification (supra p. 52). Ces critères ont été appliqués, puis ensuite ils ont pu être vérifiés par le jeu des citations et des lectures obtenues. Celles-ci confirment bien la relation existant entre le niveau du point de liaison et la classe d'un glyphe. Ainsi, parmi tous les glyphes liés à la partie supérieure des personnages, 93 % sont des anthroponymes tandis que seulement 2 % sont des glyphes de lieux 79. A l'inverse, parmi les glyphes liés à la partie inférieure, 80 % sont des glyphes de lieux tandis que seulement 3 % sont des anthroponymes. Les glyphes liés à la partie médiane montrent une répartition moins tranchée puisque 50 % sont des glyphes de lieux et 35 % des anthroponymes. Ces chiffres montrent que la détermination de la classe d'un glyphe à partir de seuls critères graphiques est assez sure pour ce qui concerne les parties extrêmes des personnages mais qu'elle est insuffisante pour les parties médianes. Fort heureusement, les glyphes liés à la partie médiane des personnages ne représentent que 8 % des cas, ce qui limite le nombre d'erreurs possibles.

   

 79 Par glyphes de lieux nous entendons des toponymes ainsi que des glyphes agrandis.

 

 

Les éléments.

Pour écrire les 2367 glyphes du Codex Xolotl le(s) tlacuilo(que) ont utilisé 347 éléments constitutifs différents. D'un simple point de vue quantitatif, les glyphes sont en moyenne composés de 2,2 éléments. Le nombre d'éléments pouvant aller de 1 à 13 et certaines variations s'observant en fonction de la classe des glyphes. Les anthroponymes ne sont que dans 16 % des cas composés de plus de deux éléments. Contrastant avec ce fait, 66 % des glyphes de compte, 46 % des toponymes, 25 % des glyphes agrandis et 23 % comportent au moins trois éléments.

   
210

Le détail de ces aspects quantitatifs est donné dans les deux tableaux suivants 80  :

   

 80 Tous les pourcentages exprimés dans ces tableaux sont arrondis. A l'unité supérieure pour ceux dont la première décimale est supérieure à 5, et dans le cas contraire à l'unité inférieure. Les pourcentages inférieurs à 1 ne sont pas mentionnés.

 

211

Tableau du nombre d'éléments constituant les glyphes

Nombre d'éléments

Nombre de glyphes

Pourcentage

1

550

23%

2

1141

48%

3

447

18%

4

132

6%

5

61

3%

6

26

1%

7

7

<1%

9

1

<1%

10

1

<1%

13

1

<1%

 

∑ 2367

 
   
289    
212

Tableau du nombre d'éléments selon le type de glyphes

Nombre d'éléments

Anthroponymes

 

Toponymes

 

Glyphes Agrandis

 

Compte

 

Varia

 

#

%

 

#

%

 

#

%

 

#

%

 

#

%

1

312

25

 

49

9

 

46

35

 

2

1

 

141

47

2

721

58

 

237

44

 

49

37

 

48

32

 

86

89

3

169

14

 

159

29

 

20

15

 

40

27

 

59

20

4

30

2

 

63

12

 

7

5

 

22

15

 

10

3

5

9

<1

 

28

5

 

4

3

 

20

13

     

6

3

<1

 

4

<1

 

3

2

 

16

11

     

7

     

3

<1

 

1

<1

 

1

<1

 

2

<1

9

                       

1

<1

10

           

1

<1

           

13

                       

1

<1

 

∑ 1244

   

∑ 543

   

∑ 131

   

∑ 149

   

∑ 300

 
   
305    
213

Ces chiffres peuvent être complétés par une autre donnée numérique. En effet, chacun des 347 éléments constitutifs entre dans la composition d'un certain nombre de glyphes -ce nombre est indiqué plus avant à propos de chaque élément- et le total des occurrences ainsi relevées, qui forment la matière graphique du Dictionnaire Thématique Général, s'élève à 5244.

   
214

Il convient cependant de relativiser toutes les données chiffrées fournies, celle-ci sont fonction de la manière dont ont été définies les différentes classes de glyphes et de ce qui a été considéré comme étant un élément constitutif.

   
 

Détermination

Dans ce travail un élément est :

   
216

- soit le plus petit graphisme, ayant une forme caractéristique, commun à deux ou plusieurs glyphes différents ou partie d'un glyphe dont les autres parties sont déjà identifiées comme des éléments,

   
217

- soit la couleur d'un élément si elle ne correspond pas à sa couleur conventionnelle.

   
218

La définition donnée aux éléments est essentiellement et d'abord graphique puisque, sur 347 éléments 343 peuvent être exclusivement définis par leur graphisme, tandis que seulement trois couleurs ont été considérées comme éléments. Nous renvoyons le lecteur à la partie traitant des couleurs (infra p. 872) pour les critères utilisés pour retenir certaines des couleurs parmi les éléments constitutifs. Une définition essentiellement graphique des éléments est possible dans la mesure où les couleurs ne sont, dans la plus grande partie des cas, que des caractéristiques supplémentaires permettant leur reconnaissance. Elle est d'autant plus nécessaire dans l'étude du Codex Xolotl que pas plus du tiers des glyphes sont colorés et encore, bien souvent, en partie seulement.

   
219

Pour parvenir à la détermination des 347 éléments, il a suffi de prendre le premier glyphe et de le comparer aux 2366 autres, et de réunir sur des planches d'analyse les glyphes montrant des parties communes au premier glyphe et au reste du corpus. La réunion de ces glyphes permet alors de vérifier l'existence de ce qui n'est alors qu'un élément potentiel et de s'assurer que ce que l'on tient pour un élément n'est pas en fait la réunion de deux ou de plusieurs éléments.

   
220

La reconnaissance d'un élément se fait soit par comparaison, soit par déduction. Dans le premier cas un élément est toute partie d'un glyphe qui se trouve associée dans d'autres glyphes différents avec d'autres parties. Dans le second cas, est un élément toute partie d'un glyphe dont les autres parties ont déjà été identifiées comme des éléments.

   
221

Un exemple permettra de mieux comprendre cette double possibilité :

   
 

Anthroponymes

   
 
X.012.A.13 X.012.B.60 X.020.C.26 X.020.D.78
   
 
X.020.F.09 X.020.H.22 X.020.H.42 X.030.C.56 X.040.H.08
   
 

Toponymes

   
 
X.020.G.27 X.030.G.17 X.040.F.36 X.050.G.63
   
 
X.070.G.31 X.080.C.08 X.080.D.16 X.080.F.22
   
 
X.090.N.10 X.060.F.56 X.010.B.03+05
   
224

La réunion de tous les glyphes comportant le dessin d'un crapaud montre que ce crapaud peut se trouver associé à plusieurs autres éléments (azcaxochitl : « sorte de jonc », potzalli : « fourmilière », atl : « eau »). Cela suffit pour lui assurer le statut d'élément, en l'occurrence tamazolin : « crapaud ». Par contre l'élément potzalli : « fourmilière », lui, est constamment associé avec un crapaud. C'est parce que tamazolin a été au préalable déterminé comme un élément que le dessin de la fourmilière peut être considéré comme un élément. Si le Codex n'avait présenté que des glyphes Azcapotzalco, c'est à dire ceux qui comportent l'association du crapaud et de la fourmilière, alors c'est cet ensemble qui aurait été considéré comme un élément.

   
225

L'éclatement de la structure unitaire des glyphes en autant d'éléments possibles est chose simple en son principe mais sa mise en ouvre ne manque pas de poser quelques problèmes, pour la simple raison que les définitions sont toujours plus rigides que les images. Certains facteurs favorisent cette décomposition des glyphes, tandis que d'autres la rendent difficile. Les premiers sont le caractère figuratif et conventionnel des images, celles-ci étant des « formes stylisées et conventionnelles d'objets réels pris du milieu environnant » 81 , les seconds sont liés l'usage du tout pour la partie, de la partie pour le tout, de l'intégration, de l'agrandissement avec enrichissement, et de l'adaptation au contexte.

   

 81 J. Galarza, 1983a, p.

 

226

Le fait que les glyphes soient composés, dans la plupart des cas, d'images figuratives, qui représentent une réalité reconnaissable, facilite grandement la décomposition. L'association de l'image d'une tête humaine et d'une hache rend évident le fait qu'il s'agit là d'une construction et qu'un tel glyphe est composé de deux éléments. Pareillement, l'association d'une plante, de la partie inférieure du corps humain et d'une marmite, association n'ayant aucune chance de se produire dans la réalité, marque sans ambiguïté qu'il s'agit d'un glyphe composé de trois éléments.

   
 
X.040.C.13 X.040.H.09
   
228

L'aide apportée par l'aspect figuratif des éléments trouve cependant sa limite quand des éléments associés renvoient une image possible du réel. Ainsi, par exemple, pour reprendre le cas de la marmite, quand celle-ci est associée aux deux pierres du foyer, que de la fumée s'échappe de chaque côté et que de l'eau est visible dans la partie supérieure, association naturelle de toutes ces diverses parties, le découpage devient plus problématique. Face à des cas de ce type, c'est l'application de la définition qui permet de trancher. Toutes les parties qui se retrouvent associées à d'autres éléments dans des glyphes différents sont considérées comme étant des éléments. Dans l'exemple ci-dessus toutes les images décrites ont été classées comme élément.

   
343    
 
X.060.E.35
   
229

Le second facteur favorable est le fait qu'il s'agit d'images conventionnelles. Elles le sont dans la mesure où, alors que la figuration du réel par l'image est théoriquement illimitée (on peut imaginer mille façons de figurer une marmite), les éléments s'inscrivent, très souvent, dans une seule et unique forme. Dans certains cas, cette forme est véritablement constante (l'élément comitl : « marmite » en est un exemple), d'autres fois certaines variantes peuvent être observées autour d'une forme de base. La convention substitue une image conceptuelle au polymorphisme de la nature. Alors que le monde n'est que diversité et que celle-ci se trouve décuplée par le regard particulier que chacun peut y porter, les éléments tendent, eux, vers l'unicité et figurent un réel relevant plus du domaine des idées que de la perception. En fait, ces images ne sont pas véritablement figuratives, elles ne représentent pas, le plus souvent, des portions de la réalité, mais plutôt l'idée que l'on s'en fait. Essayer de définir le rapport avec le réel qu'entretient chacune de ces images est tout à la fois une nécessité et un leurre : une nécessité, car c'est la seule façon de véritablement comprendre ce qui est dessiné, comment cela l'est et quels sont les traits caractéristiques, qui en assurent la reconnaissance en l'opposant à toutes les autres formes ; côtéun leurre, si l'on cherche à superposer l'image avec un réel trop précis. Ces images renvoient souvent plus à des classes ou des familles qu'à des individus. Ainsi, l'élément cuauhtli : « aigle » (infra p. 341) fait référence à un ensemble d'oiseaux appartenant à la famille des cuauhtli. Mais l'élément du même nom ne renvoie pas à un aigle particulier de cette famille, ni a fortiori à un individu particulier. Des exemples comme celui-ci pourraient être multipliés.

   
230

Si l'aspect figuratif était toujours évocateur et si la convention voulait que chaque élément ne puisse se réaliser que dans une forme unique, alors la détermination des éléments constitutifs ne poserait aucune difficulté. Malencontreusement, il n'en va pas toujours ainsi : une trop grande simplicité ou une excessive complexité rendent plus difficile la détermination.

   
231

 Certaines images, en petit nombre il est vrai, sont d'une simplicité presque géométrique qui n'est parfois pas très parlante. Le Dictionnaire Graphique en offre des exemples. Parmi ces formes simples, il en est dont les traits distinctifs ne sautent pas aux yeux. Ainsi, par exemple, il existe plusieurs éléments dont la composante de base est une volute. Cette volute se trouve dans six éléments différents : popoca : « fumer », tlatoa : « parler », zozoma : « se fâcher », cuecuenoti(01) : « se vanter », cuecuenoti(02) : « parler mal » et ilhuia : « dire ».

   
351    
 
X.060.F.51
popoca: humear
X.060.D.37
tlatoa: hablar
X.050.E.29
zozoma: enojarse
X.070.A.63
cuecuenoti: ensoberbecerse
   
233

Les quatre premiers de ces éléments peuvent prêter à confusion si l'on ignore les quelques principes suivants :

   
234

- quand il n'y a qu'une volute, si c'est un élément tlatoa, elle est écartée ou tout au plus au contact de l'autre élément. Dans le cas d'un élément popoca : « fumer », celui-ci est en partie superposé à l'autre élément avec lequel il entre en composition.

   
235

- quand il y a plusieurs volutes, celles des éléments tlatoa sont toutes orientées dans le même sens, alors que celle des éléments popoca : « fumer » montrent systématiquement des orientations divergentes. Ceci n'est cependant vrai que lorsqu'il est nécessaire d'écarter une ambiguïté. Ainsi lorsque l'élément popoca : « fumer » est associé à l'élément tletl : « feu », cette nécessité disparaissant, ces caractéristiques n'apparaissent plus.

   
236

- si la disposition et l'orientation sont mises à profit pour distinguer les éléments tlatoa des popoca : « fumer », la position relative des volutes permet de créer d'autres éléments dont la signification reste dans le même champ sémantique que tlatoa : « parler ». Ainsi, quand deux volutes sont placées perpendiculairement l'une par rapport à l'autre obtient-on l'élément cuecuenoti(01) : « se vanter » (infra p. 289). Lorsque des volutes sont placées « dos à dos », avec des orientations opposées, on a alors l'élément zozoma : « se fâcher »

   
237

A l'inverse des éléments « trop » simples, il y a ceux qui sont « trop » complexes, c'est à dire tous ceux qui ne se réalisent pas dans une forme unique mais connaissent des variations. Plusieurs facteurs expliquent ces variations : il y ceux qui relève de la nature même des éléments tandis que d'autres tiennent au contexte dans lequel un élément est employé.

   
361    
 
tlacatl: hombre
cochi: dormir
cihuatl: mujer
yacatl: nariz
   
 
huexocuahuitl: sauce
mizquicuahuitl: mezquite
ococuahuitl: Pino
ahuacuahuitl: roble, encino
   
 
capolcuahuitl: capulin
árbol(02)
árbol(03)
   
238

Même si toutes ces images sont conventionnelles, elles demeurent cependant influencées par le réel. Cette dépendance fait que les éléments, dans certains thèmes, ont tendance à être plus complexes. Tout élément comporte des traits caractéristiques et d'autres qui ne le sont pas. Dans certains cas, traits caractéristiques et forme générale d'un élément se superposent (ceci est vrai surtout pour les éléments appartenant au thème des artefacts). Au contraire dans d'autres thèmes, tous ceux relevant de la Nature, c'est à dire l'Homme, la Faune, la Flore ou le Cosmos, il arrive fréquemment que l'on ait, en quelque sorte, une forme de base sur laquelle viennent se greffer les traits caractéristiques de chacun des éléments. Ainsi le visage humain entier est-il utilisé pour divers éléments et, dans ce cas, seule une petite partie est caractéristique et doit être lue.

   
239

Ces cas correspondent à l'utilisation du tout pour la partie. Dans l'élément yacatl, par exemple, tout le visage est figuré, alors que seule la partie du nez intervient dans la lecture.

   
240

Le phénomène contraire peut aussi survenir : certains éléments sont parfois utilisés dans une forme complète et, parfois, seule une partie est mise en ouvre. Ce phénomène correspond souvent à la partition entre toponymes et anthroponymes personnels.

   
373
   
 
cuauhtli: águila
cuauhtli: águila
quecholli: tipo de pajaro
quecholli: tipo de pajaro
   
241

Lorsque la partie et le tout sont à la même échelle, la détermination est aisée ; cela se complique un peu dans les cas contraires. Par exemple, l'élément aztatl : « héron » qui peut être figuré, soit par l'oiseau entier, soit seulement par quelques plumes.

   
379
   
 
X.070.H.17 X.060.F.18
Elemento aztatl: garza
   
242

L'agrandissement des éléments est un autre facteur qui peut venir troubler la détermination des éléments. En effet, il n'est pas rare que certains éléments, en s'agrandissant, s'enrichissent de graphismes supplémentaires :

   
386
   
 
X.070.E.34 X.070.C.30
Elemento huexotl: sauce
   
243

La pratique de l'intégration, qu'elle soit externe ou bien interne, ne facilite pas non plus la détermination des éléments. D'autant que l'intégration s'accompagne souvent d'une réduction des composantes de l'élément. Ainsi par exemple l'élément Tetl : « pierre » qui comporte normalement trois composantes (infra p. 606), quand il entre en intégration externe, se limite à une seule de ses composantes ; et, quand il entre en intégration interne, il est aussi limité à une composante, mais cette dernière n'est pas la même que la précédente.

   
 
X.040.D.15
Integración externa
X.012.A.10
Integración interna
Elemento tetl: piedra
   
244

L'adaptation au contexte est un autre facteur qui vient parfois brouiller la détermination des éléments. Cette adaptation peut se faire avec un contexte très proche ou, au contraire, un peu plus éloigné. Pour reprendre l'exemple précédent de l'élément Tetl : « pierre » et de son intégration interne, celle-ci varie en fonction de l'élément intégrant. Quand la composante de l'élément se trouve dans un élément naturel, alors la double ligne est ondulée. Au contraire quand il s'agit d'un artefact, et plus particulièrement de constructions réalisées à l'aide de pierre taillées, alors la composante est marquée par des lignes droites parallèles.

   
400
   
 
X.070.A.49
Elemento tetl: piedra, integrado en un artefacto
   
245

Parfois l'adaptation est due à la présence, et à la signification, d'un autre élément associé dans un glyphe. Ainsi les éléments coyotl : « coyote », qui comportent normalement toujours des hachures, en sont-ils dénués lorsqu'ils sont associés dans un glyphe comprenant un élément iztac : « blanc » :

   
407
   
 
X.080.B.17
Elemento coyotl: coyote
X.060.D.49
Elemento tetl + iztac: coyote + blanco
   
246

L'adaptation peut aussi se faire avec un contexte extérieur au glyphe. Cette possibilité se rencontre dans certains anthroponymes personnels dont un des éléments est une tête d'homme. La coiffure de cette dernière s'accorde, le plus souvent, avec celle du personnage nommé par le glyphe. Ainsi l'élément cochi : « dormir », caractérisé par une paupière fermée, peut être partie d'une tête dont la coiffure est du type sans spécification -cheveux cours, sans franges- ou bien d'une coiffure du type chichimèque -cheveux mi-long divisés sur le haut de la tête et relevés sur la nuque-, la coiffure du glyphe correspondant à celle du personnage :

   
413
   
 
X.080.G.27 X.020.E.01
Acuerdo del peinado del elemento cochi: dormir
   
 
Variantes

Tous ces facteurs -enrichissement par/pour agrandissement, intégration avec simplification d'un des éléments, utilisation de la partie pour le tout ou du contraire, accords des éléments avec le contexte...-susceptibles de modifier la forme des éléments constitutifs du Codex, ont rendus nécessaire l'introduction de l'idée de variante. Cette catégorie est indispensable, car considérer toutes les variations comme des éléments différents aurait vidé la notion d'élément de tout sens et ne pas tenir compte d'un certain nombre de ces variations eut été exclure toute une partie de la richesse de ces images.

   
249

Est donc considérée comme variante toute variation d'un élément qui se distingue de la forme canonique et cependant n'en diffère pas suffisamment pour être considérée comme un autre élément. Par rapport à la forme la plus usuelle de l'élément, la variante est un peu différente, mais pas trop. Les termes utilisés « un peu », « pas trop », laissent imaginer les aléas de l'entreprise et les doutes qui peuvent en résulter.

   
250

Alors que la détermination des éléments relève de critères exclusivement formels, qui ne nécessitent aucune connaissance externe aux glyphes, en particulier leur lecture, la détermination des variantes n'a pu s'affranchir complètement de celles-ci. Les variantes n'ont pas été établies sur la base des lectures et des citations, mais celles-ci ont servi à contrôler leur existence. L'introduction de facteurs non-graphiques dans la détermination des variantes était nécessaire, à la fois pour que les notions de « variantes » et de « élément » aient un sens, et aussi pour que la moindre variante, et a fortiori « variation », ne soit pas considérée comme un élément. Mais dans le même temps elle ôte un peu du caractère systématique de la détermination et introduit une certaine dose d'arbitraire.

   
251

Tous les éléments ne présentent pas de variantes : sur les 297 éléments susceptibles de connaître des variantes (sont exclus les éléments relevant des thèmes Formes, Couleurs et Indéterminés), seuls 74, soit le quart, est concerné. La répartition n'est pas égale, les thèmes relevant de la Nature -Homme, Faune, Flore et Cosmos- présentent une plus forte proportion, près 30 %, tandis que les éléments appartenant au thème des Artefacts n'ont des variantes que dans 15 % des cas. Ce fait s'explique sans doute par la plus grande complexité des référents naturels comparés à ceux crées par l'homme.

   
 

Désignation

Une fois les éléments déterminés, il convient de leur donner un nom, il faut leur affecter une désignation.

   
253

Dans la mesure du possible, cette désignation doit se faire en nahuatl car, selon l'idée de J. Galarza, « chaque élément de ce système .... possède, par convention, une forme propre qui le définit. Une fois cette convention connue, la forme permet de reconnaître l'objet original et de prononcer son nom » 82. Et le nom d'un élément est essentiel pour ensuite pouvoir dégager sa, ou ses, valeur(s) phonique(s). Si la désignation d'un élément représente la première étape vers la connaissance des valeurs qu'il est susceptible de transcrire, elle est, par ailleurs, indispensable car il est nécessaire de lui faire correspondre un mot, et un seul, pour pouvoir l'évoquer sans ambiguïté.

   

 82 J. Galarza, 1983a, p.  72

 

254

La désignation a été faite de manières différentes en fonction du nombre de paramètres inconnus. Celle-ci peut être faite, en allant du mieux connu vers le plus inconnu, par un mot nahuatl, par un mot nahuatl hypothétique, par un mot français correspondant à ce qui est figuré, par le nom de la catégorie d'un thème, par le nom du thème, par un « ? » suivi d'un nombre.

   
255

Les désignations par des mots nahuatl ont été faites, le plus souvent, alors que les lectures étaient déjà connues. Dans le plus grand nombre de cas, la désignation est égale à l'expression qu'il est possible de former à partir de la valeur phonique la plus souvent trouvée dans les lectures obtenues. Si l'on prend l'exemple de l'élément calli, on peut constater que les syllabes cal se trouvent dans le plus grand nombre des citations qui ont pu être rapprochées des glyphes comportant cet élément et des lectures qui ont été adoptées. Le substantif le plus courant que l'on puisse construire sur cette racine et dont la signification puisse correspondre à l'image se trouve être le mot calli. Les lectures se rapportant à cet élément montrent que les syllabes chan apparaissent aussi souvent en relation avec cet élément. Chan donne le substantif chantli : « maison, demeure », synonyme du premier, qui aurait aussi pu être choisi comme désignation. Mais les glyphes montrent que la valeur cal ou calli était de loin la plus fréquente. Aussi est-ce la désignation calli : « maison » qui a été retenue.

   
256

Toutes les désignations sont suivies de leur traduction en français. Cette traduction est, le plus souvent, donnée par un mot unique, même quand la désignation peut avoir plusieurs significations. Dans ce cas, c'est le sens le plus en accord avec ce qui est figuré qui est choisi. Les traductions sont extraites des dictionnaires de Fr. Alonso de Molina, de celui de R. Siméon et parfois de ceux de J. Campbell ou de J. Bierhorst 83.

   

 83 Fr. A. de Molina, 1970.  R. Siméon, 1965. J. Campbell, 1985. J. Bierhorst, 1985b.

 

257

Quand un élément ne figure que dans des glyphes dont la lecture est ignorée, une désignation hypothétique en nahuatl est parfois proposée, soit à partir d'exemples d'éléments semblables relevés dans d'autres codex, soit en utilisant le dictionnaire de nahuatl de Fr. Alonso de Molina.

   
258

Quand un mot nahuatl n'a pu être trouvé mais que ce que figure l'élément est très clair, alors un mot français, qui est parfois en quelque sorte la traduction du mot nahuatl qui n'a pas été trouvé, est utilisé (pectoral, par exemple). Si l'élément ne peut être défini plus précisément que par la catégorie d'un thème, alors c'est le nom de la catégorie, suivi d'un nombre entre parenthèses, qui sert de désignation (arbre(03) par exemple). Si seule l'appartenance à un thème est assurée, alors l'élément est désigné par le nom du thème suivi d'un nombre (cosmos(01) par exemple). Enfin, quand l'élément est totalement indéterminé, il est désigné par un « ? » suivi d'un nombre (?(01) par exemple).

   
 

Classements

Une fois les éléments déterminés et désignés et leurs occurrences regroupées, il est nécessaire de les classer d'une façon ou d'une autre afin de rendre le corpus accessible et que l'on ne s'y perde pas. La solution adoptée consiste en un triple classement : l'un est thématique, l'autre graphique et le dernier alphabétique.

   
 
Thématique

La classification des éléments d'un point de vue thématique est possible dans la mesure où ces images sont des « formes stylisées et conventionnelles d'objets réels pris du milieu environnant » 84 et que la stylisation est rarement poussée au point d'empêcher la reconnaissance de ce qui est représenté. Ainsi, sur les 347 éléments recensés, seulement 19 échappent à la classification thématique adoptée.

   

 84 J. Galarza, 1983a, p. ?

 

261

Les éléments ont été divisés en dix grands thèmes :

   
262

- Homme

   
263

- Faune

   
264

- Flore

   
265

- Cosmos

   
266

- Artefacts

   
267

- Chiffres

   
268

- Formes

   
269

- Couleurs

   
270

- Indéterminés

   
271

Certains ont été subdivisés en plusieurs sous-thèmes ou catégories :

   
448

Thèmes

Catégories

 
       

01.

Homme

01.

corps entier

   

02.

parties du haut du corps

   

03.

parties du milieu du corps

   

04.

parties du bas du corps

       

02.

Faune

01.

animaux aériens

   

02.

animaux terrestres

   

03.

animaux aquatiques

       

03.

Flore

01.

arbres

   

02.

plantes

   

03.

fleurs

   

04.

fruits et parties de végétaux

       

04.

Cosmos

01.

air

   

02.

feu

   

03.

terre

   

04.

produits de la terre

   

05.

eau

       

05.

Artefacts

01.

constructions

   

02.

mobilier

   

03.

récipients

   

04.

nourriture

   

05.

Etoffes et vêtements

   

06.

indumentaria

   

07.

ornements

   

08.

instruments et outils

   

09.

armes

   

10.

transport

   

11.

divers

       

06.

Chiffres

   
       

07.

Formes

   
       

08.

Couleurs

   
       

09.

Indéterminés

   
   
490    
304

Chaque thème et chaque catégorie sont précédés d'un nombre. Ces nombres sont ceux qui servent à former la clef thématique d'un élément, clef dont la fonction est de permettre de retrouver un élément dans les différentes parties qui composent ce dictionnaire. Une clef thématique se présente sous la forme suivante : 02.03.01. Les deux premiers chiffres correspondent au thème, ici donc la « faune » ; les deux suivant à la catégorie dans ce thème, ici « animaux aquatiques » ; enfin les deux derniers sont le numéro d'ordre du classement de l'élément dans la catégorie précédente. Dans l'exemple ci-dessus la clef thématique est celle de l'élément cipactli : « sorte de caïman ».

   
305

 Cette classification a pour seule fonction de créer un ordre suffisamment simple pour que sa logique soit saisie d'emblée. Elle repose sur nos catégories de perception et ne veulent en aucun cas suggérer une hiérarchisation traditionnelle des images. Les thèmes ont été conçus en petit nombre afin que le lecteur puisse les mémoriser aisément.

   
306

Quelques grands principes, qui se superposent, ont été suivis en réalisant ce classement. Les éléments ont été classés en allant globalement du plus facilement identifiable jusqu'au plus difficile. Les premiers éléments sont ceux concernant l'Homme dans la mesure où le référent est connu de tous et qu'il est donc très facilement reconnaissable. Le deuxième principe veut que les éléments soient ordonnés en allant du haut vers le bas : ainsi on débute par la tête de l'homme pour finir avec ses pieds ou, dans le thème Cosmos, on commence par le ciel pour terminer avec l'eau. Le troisième principe appliqué veut que l'on aille de l'intérieur vers l'extérieur. Ceci est surtout mis en pratique pour les artefacts où l'on commence par les constructions et, en particulier, la maison pour continuer par le mobilier, la nourriture... pour finir par les transports.

   
307

Etant donné le but poursuivi en classant ces éléments il n'a pas été procédé à une étude thématique approfondie, comme celle mise en ouvre par J. Galarza pour les glyphes du Codex Mendoza 85. Le classement thématique des éléments constitutifs des glyphes se rapproche plutôt de ceux établis par K.A. Nowotny pour les glyphes du Codex Mendoza 86 et H. J. Prem pour la Matrícula de Huexotzinco 87.

   

 85 J. Galarza, 1973

 

 86 H.A. Nowotny, 1959

 

 87 H.J. Prem, 1974

 

308

Le classement thématique est le plus important des classements des éléments constitutifs, c'est sur lui qu'est fondée l'organisation des Dictionnaires Thématiques Abrégé et Général (Tome Catalogue). Il n'est cependant pas le seul car, s'il remplit globalement correctement son rôle qui est de permettre de trouver rapidement n'importe quel élément dans le corpus, il y a quelques occasions où il est pris en défaut. Celles-ci sont occasionnées par les éléments dont la forme n'est pas suffisamment évocatrice à nos yeux.

   
 
Graphique

Pour ces éléments, le classement thématique a été doublé d'un classement graphique à base de formes simples : les points, le cercles, les formes ovoïdes, les spirales, les volutes, les quadrillages, les formes triangulaires ou encore rectangulaires. (Tome Catalogue : Dictionnaire Graphique)

   
 
Alphabétique

Enfin pour que la recherche d'un élément puisse aussi se faire à partir des mots, et non plus des images, des listes classées alphabétiquement assurent la correspondance entre la désignation des éléments et les images, la traduction de la désignation et les images et enfin la valeur phonique d'un élément et son image. (Tome Catalogue : Dictionnaire Alphabétique)

   
 

Les citations

Les citations sont les expressions nahuatl trouvées dans des textes en caractères latins qui ont pu être mises en relation avec les glyphes. Ces citations jouent un rôle essentiel dans ce travail puisque c'est à partir de leur confrontation avec les données précédemment réunies que sont proposées les lectures des glyphes, la désignation des éléments et les valeurs phoniques.

   
312

Les citations sont extraites de sources et d'études portant spécifiquement sur le Codex Xolotl. Parmi les sources, on trouve en premier lieu le Codex Xolotl lui-même puisqu'il comporte quelques annotations, mais aussi les écrits de l'historien aztèque Fernando de Alva Ixtlilxochitl 88 , nommé dans ce texte Alva Ixtlilxochitl, les Manuscrits 244 et 254, nommés ici par leur numéro de la Bibliothèque Nationale 89 , le texte du religieux espagnol Fr. Juan de Torquemada 90. Les études sont celles, en tout premier lieux, de C. Dibble 91 puis de H.B. Nicholson 92 et enfin le catalogue des glyphes de C. Mc Gowan & P. Van Nice 93.

   

 88 F. de Alva Ixtlilxochitl, 1975 et 1977

 

 89 Manuscrits conservés par la Bibliothèque dans son Fonds Mexicain sous les numéros 245 et 254.

 

 90 Fr. Juan de Torquemada, 1969

 

 91 C. Dibble, 1951

 

 92 H.B. Nicholson, 1972.

 

 93 C. Mac Gowan & P. Van Nice, 1979.

 

313

Toutes les citations, agglutinations de préfixes, racines et suffixes, ont subi le même traitement que les glyphes, c'est à dire qu'elles ont été décomposées afin de mettre en évidence toutes les composantes mises en ouvre avec leurs significations. Mais, avant de procéder à cette opération, il était généralement nécessaire de transcrire les citations, c'est à dire de leur donner une orthographe homogène. Dans ce travail, les citations mentionnées dans le cours du texte le sont toujours dans la version transcrite, tandis que dans les documents annexes l'orthographe originale des citations a été conservée.

   
 

Les sources

Les sources entretiennent des rapports divers, et plus ou moins directs, avec le Codex. Les plus immédiates sont évidemment les annotations portées à même le Codex.

   
 
Codex Xolotl

D'une manière générale, les annotations se limitent à la lecture isolée de quelques-uns des glyphes, essentiellement des anthroponymes et des toponymes. Seules les planches X.010 et X.020 comportent des phrases, à peine lisibles, tellement elles sont effacées. Pour les courts textes de la planche X.010, un essai de paléographie, avec l'aide de la copie de Léon y Gama et de photos de la Bibliothèque Nationale réalisées avec des rayons ultra-violet, a été tenté (Documents Annexes, No 2).

   
316

Les annotations du Codex sont très inégalement réparties, ainsi les planches X.011, X.012 et X.013 n'en présentent aucune, les planches X.020, X.060, X.070, X.080, X.090, X.100 et X.101 en sont presque dépourvues. Seules les planches X.010, X.030, X.040 et X.050 montrent de nombreux glyphes annotés.

   
 
Fernando de Alva Ixtlilxochitl

Les citations extraites des divers écrits d'Alva Ixtlilxochitl n'ont aucun rapport physique avec le Codex. Ce sont elles qui méritent stricto-sensu l'appellation de « citations ».

   
318

Si le Codex Xolotl n'est pas, à l'évidence, la seule source de cet auteur, il n'en est pas moins la source essentielle, à laquelle Alva Ixtlilxochitl se réfère fréquemment en parlant de la « original historia », de la « historia original », la « historia general », la « original y antigua historia », ou encore de « Historia general del imperio de los Chichimecas ». Comme l'indique E. O'Gorman, qui a relevé toutes les fois où l'auteur fait référence à ses sources, il est bien clair que ces dénominations générales peuvent, a priori, s'appliquer à plusieurs codex pictographiques 94. Cependant un fait montre que le Codex Xolotl, en particulier, a bien été utilisé. En effet, celui-ci ne couvre qu'une petite partie de l'histoire que développe l'historien dans ses écrits. Or, on trouve dans les Relaciones, correspondant à la fin des récits du Codex : « Con esto acabó el autor o autores que esta original y antigua historia pintaron por no haber sucedido más, y en lo que sigue son de otras historias y relaciones » et dans l'Historia Chichimeca : « y asi estando en este estado dio fin la Historia general del imperio de los Chichimecas » 95.

   

 94 On trouve dans le « registro de citas » établi par E. O'Gorman réunies toutes les citations que fait Alva Ixtlilxochitl à ses sources et en particulier celles que l'on peut rapprocher du Codex Xolotl (I, 45-85). A propos des appellations « historia original » et « historia general » cet auteur en arrive à la conclusion que : « Con estas dos ambiguas designaciones el autor se refiere a los documentos antiguos que le sirvieron de fuentes de informacíon. Entre ellos se incluyen, con seguridad, el Códice Xólotl y los Mapas Tepechpan, Tlotzin, y Quinatzin. (Alva Ixtlilxochitl, 1975, p. 80)

 

 95 Alva Ixtlilxochitl, 1975 p. 371 et 1977, p. 76

 

319

  L'idée d'utiliser les écrits d'Alva Ixtlilxochitl en parallèle avec le Codex Xolotl n'a rien de nouveau, les annotations d'Aubin sur la copie faite par Léon y Gama, le commentaire de Boban et l'étude de C. Dibble l'attestent. Malgré tout, il est nécessaire de se demander s'il est bien raisonnable de fonder cette étude des glyphes sur les écrits d'Alva Ixtlilxochitl. Peut-on faire confiance à cet historien controversé qui écrivit l'histoire de son pays en espagnol, en ne conservant que les noms propres en nahuatl et qui les orthographie bien souvent de façons différentes, donnant parfois, à première vue, l'impression de les estropier ? La réponse est affirmative pour plusieurs raisons : la considération qu'il porte aux écrits pictographiques traditionnels, la méthode qu'il employa pour rédiger ses écrits et enfin sa connaissance du nahuatl.

   
320

La haute considération qu'il porte aux documents traditionnels, sa révolte devant leurs destructions et sa volonté de sauver le contenu des quelques codex que ses ancêtres ont réussi à soustraire au feu, seront illustrées dans la longue citation suivante, au contenu et au ton parfois bien modernes : « 

   
321

  » Considerando la variedad y contrarios pareceres de los autores que han tratado las historias de esta Nueva España, no he querido seguir a ninguno de ellos : y así me aproveché de las pinturas y caracteres que son con que están escritas y memorizadas sus historias, por haberse pintado al tiempo y cuando sucedieron las cosas acaecidas, y de los cantos con que las obserbaban, autores muy graves en su modo de ciencia y facultad; pues fueron los mismos reyes y de la gente más ilustre y entendia, que siempre observaron y adquirieron la verdad, y ésta con tanta cuenta y razón, cuanta pudieran tener los más graves y fidedignos autores y históricos del mundo; porque tenían para cada género sus escritores, unos que trataban de los anales poniendo por su orden las cosas que acaecían en cada un año, con dia, mes y hora. Otros tenían a su cargo las genealogías y descendencias de los reyes y señores y personas de linaje, asentando por cuenta y razón los que nacían y borraban los que morían, con la misma cuenta. Unos tenían cuidado de las pinturas de los términos, límites y mojoneras de las ciudades, provincias, pueblos y lugares, y de las suertes y repartimientos de las tierras, cuyas eran y a quién pertenecían. Otros, de los libros de las leyes, ritos y ceremonias que usaban en su infidelidad; y los sacerdotes, de los templos, de sus idolatrías y modo de su doctrina idolátrica y de las fiestas de sus falsos dioses y calendarios. Y finalmente, los filósofos y sabios que tenían entre ellos, estaba a su cargo el pintar todas las ciencias que sabían y alcanzaban, y enseñar de memoria todos los cantos que observaban sus ciencias e historias; todo lo cual mudó el tiempo con la caída de los reyes y señores, y (con) los trabajos y persecuciones de sus descendientes y la calamidad de sus súbditos y vasallos. No tan solamente no se prosiguió lo que era bueno y no contrario a nuestra sante fe católica, sino que lo más se quemó inadvertida e inconsideradamente por orden de los primeros religiosos, que fue uno de los mayores daños que tuvo esta Nueva España; porque en la ciudad de Tetzcuco estaban los archivos reales de todas las cosas referidas, por haber sido la metrópoli de todas las ciencias, usos y buenas costumbres, porque los reyes que fueron de ella se preciaron de esto y fueron los legisladores de este nuevo mundo; y de lo que escapó de los incendios y calamidades referidas, que guardaron mis mayores, vino a mis manos, de donde he sacado y traducido la historia que prometo, aunque al presente en breve y sumaria relación, alcanzado con harto trabajo y diligencia en entender la interpretación y conocimiento de las pinturas y caracteres que eran sus letras, y la traducción de los cantos en alcanzar su verdadero sentido; la cual irá sucinta y llana, sin adorna ni ayuda de ejemplos; ni tampoco trataré de la fábulas y ficciones que parecen en algunas de sus historias, por ser cosas superfluas. Y así pido muy encarecidamente al discreto lector supla los muchos defectos que hubiere en mi modo de narrar, que lo que es la historia puede estar seguro que es muy fidedigna y verdadera, y aprobada por tal de toda la gente principal e ilustre de esta Nueva España » 96.

   

 96 Alva Ixtlilxochitl, 1975, p. 527-28

 

322

Les meilleures intentions du monde sont limitées par les connaissances. Alva Ixtlilxochitl était-il en mesure, comme il le dit, « d'extraire et de traduire l'histoire » à partir des documents pictographiques transmis par ses ancêtres ? Si cet auteur rédige ses livres en espagnol ce n'est pas parce qu'il n'aurait pu le faire en nahuatl, mais seulement parce que les lecteurs qu'il voulait toucher, les représentants du pouvoir espagnol, n'entendaient pas cette langue. Alva Ixtlilxochitl déclare lui-même qu'il connaît « la lengua como los mismos naturales, porque me crié con ellos » 97 , ce qui lui permit d'être nommé interprète auprès d'un tribunal 98. D'ailleurs, certains de ses écrits, qui malheureusement ne sont pas connus aujourd'hui, ont été rédigés dans sa langue maternelle. Ainsi selon un Acte de la Mairie de Texcoco « El año de 1608 ...presentó don Fernando de Alva Ixtlilxuchitl ante Luis Gerra...una historia de los reyes y señores naturales de esta Nueva España que tiene escrita, y las pinturas, cantos y otros papeles y recaudos de donde la sacó... y mandaron que el intérprete...la traslade del idioma Mexicano al castellano. Las historias que presentó eran ...la Crónica de los reyes Chichimecas, hasta Nezahualcoyotzin.... » 99 La chronique dont il est question traite précisément de la période couverte par le Codex Xolotl et il est vraisemblable qu'elle corresponde, en nahuatl, à ce qu'il a pu « extraire » de ce Codex.

   

 97 Ibid. p. 288

 

 98 Ibid, O'Gorman, p. 31

 

 99 Ibid. p. 521

 

323

Alva Ixtlilxochitl n'avait donc aucun problème avec la langue dans laquelle est écrit le Codex Xolotl mais en allait-il de même en ce qui concerne les dessins ? Il existe une différence fondamentale entre sa connaissance de la langue et celle de l'écriture traditionnelle c'est que la première lui a été enseigné par les autres, sans doute à son insu quand il était enfant, tandis que sa connaissance de l'écriture repose sur une décision personnelle suivie des efforts nécessaires. Depuis sa jeunesse Alva Ixtlilxochitl désirait connaître l'histoire de son pays puis il voulut faire partager cette connaissance et surtout il souhaitait connaître et transmettre « la vérité ». Pour Alva Ixtlilxochitl il était clair que cette vérité se trouvait exclusivement dans les écrits traditionnels, c'est à dire les peintures, et dans les chants. Il était donc indispensable qu'il apprenne à lire ces documents pictographiques. Il n'est pas possible de savoir jusqu'à quel degré de maîtrise il était parvenu. Cette ignorance relative pourrait peser sur la validité des informations recueillies par cet auteur s'il ne disait pas, à plusieurs reprises, qu'il n'a pas travaillé seul mais qu'il a reçu l'aide de nombreuses personnes, de savants lettrés âgés. Alva Ixtlilxochitl cite ceux qui lui ont apporté leur concours : « Los principales que me han declarado memoriales de esto y de otras cosas que adelante se verán, son los más antiguos, don Lucas Cortés Calanta, de edad de ciento y ocho años, natural señor del pueblo de Conzoquitlan junto a Tototepec del norte, hijo de Estain, señor natural de este mismo pueblo, el cual, como persona tan principal y antiguo, me declaró todas las cosas de esta tierra, que lo supo de los señores de Tezcuco, y las vido en los archivos reales, tratando y comunicando con ellos... » 100. Alva Ixtlilxochitl cite nommément cinq autres « principales », d'un âge avancé, le plus jeune a 80 ans, qui soit ont des documents anciens en leur mains soit, comme le précédent, ont eu accès aux archives royales de Texcoco et connaissaient les historiens du souverain de cette cité. Cependant il ne semble pas que tous ces « principales » aient eu une même connaissance de l'écriture pictographique traditionnelle car quand Alva Ixtlilxochitl décide d'écrire l'histoire de son pays après avoir réuni « con mucho trabajo, peregrinación y suma diligencia en juntar las pinturas de las historias y anales, y los cantos con que las observaban; y sobre todo para poderlas entender, juntando y convocando a muchos principales de esta Nueva España, los que tenían fama de conocer y saber las historias referidas; y de todos ellos (en) solos dos hallé entera relación y conocimiento de las pinturas y caracteres y que daban verdadero sentido a los cantos, que por ir compuestos con sentido alegórico y adornados de metáforas y similitudes, son dificilísimos de entender; con cuya ayuda pude después con facilidad conocer todas las pinturas e historias y traducir los cantos en su verdadero sentido, con que he satisfecho mi deseo, siguiendo siempre la verdad » 101. Il semble d'après les dires de l'auteur qu'il n'ait trouvé que deux personnes ayant une parfaite connaissance des sources écrites et/ou orales traditionnelles et que cela lui ait permis d'apprendre à lire ces documents peints. En un autre endroit Alva Ixtlilxochitl indique ce que l'écriture pictographique représentait pour ceux qui en avaient la maîtrise : « Esta relación he sacado...de los nueve libros que estoy escribiendo...según está en la original historia de los señores de esta tierra, conforme lo he interpretado y los viejos, personas principales y doctos con quien yo he comunicado, me lo han declarado; que para quien lo entiende es tan claro como nuestras letras » 102.

   

 100 Ibid. p. 285-86

 

 101 Ibid. p. 525

 

 102 Ibid. p. 412-13

 

324

La considérations d' Alva Ixtlilxochitl pour les documents pictographiques, sources sur lesquelles il fait reposer la « vérité » de ses écrits, la pratique de la langue nahuatl et sans doute une bonne connaissance de l'écriture pictographique, appuyée par celles des meilleurs connaisseurs en la matières, les « principales » âgés ayant eu l'occasion de travailler dans la bibliothèque royale de Texcoco, sont garants de la qualité globale des informations que cet auteur peut donner dans ses divers écrits.

   
325

Il est évident que l'on pourrait tirer des textes d'Alva Ixtlilxochitl un profit bien plus grand si ceux qui nous sont parvenus avaient été rédigés en nahuatl. Du fait de l'utilisation de l'espagnol, seuls les noms de personne, de lieux et les dates, plus quelques phrases isolées, sont restés dans la langue maternelle de l'auteur. Ce fait explique pourquoi il était indispensable de débuter l'étude du Codex par ses glyphes avant d'entreprendre l'étude des personnages et des liaisons. En effet, les mots nahuatl des écrits d'Alva Ixtlilxochitl correspondent en gros à ce qui a été nommé glyphes. Ses citations peuvent être mises en rapport avec les anthroponymes, les toponymes et les dates, parfois avec les glyphes agrandis et rarement avec les glyphes de type varia.

   
326

Etablir la correspondance entre le Codex Xolotl et les écrits d'Alva Ixtlilxochitl présente peu de difficultés, d'autant que ceci a déjà été fait dans les études de E. Boban et, plus particulièrement, dans celle de C. Dibble. Cette mise en parallèle est facilitée par le fait que l'organisation générale des différents textes suit celle des planches du Codex. De plus à l'intérieur de chaque planche il est généralement assez aisé de faire correspondre un groupe avec une phrase ou un paragraphe du texte en caractères latins, d'autant qu'une partie importante de ces groupes ont un contenu généalogique. Un exemple permettra de mieux s'en rendre compte :

   
327

Sur la planche X.080 se trouve dans la zone F le récit des funérailles du souverain d'Azcapotzalco, Tezozomoc.

   
517

Lámina 080, zona F

   
329

Quelques lignes extraites des Relaciones correspondent à cette partie de la planche X.080 : « Y luego tomaron ciertos caballeros el cuerpo con la estera, y lleváronlo al templo mayor, y a los lados iban hacia la mano derecho, el delantero Maxtla con un bastón en la mano y los cabellos tendidos, y los vestidos e insignias que se solían poner en tales coyunturas, y por la mismo orden iban los demás con sus bastones; y tras de él iba Moteczuma, primero de este nombre, y luego el tercera se seguía Tayauh, y el último Teyolcocohua, rey de Aculman. Y hacia la mano izquierda iban otros cuatro hacia la parte izquierda que el delantero con la misma orden iba Tlacatéotl, señor de Tlatelulco, y luego se seguía Chimalpopoca de Tenuchtitlan, y el tercero Nezahualcoyotzin, y el último Zontecoxatzin su sobrino; y detrás iba Tlatocaycpaltzin, el menor de los hijos del difunto, con muchos señores y embajadores... » 103. Ces quelques lignes donnent le nom de neuf personnages : Maxtla, Moteczuma, Tayauh, Teyolcocohua, Tlacateotl, Chimalpopoca, Nezahualcoyotzin, Zontecoxatzin et Tlatocaycpaltzin. Les trois premiers correspondent aux trois premiers personnages du bas, le quatrième est plus précis que ce qui est indiqué sur le Codex où le personnage est seulement qualifié de Tepanecatl, les quatre suivants correspondent effectivement aux personnages du haut, et le dernier, lui, n'est pas mentionné par le Codex. Cet exemple montre à la fois comment une relation fiable a pu être établie entre les textes et les glyphes et aussi le fait que ce texte, même s'il avait été écrit en nahuatl, ne constituerait pas une lecture du Codex dans la mesure où le recours à plusieurs sources fait que les informations ne se superposent qu'en partie. Parfois le Codex est plus riche d'informations et parfois, c'est l'inverse.

   

 103 Ibid. p. 352

 

330

Les écrits d'Alva Ixtlilxochitl sont composés de deux textes principaux, nommés ici Historia Chichimeca et Relaciones 104 , plus trois secondaires qui ont pour noms, dans l'édition de O'Gorman : « Relación sucinta en forma de memorial », « Compendio histórico del reino de Texcoco », et « Sumaria relación de la historia de esta nueva españa ». Ces textes secondaires, pour la partie historique concernant le Codex Xolotl, ne sont généralement que des résumés des informations contenues dans les deux textes principaux. Aussi, toutes les fois où une expression nahuatl, de l'un de ces deux textes, a pu être mise en rapport avec un glyphe, celle-ci a été considérée et fichée comme citation, alors que n'ont été enregistrées que les citations des textes secondaires qui apportaient des informations nouvelles par rapport aux textes principaux.

   

 104 Cette dénomination vient de l'édition des oeuvres d'Alva Ixtlilxochitl qui avaient été faite par A. Chavero en 1891. Celui-ci avait divisé l'oeuvre en Relaciones (tome I) et en Historia Chichimeca (tome II). Dans l'édition utilisée dans ce travail, celle de O'Gorman de 1975-77 les Relaciones correspondent à ce que l'auteur de cette nouvelle édition nomme « Sumaria relación de las cosas de la nueva españa ». (I, p. 261-393).

 

331

 Il était nécessaire de justifier la confiance accordée aux citations d'Alva Ixtlilxochitl dans la mesure où la plus grande part des lectures, des désignations d'éléments et des valeurs phoniques des éléments en sont dépendantes. Ceci s'explique par le fait que parmi les 3257 citations relevées, 2218 sont extraites de sources et le reste d'études, et que, parmi ces 2218, celles venant des écrits d'Alva Ixtlilxochitl représentent près de 80 %.

   
 
Manuscrit 254

Ce document, conservé sous ce numéro par la Bibliothèque Nationale de Paris, est intitulé « Documents en nahuatl relatifs aux toltèques, etc. » Il est composé de deux cahiers in-4° de trente-trois pages. Un autre exemplaire (mais plus court) de ce manuscrit, en la possession de A. Chavero, a été paléographié et traduit en espagnol par A. Gerste et publié sous le titre de Anónimo Mexicano 105. La paléographie de Gerste a été utilisée et corrigée en de nombreux points en la comparant au manuscrit de la Bibliothèque Nationale (Documents Annexes, No 2). C'est essentiellement le deuxième chapitre de document qui a pu être mis en relation avec le Codex Xolotl. Ceci parce qu'il traite de l'arrivée de xolotl et de son fils Nopaltzin dans la vallée de Mexico et de leur installation. Episodes qui sont plus particulièrement traités dans les planches X.010 et X.020 du Codex. Dès l'instant où l'on connaît le Codex Xolotl, la mise en relation des passages parallèles pour extraire des citations se fait sans difficulté particulière. Une partie de la planche X.010 et une phrase de ce manuscrit montreront la proximité de ces deux sources :

   

 105 Anónimo Mexicano, 1903. Pour de plus amples renseignements sur ce manuscrit voir le Handbook of Middle American Indians, vol. 15 p. 327. Ce texte est mentionné par H.B.Nicholson, 1972, p. 179

 

333

Fragment de 010.F

   
334

oaçico ce yeiantli quitocayotique Chocoayan oncan opanoque Coatlicamac, onco opanoque Tepenenetl, ca axcan nomati yuh motocayotia yuhqui; onca opanoque Tollan ca onca ocazique calzoltin tetepantin ymachio ca ocalpixque oc ceme tlaca, auh opanoque Mizquiyahualan ahmo cana omoquetzque auh omotlalico iman ce tepetl tlein oquitocayoti yni noma toca Xolotl auh nomatica axcan catqui initoca, auh nican oquititlan in ipiltzin Nohpaltzin. .. 106. : « ils parvinrent en une place qu'ils nommèrent Chocoayan, de là ils passèrent à Coatlicamac, de là ils passèrent à Tepenenetl, en vérité encore maintenant elle se nomme ainsi; de là ils passèrent à Tollan, là en vérité ils parvinrent à des traces de murs détruits, signe que d'autres hommes gouvernèrent, ils passèrent à Mizquiyahualan, nulle part ils s'arrêtèrent et il vint rester sur une montagne qu'il nomma de son nom Xolotl, et encore aujourd'hui c'est son nom, et d'ici il envoya en messager son fils Nopaltzin.... ».

   

 106 Anónimo Mexicano, 1903, p. 119

 

335

Toutes les parties de ce manuscrit qui ont pu être mise en parallèle avec le Codex ont été traduites et toutes les expressions proches des glyphes ont été considérées comme des citations.

   
 
Manuscrit 244.

Ce manuscrit nahuatl, conservé sous ce numéro par la Bibliothèque Nationale de Paris, est une partie d'un document intitulé « Tanto del testamento de Dn. Franco. Verdugo Quetzalmamalictzin 107  ». Le titre du document nahuatl est « Yn tlahtollo ynteotihuacan tlahtocaiotl yniuh ypanca tlatocahuehue amatl iniuh oquimoneltililli incapitan Marques del Valle yhuan in Audienza Real... » : « L'histoire de la seigneurie de Teotihuacan, comme elle est dans les anciens livres des seigneurs, et ainsi qu'elle fut certifiée par le capitaine Marques del Valle et l'Audience Royale... ». Deux traductions en espagnol de ce manuscrit sont aussi conservées par la Bibliothèque Nationale, ainsi qu'une paléographie établie par M. Aubin, sous les numéros 242 et 245 108.

   

 107 J. Galarza, 1974, p. 51.  Les documents annexes publiés par O'Gorman dans Alva Ixtlilxochitl, 1975, p. 280 montre que ce personnage était l'arrière-grand-père de Fernando de Alva Ixtlilxochitl.

 

 108 Une traduction espagnole du Manuscrit 244 a été publiée par A. Chavero, 1904, p. 440-57

 

337

L'intérêt de ce document nahuatl réside dans le fait qu'il mentionne les divers souverains de Teotihuacan en commençant par Xolotl, qui a été le premier chichimèque à conquérir ces terres, et qu'il fournit des données généalogiques qui se trouvent dans le Codex Xolotl. Les parties parallèles aux deux documents ont été paléographiées et traduites afin de pouvoir extraire les citations.

   
 
Fray Juan de Torquemada

La dernière source utilisée est le texte de Fr. Juan de Torquemada. Cet auteur, pour qui Alva Ixtlilxochitl marquait une certaine admiration parce qu'il était « el diligentísimo y primer descubridor de la declaracíon de la pinturas y cantos » 109 , a consacré dix-neuf chapitres du deuxième livre de son ouvre monumentale, nommée Monarquía Indiana 110 , aux même événements historiques traités par le Codex Xolotl. Il n'est pas possible de savoir s'il connaissait le Codex lui-même, ou bien s'il a utilisé d'autres sources, ou bien encore les écrits d'Ixtlilxochitl. A la suite de O'Gorman, nous dirons que « nombreuses sont les similitudes mais aussi les différences que l'on peut observer entre des passages de l'ouvre de Torquemada et celle d'Alva Ixtlilxochitl de sorte que la conclusion la plus prudente est que les deux profitèrent des mêmes sources 111.

   

 109 Alva Ixtlilxochitl, 1977, p. 137.

 

 110 Fr. J. Torquemada, 1969, vol. 1,  p. 38-136

 

 111 Alva Ixtlilxochitl, 1975, p. 84 « son muchas las semejanzas pero también las diferencias que se observan entre pasajes de la obra de Torquemada y las de Alva Ixtlilxochitl de suerte que la conclusión más prudente es que ambos disfrutaron las mismas fuentes »

 

339

L'utilisation qui a été faite des citations de Torquemada est bien moindre que celles d'Ixtlilxochitl : d'une part parce qu'elles sont beaucoup moins nombreuses et, d'autre part, parce que, soit elles ne font que confirmer celles recueillies chez Alva Ixtlilxochitl, soit elles sont douteuses.

   
 

Les études

Trois études ont été retenues 112 pour fournir des citations susceptibles d'éclairer certaines lectures.

   

 112 Les études du Codex ne sont pas légions. En dehors de celles cités dans le texte il faut mentionner celles de E. Boban, 1891 publiée dans son Catalogue Raisonné. L'auteur parlant de son travail dit: « Nous n'avons pas la prétention de donner l'interprétation exacte et complète de ce curieux document. Pour l'étudier dans tous ses détails il aurait fallu des mois entiers, et nous n'avons pu consacrer à ce travail que quelques semaines à peine ». Sachant cela on ne peut que souscrire à ce que dit J. Galarza (1974, p. 9) de l'oeuvre de E. Boban: « Si l'on considère les connaissances Mexicanistes de l'époque, il est étonnant de constater le sens d'observation et d'analyse ainsi que la puissance de travail de l'auteur. » Malgré les qualités de ce travail la publication de l'étude de C. Dibble l'a rendu périmé.

Deux  autres études n'a pas été utilisées, mais là parce qu'elles ne s'inscrivent pas dans la finalité de ce dictionnaire; celle de D. Robertson, 1959 qui fait une présentation courte mais pénétrante du Codex en adoptant un point de vue stylistique et en insistant sur les aspects cartographiques du document.Enfin dans une courte étude historique M. León-Portilla, 1967, utilise le Codex ainsi que d'autres sources pour traiter du thème de l'acculturation des Chichimèques.

 

 
C. Dibble

Il y a, en tout premier lieu, celle de C. Dibble, seule étude globale du Codex 113. Celle-ci est importante car l'auteur a « essayé d'interpréter les glyphes en se fondant sur les écrits d'Ixtlilxochitl » 114. Après une présentation historique et une description du Codex, il expose et commente, planche après planche, le contenu de chacune d'elles en mettant en parallèle les dessins et les textes d'Alva Ixtlilxochitl. Les lectures des glyphes, accompagnées d'une cote permettant de les retrouver (non sans difficultés) ont été regroupées, à la suite du texte, dans des tables correspondant à chaque planche. Enfin, cette étude est complétée par des tableaux généalogiques et deux index : l'un pour les noms de personnes et l'autre pour les noms de lieux.

   

 113 C. Dibble, 1951 et 1980

 

 114 Ibid. p. 9

 

342

Toutes les lectures des glyphes que C. Dibble propose ont été retenues comme citations. Que celles-ci se trouvent dans la partie texte de son ouvrage, dans les tables, les tableaux généalogiques ou bien dans les index 115.

   

 115 Sont incluses aussi les lectures qu'il propose dans un article de 1965.

 

343

Il est bien clair que les lectures proposées par C. Dibble étant fondées sur les écrits d'Alva Ixtlilxochitl, que nous avons systématiquement relevés, il y a le plus souvent redondance avec les citations de l'auteur texcocain. Cette étude concernant le Codex en son entier, les citations relevées touchent toutes les planches. Elles sont au nombre de 1014.

   
 
H.B. Nicholson

A l'occasion d'un article consacré à l'identité historique d'un site archéologique situé aux environs de Cohuatepec, c'est à dire dans une zone couverte par le Codex Xolotl, cet auteur a été amené à étudier, en partie, les planches X.010 à X.050. Les lectures que cet auteur propose, et qui différent de celles données par C. Dibble ou bien Alva Ixtlilxochitl, ont été retenues comme citations. Elles sont au nombre de vingt.

   
 
C. Mc Gowan & P. Van Nice

De cet ouvrage, essentiellement fondé sur les travaux de C. Dibble, seules trois citations ont été retenues, correspondant à trois propositions de lectures différentes de celles relevées dans les sources ou les autres études.

   
 

Les lectures

Pour chaque glyphe, nous avons tenté de proposer une lecture, qui peut être composée d'une ou de plusieurs expressions, comme, par exemple, dans les dates. Ces lectures représentent la synthèse de la double analyse des glyphes et des citations. Au terme de l'analyse des glyphes, on dispose de la composition en un certain nombre d'éléments, de leur désignation hypothétique, de la manière dont ces éléments sont assemblés pour former le glyphe et des relations que ce glyphe entretient avec son contexte. Au terme de l'analyse des citations, on dispose des racines, de leurs significations, ainsi que des divers préfixes et suffixes. La lecture découle donc directement de la confrontation des analyses des glyphes et des citations. La recherche des lectures s'est faite, non pas glyphe par glyphe, mais par ensemble de glyphes présentant un élément commun. C'est la raison pour laquelle, dans le dictionnaire thématique général, les glyphes sont regroupés, à l'intérieur d'un élément donné, en fonction des similitudes d'association qu'ils présentent.

   
347

Il n'a pas été possible de faire correspondre à chaque glyphe une ou plusieurs citations ; cependant, dans un bon nombre de cas, des lectures sont proposées. Il y a lieu de distinguer deux cas : soit le glyphe pour lequel il n'y a pas de citation est semblable à un autre glyphe qui, lui, a pu être lu en se fondant sur une ou des citations (dans ce cas la lecture est étendue à tous les glyphes semblables), soit le glyphe est unique (et dans ce cas, ou bien aucune lecture n'est proposée, ou bien une lecture est avancée, généralement, à partir d'une comparaison avec un glyphe semblable trouvé dans une source externe).

   
348

Dans la partie du texte consacrée aux éléments, toutes les lectures correspondant à des citations ou à des extensions de citations sont données sans commentaire. Au contraire, toutes celles qui sont proposées à partir d'informations externes aux citations sont déclarées expressément hypothétiques, et commentées. Il est clair que chaque lecture devrait être justifiée, mais cela n'étant pas matériellement possible, on trouvera dans les fiche des glyphes des Documents Annexes toutes les informations.

   
349

Les lectures ne sont pas traduites : en cela nous suivons l'exemple, et des sources, qui ne traduisent jamais les anthroponymes, les toponymes, et rarement les dates, et de J. Galarza, qui justifie ainsi son attitude : « Il est toujours intéressant de connaître les racines de ces noms nahuatl par les mots qui les composent, sans que pour autant leur traduction soit justifiée. Celle-ci nous paraît même illogique puisque les noms de personne, par exemple, sont, dans les sources, conservés en nahuatl...Quant aux noms de lieux...cette traduction, tout aussi illogique, présente de plus le danger d'entraîner des erreurs d'interprétations » 116. Il est d'autant moins nécessaire de fournir une traduction des lectures que tous les éléments permettant de la construire sont compris dans les indications qui sont données, soit dans le texte, soit en regard de chaque glyphe dans le Dictionnaire Thématique Général. Dans cette partie du Catalogue, chaque lecture de glyphe est suivie de la liste de ses éléments constitutifs avec, pour chacun, sa traduction. Dans un nombre important de cas, la traduction de la lecture est égale à la somme des traductions des éléments composant le glyphe. En pratique il suffit de savoir que les expressions aztèques se « lisent » de la droite vers la gauche pour pouvoir appréhender la signification des lectures proposées. Quand tout ou partie de la signification de la lecture diffère de celles des éléments qui constituent le glyphe alors les significations nouvelles sont indiquées, à la suite du signe <> qui signifie « différent ». Ainsi, par exemple, pour le toponyme X.070.C.30 qui se lit Huexotla, on trouve dans le Dictionnaire Thématique Général, en face du glyphe, la mention suivante :

   

 116 J. Galarza, 1980, p. 138

 

350
   
 
X.070.C.30
Huexotla / huexocuahuitl: : sauce (huexo) / tlantli: diente / tla: suf. loc. de abundancia
   
351

On trouve là toutes les données nécessaires pour traduire, si besoin est, Huexotla : « là où il y a abondance de saules ». Cependant, toutes les informations n'ayant pu trouver place dans le Catalogue, en particulier les parties non-transcrites ou celles transcrites par les personnages, dans certains cas il peut être nécessaire de se tourner la fiche correspondant à chaque glyphe qui se trouve dans les Documents Annexes.

   
352

La comparaison des lectures des glyphes, tout particulièrement les anthroponymes, avec les valeurs phoniques de chaque élément les composant montre que, dans la plus grande partie des glyphes, tous les éléments concourent à celles-ci. Il y a cependant bon nombre de cas (en particulier avec les glyphes toponymiques ou ceux qui sont agrandis) où certains éléments constitutifs ne sont pas pris en compte dans les lectures proposées. Ceci pose le problème de la fonction de ces éléments apparemment superflus. S'ils ne sont pas lus, à quoi servent-ils donc ?

   
353

L'élément tetl : « pierre » et deux toponymes -Cohuatlichan et Tenochtitlan- serviront d'exemples :

   
556
   
 
X.070.C.32
Coatlichan
X.050.G.31
Tenochtitlan
   
355

Le premier glyphe est composé des éléments oztotl : « caverne », cohuatl : « serpent » et de Tetl : « pierre » qui est intégré à la périphérie de l'élément oztotl.

   
356

La lecture de ce glyphe est Cohuatlichan (cohuatl-i-chan : cohuatl : « serpent », i : « préfixe possessif de la troisième personne », chantli : « demeure »). Les syllabes cohuatl sont transcrites par l'élément cohuatl et la syllabe chan, de chantli : « demeure », par l'élément oztotl. Le préfixe possessif et la valeur chan de l'élément oztotl sont, vraisemblablement, indiqués par la composition particulière des deux éléments, le serpent donnant l'impression de sortir de sa demeure. La lecture Cohuatlichan, proposée sur la base de citations concordantes, ne tient aucun compte de l'élément Tetl : « pierre ».

   
357

Un phénomène semblable s'observe avec le glyphe Tenochtitlan. Celui-ci est composé, en allant du haut vers le bas, des éléments suivants : nochtli : « figue de barbarie », Tetl : « pierre » (intégré dans le précédent), nopalli : « nopal, huitztli : « grande épine » (intégré dans le précédent), et Tetl : « pierre » qui est multiplié quatre fois.

   
358

Dans ce glyphe, seuls les deux premiers éléments sont indispensables pour assurer la lecture Tenochtitlan. Les éléments Tetl : « pierre » et nochtli : « figure de barbarie » suffisent pour transcrire les premières syllabes de cette expression. Les éléments Tetl : « pierre » (celui qui est intégré dans l'élément nochtli), nopalli : « nopal », huitztli : « grande épine » et la multiplication et la disposition des éléments Tetl inférieurs sont apparemment superflus, en tout cas ils ne sont jamais pris en compte dans les citations recueillies.

   
359

 Des observations similaires ont déjà été faites par J. Galarza à propos de la page 2r du Codex Mendoza. Selon cet auteur, les parties « superflues » seraient la base de lectures secondaires : « Sur certaines images glyphiques, traditionnelles, complexes, formées de plusieurs éléments, quelques-uns sont apparemment de trop parce qu'il semble qu'on ne les prononce pas. Ce phénomène que l'on peut juger comme un excédent ou excès iconique, d'une surcharge de formes et des couleurs n'est pas un ornement inutile; il s'agit en réalité de lectures complémentaires ou secondaires qui s'ajoutent ou s'agrègent après le mot principal. On peut donc faire deux lectures; la première abrégée ou simplifiée, où on tient compte seulement d'une partie des éléments dessinés, une deuxième plus complète où interviennent tous les autres éléments que l'on n'a pas inclus dans la lecture antérieure » 117.

   

 117 J. Galarza, 1983a, p. 86

 

360

Dans ce dictionnaire, on ne trouvera que le premier niveau de lecture, et encore pas toujours. Ceci tient au choix délibéré de faire dériver les lectures des citations. Cependant, quand l'analyse des éléments constitutifs porte sur la totalité des éléments (et non pas seulement sur ceux qui interviennent dans la première lecture) c'est, d'une part, par souci de faire dépendre la détermination des éléments, non pas des lectures, mais au contraire de critères exclusivement graphiques et, d'autre part, pour permettre à ceux qui ont, ou auront, les moyens de le faire de proposer les deuxièmes lectures, quand elles existent.

   
361

Si la plus grande partie des lectures sont fondées sur des citations, et plus particulièrement sur celles d'Alva Ixtlilxochitl, quelques-unes, présentées comme hypothétiques, sont, elles, tirées de documents externes. Il s'agit plus particulièrement de la Matrícula de Huexotzinco 118 et du Codex Mendoza 119. Ces deux documents ont été mis à contribution toutes les fois où trois conditions étaient réunies :

   

 118 H.J. Prem, 1974, f. 482r-911r

 

 119 J.M. Clark, 1938, Vol. 3

 

362

-    aucune citation ou, tout au moins, aucune de convaincante, n'avait pu être rapprochée d'un glyphe, ou bien d'un ensemble de glyphes, semblable(s) dans le Codex Xolotl.

   
363

-    L'un de ces documents externes présentait le même glyphe dont chaque élément était clairement identifiable.

   
364

-    L'annotation en nahuatl (annotations que présentent une grande partie des glyphes de ces deux codex) pouvait être décomposée sans ambiguïté.

   
365

Dès l'instant où ces trois conditions étaient observées, une comparaison était établie, et éventuellement une lecture hypothétique proposée, sur cette base. Il ne s'agit pas là d'amorcer une comparaison systématique entre différents documents, mais seulement de tirer profit des annotations (l'équivalent de nos citations) des glyphes semblables figurant dans ces deux documents. L'accès à la dizaine de mille glyphes de la Matrícula de Huexotzinco a été grandement facilité par le « glossaire » établi par H.J. Prem 120 , malgré les limites imposées par sa conception. Celui-ci est organisé en deux parties : la première comporte une liste alphabétique des mots nahuatl dont on trouve les racines dans les annotations des glyphes, avec, en particulier, un renvoi au folio où sont localisés les glyphes correspondant aux annotations ; la seconde est une liste thématique avec un renvoi à la liste alphabétique. La conception de ce glossaire, fondé sur les mots et non les images, limite malheureusement la portée de cet outil. Etablir une comparaison entre un glyphe du Codex Xolotl, dont on ignore la désignation des éléments et a fortiori la lecture, et son homologue dans la Matrícula en passant par l'intermédiaire de ce glossaire demande beaucoup de patience et des talents de jongleur!

   

 120 H.J. Prem, 1974, p.531-700

 

366

Toutes les lectures obtenues et proposées ont été regroupées dans deux tables. La première est classée à partir des cotes des glyphes, dans la seconde les lectures sont par ordre alphabétique (Tables : p. 5-127 et 129-162).

   
367

Les lectures sont le point de passage obligatoire pour vérifier la désignation des éléments, déduire les valeurs phoniques des éléments, connaître les valeurs exprimées hors glyphes par des personnages, extraire les parties qui ne sont pas exprimées et enfin pour voir les mots nouveaux.

   
368

Les valeurs phoniques

   
369

Chaque élément a la capacité de transcrire une ou plusieurs valeur(s) phonique(s).

   
370

Le mot « phonique » est entendu ici dans son sens le plus courant, c'est à dire qu'il se réfère simplement à la capacité qu'ont les éléments de transcrire des sons du langage, en l'occurrence de la langue nahuatl. La valeur phonique correspond ici au sens que lui donne, le plus souvent, J. Galarza dans ses travaux. Au stade de la détermination de ces valeurs, peu importe de connaître les significations qu'il est possible de rattacher à ces sons. Les valeurs phoniques sont déterminées, tout comme les éléments, à partir de critères morphologiques qui tiennent à l'écart la valeur sémantique des syllabes transcrites, syllabes qui cependant le plus souvent correspondent à des racines nahuatl chargées de sens. Cette mise à l'écart du sens des syllabes transcrites est nécessaire dans la mesure où bon nombre des significations sont problématiques et parfois même inconnues. Le parti adopté ici est précisément l'inverse de celui défini et mis en pratique par des auteurs comme K.A. Nowotny 121 , H.J. Prem ou encore H.B Nicholson. Pour H.J. Prem « l'écriture phonétique ne représente pas l'idée du message mais la forme verbale de ce message. La signification originelle des caractères utilisés n'a pas d'importance, leur fonction étant seulement phonétique » 122. H.B. Nicholson propose une définition fondamentalement semblable : « Par 'phonétisme' est entendu l'utilisation de certains graphèmes (éléments) pour transcrire -d'une façon complètement indépendante des connotations sémantiques- tout ou partie des valeurs sonores des noms nahuatl de ce qui est représenté, pour former des mots contenant les mêmes sons » 123. Mettre en ouvre une telle définition est quasiment impossible à cause de la difficulté à définir la notion de « totale indépendance des connotations sémantiques ». La subtilité de la langue nahuatl se prête fort mal à ce genre de découpage. Prenons par exemple le glyphe lu Ocotoch :

   

 121 K.A. Nowotny, 1953, p. 108-109 Cet auteur distingue « der Lautwert...des Elementes »de la « Phonetische Schreibung ».

 

 122 H.J. Prem, 1968, p. 161-62  « Phonetic writing does not represent the idea of the message, but the verbal form of this message. The original meaning of the characters used is of no importance, as their function is only a phonetic one ».

 

 123 H.B. Nicholson, 1973, p. 3 : « By 'phoneticism' is meant the employment of some of the graphemes to convey -entirely independent of their semantic connotations- all or part of the sound values of the Nahuatl names of what they represent to form all or part of words containing similar sounds »

 

573
   
 
X.030.A.15
Ocotoch
   
372

Ce glyphe est composé des éléments ococuahuitl : « pin » et tochtli : « lapin ». L'expression Ocotochtli peut avoir une double signification : soit la somme des significations de ses racines - « lapin des pins »-, soit désigner un autre animal qui est un « lynx ». Sur quelle base est-il possible de dire comment un Aztèque percevait la signification d'un tel mot ? A supposer que le sens de ces noms propres ait eu une importance pour les locuteurs nahuatl, il n'y a pas moyen de savoir comment ils entendaient un tel nom. Pour que la valeur de l'élément soit classée comme phonétique ou non-phonétique, dans le sens que leur donnent les auteurs cités, il faudrait au préalable trancher. En effet, ce n'est que si l'expression signifiait « lynx » que l'élément tochtli aurait eu une valeur phonétique. H. J. Prem était d'ailleurs tout à fait conscient de cette difficulté puisqu'il écrivait : « Il n'y a pas de moyen de décider si ces compositions montrent toujours une écriture phonétique ou bien si un mot composé aztèque était décomposé afin d'utiliser ses parties comme des idéogrammes » 124. Dans des cas comme celui-ci, il n'y a pas moyen d'appliquer la méthode indiquée par C. Dibble qui consiste à attribuer une valeur non-phonétique à une image dès l'instant où elle peut être rendue en n'importe quelle langue 125.

   

 124 H.J. Prem, 1968, p. 162

 

 125 C. Dibble, 1971, p. 324-25: « A clear distinction must be made, however, between the nonphonetic and the phonetic use of pictures. Can the word recalled by the picture be given in any of several languages? If so, it is not phonetic. Does the picture call forth a sound or a syllable with a meaning other than the object pictured? If so, the writing is phonetic ».

 

373

Les valeurs phoniques d'un élément sont donc tous les sons qu'il est possible de déduire de la mise en parallèle de tous les glyphes dans lequel il est présent et de toutes les lectures proposées pour ces derniers. La détermination des valeurs phoniques implique une détermination claire des éléments constituant les glyphes, ainsi que des racines composant les lectures.

   
374

Deux exemples permettront de visualiser le mode de détermination des valeurs phoniques :

   
580

Dos ejemplos permitirán visualizar mejor este modo de determinación de los valores fónicos:

   
581
   
 
X.070.H.17 X.060.F.18
Elemento aztatl: garza
   
376

Le premier glyphe, lu xolotl, est composé d'un seul élément : xolotl : « sorte de chien ». Dans ce cas, la valeur de l'élément est xolotl.

   
377

Le second glyphe, lu Xalmoyotzin, a pour éléments constitutifs : xalli : « sable » et moyotl : « moustique ». Dans ce glyphe, la valeur du premier élément est xal tandis que celle du second est moyo.

   
378

Le troisième glyphe, lu Cuauhtepec altepetl, est composé des trois éléments suivants : cuauhtli : « aigle », tepetl : « montagne » et atl : « eau », ce dernier étant intégré à l'intérieur de l'élément tepetl. La valeur du premier élément est cuauh, celle du second, tepe (et tepetl) et celle du troisième al.

   
379

Le premier glyphe anthroponymique lu xolotl a la valeur de son élément qui est égale à sa désignation. De tels cas sont relativement rares avec les anthroponymes personnels dans la mesure où ils sont le plus souvent terminés par le suffixe révérenciel tzin. La présence de ce suffixe provoque la disparition du suffixe primaire 126 , encore nommé suffixe absolu 127. La valeur de l'élément transcrivant la dernière racine d'une lecture dépend du fait que la lecture comporte ou non un suffixe révérenciel. Etant donné le principe énoncé ci-dessus de la dépendance des lectures vis à vis des citations, la présence de ce suffixe est fonction de ces dernières. Ainsi, si l'anthroponyme xolotl n'a pas été lu Xolotzin, c'est simplement parce que toutes les citations d'Alva Ixtlilxochitl sont concordantes sur ce point. Mais il est bien possible qu'il ne s'agisse là que d'une habitude personnelle de cet auteur, car dans une autre source le mot Xolotzin apparaît une fois.

   

 126 Th. Sullivan, 1976, p. 29

 

 127 M. Launey, 1979, p. 27

 

380

Ce sont donc tous les sons transcrits par les éléments, et dont l'association fournit la lecture des glyphes, qui sont ici nommés « valeurs phoniques ». Les valeurs (celles qui ont pu être dégagées) sont au nombre de 4328 ; elles sont évidemment limitées par les lectures proposées.

   
381

Sans qu'il soit possible ici de présenter véritablement une étude des valeurs phoniques, les résultats obtenus ont été synthétisés dans deux tables et quelques commentaires :

   
382

 - la Table des valeurs phoniques avec les éléments les exprimant (Tables : p. 179-286).

   
383

- la Table des éléments avec leurs valeurs phoniques (Tables : p. 163-177).

   
 

Valeurs phoniques et éléments

359 valeurs différentes ont été relevées et réunies dans cette Table en indiquant pour chaque valeur le, ou les, élément(s) qui la transcrit et, pour chaque élément, les différentes lectures dans lesquelles cette valeur apparaît. En face de chacune des lectures sont mentionnées les cotes des glyphes où une telle lecture s'observe.

   
385

Ces 359 valeurs se subdivisent en quatre groupes : il y a les valeurs qui sont toujours transcrites par un même et seul élément, celles qui peuvent être transcrites par plusieurs éléments séparément, celles qui ne peuvent être transcrite que grâce à la combinaison de plusieurs éléments, et enfin celles qui peuvent être transcrites, soit par un seul, soit par la combinaison de deux, ou plusieurs, éléments. Deux cent quatre-vingt-treize valeurs sont transcrites par un seul élément, tandis que les autres possibilités se rencontrent pour soixante-six valeurs. Les trois derniers cas distingués ont été regroupés dans les listes suivantes :

   
599

Liste des valeurs transcrites par plusieurs éléments

   
600

ACA 03.02.05 acatl : « roseau »
05.08.01 mitl : « flèche »

ACOL 01.03.05 maitl(01) : « bras »
02.02.15 maitl(02) : « patte antérieure »

AHUA 03.01.07 ahuacuahuitl : « chêne »
03.01.10 arbre(03)

CEM 06.01.01 ce : « un »
03.04.02 centli : « épi de maïs sec »

CHAN 05.01.01 calli : « maison »
04.03.09 oztotl : « grotte »

CHIC 06.01.01 ce : « un »
06.01.02 macuilli : « cinq »

CHIQUA 06.01.01 ce : « un »
02.01.08 chicuatli : « chouette »
06.01.02 macuilli : « cinq »
CIHUA 01.02.11 cihuatl : « femme »
01.03.03 corps(05):
05.05.09 cueitl : « jupe »
01.02.04 tête(05):
05.05.08 huipilli : « blouson, huipil »

COZCA 05.06.10 cozcatl : « perle, collier  »
05.06.09 pectoral

CUECUENO 01.02.23 cuecuenoti(01) : « se vanter  »
01.02.24 cuecuenoti(02) : « parler mal »

ICPAC 05.06.11 pantli : « drapeau »
01.02.06 cuaitl : « tête, sommet »

IX 01.02.08 ixcuaitl : « front »
01.02.15 ixtelolotli : « oeil »
09.00.07 ?(07):

MA 01.03.07 macpalli : « main, paume »
01.03.05 maitl01 : « bras »
02.02.15 maitl(02) : « patte antérieure »
01.01.02 mococoqui : « malade »

MACUIL 06.01.01 ce : « un »
06.01.02 macuilli : « cinq »

MACUILLI 06.01.01 ce : « un »
06.01.02 macuilli : « cinq »

MATLACTLI 06.01.01 ce : « un »
06.01.02 macuilli : « cinq »
06.01.03 matlactli: dix

NAN 01.02.11 cihuatl : « femme »
04.04.01 tetl : « pierre »

OCO 03.01.08 arbre(02)
03.01.06 ococuahuitl : « pin »

OL 03.04.11 olli : « hule »
07.01.02 tlatelli : « monticule »

PANO 05.09.01 acalli : « bateau »
04.05.01 atl : « eau »
02.02.02 cuetlachtli : « sorte de loup »

PITZAHUA 07.01.13 pitzahuac : « fin, allongé »
02.02.10 cuacuahuitl : « andouiller »

CUAUH 03.01.08 arbre(02):
03.01.01 cuahuitl(01) : « arbre »
03.01.03 cuahuitl(02):"arbre »

QUEN 05.05.06 quemitl : « vêtement »
05.05.01 tilmatli : « manteau »

TE 01.02.18 tentli : « lèvres, bord »
04.04.01 tetl : « pierre »

TEO 04.01.06 tlanextli : « éclat, splendeur »
04.01.05 tonatiuh : « soleil »
05.01.08 tzaqualli : « tour »
07.01.16 huei : « grand »

TEOPAN 05.01.09 teopantli : « temple »
05.01.08 tzaqualli : « tour »

TLA 07.01.04 montagnes(01)
07.01.05 montagnes(02)
07.01.06 montagnes(03)
07.01.07 montagnes(04)
07.01.08 montagnes(05)
07.01.09 montagnes06
04.05.02 quiyahuitl : « pluie »
04.04.01 tetl : « pierre »
01.02.19 tlantli : « dent »

TLACA 01.01.01 tlacatl : « homme »
04.01.05 tonatiuh : « soleil »

TLAN 03.04.10 tlanelhuatl : « racine »
01.02.19 tlantli : « dent »

TONAL 04.01.07 tonalli : « chaleur, signe »
04.01.05 tonatiuh : « soleil »

TOZ 02.02.14 tozan : « sorte de taupe »
02.01.03 toztli : « perroquet »

TZON 03.02.13 centzontli : « touffe, quatre-cent »
01.02.20 tzontli : « poil, cheveux »
XIHUITL 04.04.04 teoxihuitl : « turquoise fine »
06.01.04 xihuitl : « année »
08.01.03 xiuhtic : « bleu »

XIUH 04.04.04 teoxihuitl : « turquoise fine »
06.01.04 xihuitl : « année »
08.01.03 xiuhtic : « bleu »
04.04.05 xihuitl : « turquoise, précieux »

XOCHI 03.03.07 azcaxochitl : « sorte de jonc »
03.03.02 fleur(01):
03.03.03 fleur(02):
03.03.09 fleur(04):
03.03.01 xochitl: fleur »

YAUH 02.02.17 icximachiyotl : « trace »
01.04.03 xocpalmachiyotl: « empreinte  »

ZO 03.04.09 huitztli : « grande épine  »
07.01.19 zo : « piquer »

   
737    
738

Liste des valeurs transcrites par la combinaison de plusieurs éléments

   
739

AYA 05.05.05 ayatl : « manteau, étoffe »
05.05.01 tilmatli : « manteau »

AZCA 02.02.18 tamazolin : « crapaud »
08.01.04 tlapalli : « rouge »

EECATL 03.04.07 etl : « haricot »
04.02.03 nextli : « cendre »

EZ 04.05.01 atl : « eau »
08.01.04 tlapalli : « rouge »

ICPAL 05.02.01 icpalli : « siège »
05.02.03 petlatl : « natte »
05.02.02 tepotztli : « dos »

ILAMA 01.02.11 cihuatl : « femme »
01.02.10 xolochauhqui : « plissé, ridé »

ILO 05.09.04 otli : « chemin »
01.04.03 xocpalmachiyotl : « empreinte  »

MAMALHUAZ 05.08.01 mitl : « flèche »
05.07.03 tlecuahuitl : « madera de feu »

O 05.09.04 otli : « chemin »
01.04.03 xocpalmachiyotl : « empreinte  »

OTOM 05.01.01 calli : « maison »
05.01.03 xacalli : « maison de chaume »

PATOA 03.04.07 etl : « haricot »
05.07.11 patolpetlatl : « natte de jeu »

POLOA 05.08.02 chimalli : « bouclier »
05.08.05 macuahuitl : « sorte d'épée »

POPOZOC 04.05.01 atl : « eau »
05.03.01 comitl : « marmite, pot »

QUINA 02.02.12 itzcuintli : « chien »
01.02.21 tlatoa : « parler »

TEQUI 05.05.01 tilmatli : « manteau »
05.07.14 huictli : « bêche »

TLACATECATL 01.02.12 temillotl : « partie de coiffure »
05.07.17 tlalpilli : « noeud »
TLATLA 04.02.02 popoca : « fumer beaucoup »
04.02.01 tletl : « feu »

TLATOCA 05.02.01 icpalli : « siège »
05.02.03 petlatl : « natte »
05.02.02 tepotztli : « dos »
01.01.01 tlacatl : « homme »
01.02.21 tlatoa : « parler »

TLAHUANA 05.03.04 apaztli : « terrine »
05.04.03 octli : « pulque »

TLAXCAL 01.03.07 macpalli : « main, paume »
05.04.01 tlaxcalli : « tortilla »

TLOH 02.01.06 cuauhtli : « aigle »
02.01.18 plume(01):

TOC 03.02.07 ohuatl : « maïs »
04.03.01 tlalli : « terre »

TOTONIL 05.03.01 comitl : « marmite, pot »
05.02.04 namaztli : « pierre ronde »
04.02.02 popoca : « fumer beaucoup »

TZATZI 01.02.18 tentli : « lèvres, bord »
01.02.21 tlatoa : « parler »

YAO 05.08.02 chimalli : « bouclier »
05.08.05 macuahuitl : « sorte d'épée »

   
821    
822

Table des valeurs transcrites par un seul élément ou par une combinaison d'éléments

   
823

CHICHIMECA 03.04.06 chian : « sorte de graine »
05.08.01 mitl : « flèche »
05.08.06 tlahuitolli : « arc »

CIHUA 01.02.11 cihuatl : « femme »
01.03.03 corps(05):
05.05.09 cueitl : « jupe »
01.02.04 tête(05):
05.05.08 huipilli : « blouson, huipil »

TEN 02.02.04 coyotl : « coyote »
05.08.01 mitl : « flèche »
01.02.18 tentli : « lèvres, bord »

TLACO 05.07.26 cuauhcozcatl : « carcan »
01.01.01 tlacatl : « homme »
01.02.19 tlantli : « dent »
03.02.02 tolin : « jonc, souchet »

HUEHUE 01.02.09 cuacocolochtic : « cheveux frisés »
05.07.10 huehuetl : « tambour »
01.02.10 xolochauhqui : « plissé, ridé »
   
847

   
569

D'après la Table des valeurs phoniques et les listes précédentes, dans plus de 80 % des cas, une valeur phonique est transcrite par un seul et unique élément. Il y a cependant de bonnes raisons de penser que ce pourcentage devrait être un peu plus élevé. Ceci pour deux raisons : plus que tout autre résultat, les valeurs phoniques demanderaient à être vérifiées et pourraient être mises à profit pour remettre en cause la validité de la détermination de certains éléments constitutifs. Les valeurs résultant de la détermination des éléments et des lectures adoptées, toute erreur commise précédemment se répercute nécessairement au niveau de la détermination des valeurs phoniques, engendrant peut-être une certaine inflation. Il est une autre raison de penser que le nombre de valeurs phoniques pouvant être exprimées par plusieurs éléments, non-combinés, devrait être un peu plus faible. C'est le fait que certaines valeurs devraient être dédoublées : ainsi, dans la première liste, il est indiqué que la valeur te peut être réalisée par deux éléments : Tetl : « pierre » et tentli : « lèvres, bouche ». Il s'agit là d'une inexactitude due au mode de transcription traditionnel des mots nahuatl, adopté dans ce travail, qui ne marque pas la longueur des voyelles. En fait le e de Tetl est court tandis que le e de tëntli est long (cf. Tetl : « pierre »). En réalité, et nous le savons grâce aux travaux de Horacio Carochi 128 pour le XVIIème et de J.R. Andrews 129 , M. Launey 130 , F. Kartunnen 131 , et J. Bierhorst 132 pour le XXème, il ne s'agit pas d'une valeur mais de deux valeurs, chacune correspondant à un élément particulier. On trouve des cas semblables avec la valeur chiqua : quand cette valeur est transcrite par les éléments ce : « un » ou macuilli : « cinq », la première voyelle est courte, alors que quand c'est l'élément chicuatli : « chouette », le i de la valeur chïqua devrait être long 133. La valeur tlaco se dédouble en tläco, pour tlacotli : « esclave » et tlaco, pour tlacotl : « verge » 134. La valeur huehue est transcrite, soit par la conjugaison des éléments cuacocolochtic : « cheveux frisés » et de Xolochauhqui : « plissé, ridé », soit par ce dernier élément seul, soit enfin par l'élément huehuetl : « tambour ». Dans un cas, la valeur huehue correspond au mot huehue signifiant « vieux », dans l'autre la valeur est le radical de huehuetl : « tambour ». En fait, il aurait faudrait dédoubler là encore cette racine car uëue : « vieux » a son deuxième e court tandis que dans uëuëtl : « tambour » cette voyelle est longue.

   

 128 H. Carochi, 1892

 

 129 J. R. Andrews, 1975

 

 130 M. Launey, 1979 et 1980

 

 131 F. Kartunnen, 1983

 

 132 J. Bierhorst, 1985b

 

 133 F. Kartunnen, 1983, p. 50

 

 134 F. Kartunnen, 1983, p. 255-56

 

570

Dans l'étude de chaque élément il a été tenu compte de la longueur des voyelles, mais ces dernières, comme on le voit dans les listes précédentes, n'ont pas été enregistrées. Ceci pour la simple raison que l'on ne dispose pas à l'heure actuelle d'un dictionnaire aussi complet que celui de Molina où soient indiquées toutes les longueurs de voyelles et les saltillos. Pour tous les mots qui ne figurent pas dans les dictionnaires précités, il aurait fallu procéder à des reconstructions, introduire de nouvelles hypothèses. Ceci n'a pas été fait, d'une part, parce que notre connaissance du nahuatl n'aurait pas été suffisante et, d'autre part, parce qu'il semble que les ambiguïtés provoquées par la notation traditionnelle, c'est à dire sans les saltillos et la longueur des voyelles, sont en petit nombre.

   
571

La deuxième liste indique les valeurs phoniques qui sont systématiquement rendues par une combinaison d'éléments. Le plus souvent il s'agit de paires. Ainsi, par exemple, c'est l'association des éléments itzcuitli : « chien » et de tlatoa : « parler » qui transcrit la valeur quina, radical bref du verbe quinani : « grogner » (cf. itzcuintli : « chien »). Aucun de ces deux éléments ne peut prendre seul cette valeur.

   
572

La troisième liste montre les quelques valeurs qui peuvent être transcrites, soit par un seul élément, soit par la combinaison plusieurs éléments. Est-il possible d'expliquer cette double possibilité et plus généralement la raison d'être de ces transcriptions multiples d'une même valeur ? Il ne semble pas qu'il existe une explication globale dont relèverait toutes les valeurs citées, mais plutôt une pluralité de causes dont seules quelques-unes sont perçues à l'heure actuelle. Un des facteurs expliquant la pluralité des éléments pour transcrire une même valeur tient à la pratique de la duplication ou de la multiplication des éléments. Ceci est particulièrement visible avec les valeurs dérivant de nombres : chic, chiqua, macuil, macuilli, matlactli. Ces valeurs sont engendrées par la multiplication des éléments ce : « un » ou macuilli : « cinq ». De même la valeur tla, qui correspond au suffixe d'abondance, peut être exprimée par l'élément tlantli : « dent », mais aussi bien par tout élément qui est multiplié, comme peuvent l'être les éléments « montagnes »(01 à 06), quiyahuitl : « pluie » ou encore Tetl : « pierre ». Ce dernier élément, quand il est multiplié (et l'ensemble des éléments adopte en plus une disposition particulière) peut transcrire la valeur nan de nantli : « mère, protection », valeur qui dans un contexte différent sera transcrite par l'élément cihuatl : « femme ». Dans un tel cas le choix entre une valeur ou l'autre s'explique aussi pour des raisons sémantiques, la première valeur nan se référant à l'idée de « protection » et la seconde à celle de « mère ».

   
573

 L'importance de la signification est aussi évidente dans le choix de l'élément pour transcrire la valeur toz. Celle-ci peut être rendue par un élément tozan : « taupe » ou bien toztli : « perroquet ». Ou encore le choix entre l'élément calli : « maison » ou bien oztotl : « caverne » pour rendre la valeur chan, de chantli : « demeure », dans les glyphes lus Cohuatlichan (cohuatl-i-chan; cohuatl : « serpent », i : « préfixe possessif de la troisième personne », chantli : « demeure ») semble relever de raisons sémantiques. Dans le premier cas c'est seulement le nom du lieu qui est transcrit, tandis que dans le second des informations sont fournies sur l'habitat du serpent, les grottes, et la qualité de ces dernières qui sont dites de pierre, puisque l'élément Tetl : « pierre » est intégré à l'extérieur de l'élément oztotl : « caverne ».

   
574
   
 
X.100.D.35
Cohuatlichan
X.070.C.32
Cohuatlichan
Valor: chan
   
575

En plus de la multiplication et de la signification des éléments, le contexte joue un rôle dans le choix d'un élément. Ainsi la valeur icpac, de icpac : « tête, sur » peut être transcrite soit par un élément pantli : « bannière », soit par l'élément cuaitl : « tête, sommet ». L'élément pantli est utilisé toutes les fois où il est partie d'un glyphe toponymique, tandis que l'élément cuaitl est mis à profit dans les anthroponymes personnels. Il est véritablement mis à profit puisqu'il emprunte au personnage le haut de sa tête pour transcrire la valeur icpac. C'est donc le contexte, et sans-doute aussi des raisons sémantiques, qui expliquent le choix d'une ou l'autre des possibilités.

   
576

La valeur Chichimeca de Chichimecatl : « chichimèque » peut être transcrite, soit par un élément chian : « sorte de graine », soit par le binôme mitl : « flèche » + tlahuitolli : « arc ». Le choix d'un mode de transcription tient compte du personnage auquel l'élément doit être en relation. Si c'est un personnage féminin, c'est l'élément chian qui est choisi, s'il s'agit d'un homme, alors c'est le binôme qui est utilisé.

   
577

Il est une autre raison pouvant expliquer le choix d'un élément plutôt qu'un autre. Celle-ci s'observe avec la valeur cihua. Cette valeur peut être exprimée de plusieurs façons dont les principales sont : par un élément cihuatl : « femme », ou bien par l'utilisation simultanée des éléments huipilli : « blouse » et cueitl : « jupe », ou encore par la mise à profit de la tête du personnage nommé, quand il s'agit évidemment d'un personnage féminin. Les lectures des glyphes dans lesquels on trouve les syllabe cihua montrent que toutes celles qui ont ces syllabes en position initiale correspondent à des glyphes comportant un élément cihuatl, tandis que toutes les fois où ces syllabes sont en position finale, c'est alors soit le personnage qui est mis à contribution, soit la métaphore graphique qui est utilisée. D'après cet exemple, la place dans une expression des syllabes à transcrire peut influencer, sinon déterminer, le choix d'un élément plutôt que d'un autre pour la matérialiser.

   
 

Eléments et valeurs phoniques

Précédemment la question était de savoir quel(s) élément(s) transcri(ven)t une valeur phonique donnée. Maintenant le point de vue est inversé; il s'agit de savoir quelles sont les valeurs phoniques que chaque élément est susceptible d'exprimer.

   
579

La réponse est fournie par la Table des éléments avec leurs valeurs phoniques (Tables : p. 163-177) qui présente pour chaque élément la, ou les, valeur(s) phonique(s) correspondante(s). Cette Table montre que sur les 347 éléments distingués, pour près des trois-quarts une seule valeur phonique a été trouvée. A contrario, 28 % des éléments sont susceptibles de transcrire plusieurs valeurs. Ces éléments ont été réunis dans les listes suivantes :

   
865    
866

Liste des éléments transcrivant deux valeurs phoniques

   
867
acalli : bateau (ACAL-) (PANO-) (?-)
acatl : roseau (ACA-) (ACATL-) (?-)
arbre(02): (OCO-) (CUAUH-) (?-)
chalchihuitl : jade (CHAL-) (CHALCHIUH-)
chian : sorte de graine (CHI-) (CHICHIMECA-) (?-)
cilli : petit coquillage (CIL-) (CILIN-) (?-)
cipactli : sorte de caïman (CIPAC-) (CIPACTLI-)
citlalin : étoile (CITLAL-) (TLAHUIZCAL-)
cohuatl : serpent (COHUA-) (COHUATL-) (?-)
cuetlachtli : sorte de loup (CUETLACH-) (PANO-)
icpalli : siège (ICPAL-) (TLATOCA-) (?-)
ilhuia : dire (ILHUI-) (ILHUITL-) (?-)
itzcuintli : chien (ITZCUIN-) (QUINA-)
itztli : jade (ITZ-) (XIN-) (?-)
ixtelolotli : oeil (IX-) (TLACHIA-) (?-)
maitl(02): patte antérieure (ACOL-) (MA-)
malinalli : tresse ou plante (MALIN-) (MALINAL-)
macuahuitl : sorte d'épée (POLOA-) (YAO-)
mococoqui : malade (MA-) (MOCOCO-)
montagnes(02): (CUAUHYACA-) (TLA-)
montagnes(04): (PATLACHIUH-) (TLA-)
nextli : cendre (EECATL-) (NEX-) (?-)
ocelotl : jaguar (OCELO-) (OCELOTL-) (?-)
pochotl : arbre: ceiba, pochote (POCHO-) (POCHOTL-) (?-)
poztectli : brisé, rompu (POZTEC-) (TLAPAC-)
cuacocolochtic : cheveux frisés (CUACOCOLOCH-) (HUEHUE-)
cuaitl : tête, sommet (ICPAC-) (CUA-) (?-)
cuacuahuitl : andouiller (PITZAHUA-) (CUACUAUH-) (?-)
quemitl : vêtement (QUEM-) (QUEN-)
quiyahuitl : pluie (QUIYAUH-) (TLA-) (?-)
tamazolin : crapaud (AZCA-) (TAMAZOL-)
tecpatl : silex (TECPA-) (TECPATL-)
teoxihuitl : turquoise fine (XIHUITL-) (XIUH-)
tepetl : montagne (TEPE-) (TEPETL-) (?-)
tepotztli : dos (ICPAL-) (TLATOCA-) (?-)
texcalli: escarpement (TEX-) (TEXCO-) (?-)
tlapalli : rouge (AZCA-) (EZ-) (?-)
tlapanqui : brisé (TLAPAN-) (ZOHUA-) (?-)
tlatelli : monticule (OL-) (TLATEL-)
tolin : jonc, souchet (TLACO-) (TOL-) (?-)
tonalli : chaleur, signe (TOM-) (TONAL-)
totomochtli : feuilles du maïs sec (TOTOMO-)(TOTOMOCH-)
tototl : oiseau (TO-) (TOTO-) (?-)
tozan : sorte de taupe (TOZ-) (TOZAN-)
huehuetl : tambour (HUE-) (HUEHUE-)
huictli : bêche (TEQUI-) (UI-) (?-)
huipilli : blouson, huipil (CIHUA-) (UIPIL-)
huitztli : grande épine (UITZ-) (ZO-) (?-)
xihuitl : année (XIHUITL-) (XIUH-)
xilotl : épi de maïs tendre (CACAMA-) (XILO-) (?-)
xiuhtic : bleu (XIHUITL-) (XIUH-) (?-)
xochitl : fleur (XOCHI-) (XOCHITL-) (?-)
xolochauhqui : plissé, ridé (ILAMA-) (HUEHUE-) (?-)
xolotl : sorte de chien (XOLO-) (XÓLOTL-)
yahualiuhqui : arrondi (YAHUAL-) (YAHUALIUH-)
yohualli : obscurité, nuit (YOHUA-) (YOHUAL-) (?-)
   
927    
928

Liste des éléments transcrivant trois valeurs phoniques

   
929
chimalli : bouclier (CHIMAL-) (POLOA-) (YAO-) (?-)
chocholli : pied de cerf (CHOL-) (CHOLOA-) (CHOLOL-)
cihuatl : femme (CIHUA-) (ILAMA-) (NAN-) (?-)
cochi : dormir (COCH-) (COCHI-) (TEMIC-) (?-)
coyotl : coyote (COYO-) (COYOTL-) (TEN-) (?-)
cozcatl : perle, collier (COZCA-) (MACUEX-) (MAQUIZTLI-) (?-)
cuauhtli : aigle (CUAUH-) (CUAUHTLI-) (TLOH-)
cueitl : jupe (CIHUA-) (CUE-) (CUEITL-) (?-)
etl : haricot (EECATL-) (EIX-) (PATOA-) (?-)
maitl(01): bras (ACOL-) (M-) (MA-) (?-)
mixoyotl : créneau (CALMECAC-) (CUICACALLI-)(TEOPANCALLI-) (?-)
namaztli : pierre ronde (NAMA-) (NAMAZ-) (TOTONIL-)
otli : chemin (ILO-) (O-) (OTLI-)
Oztotl : grotte (CHAN-) (OZTO-) (OZTOTL-) (?-)
pantli : drapeau (ICPAC-) (PA-) (PAN-) (?-)
popoca : fumer beaucoup (POPOCA-) (TLATLA-) (TOTONIL-) (?-)
cuaxicalli : crane (MIQUI-) (MIQUIZ-) (TZONTECO-)
tlacatl : homme (TLACA-) (TLACO-) (TLATOCA-) (?-)
tlanextli : éclat, splendeur (TEO-) (TLANEX-) (TONAC-) (?-)
tletl : feu (TLACHINOL-) (TLATLA-) (TLE-) (?-)
tonatiuh : soleil (TEO-) (TLACA-) (TONAL-)
tzaqualli : tour (TEO-) (TEOPAN-) (TZAQUAL-) (?-)
xalli : arena (QUIZ-) (XAL-) (XALLI-) (?-)
   
955    
956

Liste des éléments transcrivant quatre valeurs phoniques

   
957
centli : espiga de maïs seco (CEM-)(CEN-)(POHUAL-)(POHUALLI-) (?-)
metl : maguey (ME-) (METL-) (MEXI-) (MEXICA-) (?-)
petlatl : natte (CHINAN-)(ICPAL-)(PYLA-)(TLATOCA-) (?-)
tetl : pierre (NAM-) (NAN-) (TE-) (TLA-) (?-)
   
963    
964

Liste des éléments transcrivant cinq valeurs phoniques

   
965
comitl : marmite, pot (C-)(CO-)(CON-)(POPOZOC-)(TOTONIL-)(?-)
tentli : lèvres, bord (CHICHI-)(CUA-)(TE-)(TEN-)(TZATZI-)(?-)
tilmatli : manteau (AYA-)(QUEN-)(TEQUI-)(TILMA-)(YANCUI-) (?-)
tlalpilli : noeud (ILPIA-)(ILPICA-)(ILPI))(TLALPIL) (TLACATECATL-) (?-)
tlantli : dent (LAN-)(NEPANTLA-)(TLA-)(TLACO-)(TLAN-)(?-)
tochtli : lapin (CI-)(CITLI-)(TOCH-)(TOCHIN-)(TOCHTLI-)(?-)
   
973    
974

Liste des éléments transcrivant six valeurs phoniques

   
975
calli : maison (CAL-)(CALLI-)(CHAN-)(NEPANOL-)(OTOM-) (TLAXILACALLI-) (?-)
macpalli : main, paume (MA-)(MAC-)(MACPAL-)(MAN-) (MANA-) (TLAXCAL-) (?-)
atl : eau (A-) (AL-) (ATL-) (CHIAUH-) (EZ-) (HUA-) (PANO-) (POPOZOC-) (?-)
ce : un (CE-) (CEM-) (CHIC-) (CHICU-) (CHICUA-) (EI-) (MACUIL-) (MACUILLI-) (MATLACTLI-) (NAHUI-) (NAUH-) (OM-) (OME-) (ON-) (?-)
macuilli : cinq (CAXTOLLI-) (CEMPOHUAL-) (CHIC-) (CHICUA-) (MACUIL-) (MACUILLI-) (MATLAC-) (MATLACTLI-) (?-)
mitl : flèche (ACA-) (CACAL-) (CHICHIMECA-) (MAMALHUAZ-) (MI-) (MIC-) (MIN-) (MINA-) (MITL-) (TEN-) (TLACOCH-) (?-)
tlalli : terre (IXTLAHUA-) (MIL-) (MILLI-) (TLAL-) (TLALLI-) (TLALMANAL-) (TOC-) (?-)
tlatoa : parler (NAHUA-) (QUINA-) (TLATO-) (TLATOA-) (TLATOCA-) (TLATOL-) (TZATZI-) (?-)
xocpalmachiyotl : empreinte (ILO-) (MAXALIHUI-) (O-) (PAIN-) (TEMO-) (TOTOQUI-) (YA-) (YAUH-) (?-)
   
709

Face à la multiplicité de valeurs potentielles de certains des éléments, comment sait-on, sans l'apport de sources externes à l'image, que telle ou telle valeur doit être choisie et lue ? Dans de nombreux cas, cela est marqué graphiquement à différents niveaux. Soit celui des éléments, par l'utilisation de variantes différentes, soit du glyphe, par le jeu de la composition des différents éléments ou de l'introduction de déterminatif, soit du contexte qui indique le type de glyphe et guide la lecture. Quelques exemples d'éléments aux valeurs multiples montreront la subtilité et la complexité, pour l'observateur étranger à la convention, du système. Ils permettront de plus de se rendre compte que bien des aspects nous échappent encore.

   
710

Elément mitl : « flèche »

   
711

Cet élément a été crédité de onze valeurs qui sont : aca, cacal, Chichimeca, mamalhuaz, mi, mic, min, mina, mitl, ten et tlacoch. Les valeurs mitl et mi, respectivement désignation et radical de l'élément, sont considérées comme des valeurs primaires, tandis que toutes les autres sont dites secondaires.

   
712

La valeur aca, de acatl : « roseau », est indiquée par une variante de l'élément, deux flèches entières qui se croisent ou qui sont parallèles, et par l'association avec l'élément piqui : « tenir ». Cette valeur se rencontre exclusivement dans les anthroponymes personnels lus Acamapichtli.

   
 
X.050.G.23
Acamapichtli
Valor aca del elemento mitl: flecha
   
714

La valeur cacal, radical bref du verbe cacali : « lancer des flèches », est marquée par une variante de l'élément mitl et sa composition particulière avec l'autre élément. Le fait que la flèche soit fichée dans l'autre élément et que sa pointe ne soit pas visible caractérisent cette variante.

   
 
X.040.G.13
Tenancacaltzin
Valor cacal del elemento mitl: flecha
   
716

La valeur Chichimeca, radical de Chichimecatl : « chichimèque » est donnée par l'association d'une flèche entière avec un élément tlahuitolli : « arc ».

   
 
X.030.E.15
Chichimeca(tl)
Valor Chichimeca del elemento mitl: flecha
   
718

La valeur mamalhuaz, radical de mamalhuaztli : « constellation », est marquée par une variante très courte de l'élément mitl, la flèche ne montrant que le talon et l'empenne, et par son association avec l'élément tlecuahuitl : « bois à feu ».

   
 
X.020.D.58
Mamalhuazco altepetl
Valor mamalhuaz del elemento mitl: flecha, dardo. Se expresa siempre por una flecha entera.
   
720

La valeur mi, radical de mitl : « flèche », est toujours exprimée par une flèche entière.

   
 
X.070.D.26
Totomihuatzin
Valor mi del elemento mitl: flecha, dardo.
   
722

La valeur mic, radical de micqui : « mort », est indiquée soit par l'association d'un élément mitl entier et d'une tête d'un être vivant, dont l'oil est alors fermé (ce qui le distingue du cas précédent, le glyphe lu Totomihuatzin dont l'oil est ouvert), soit par une relation particulière unissant les deux éléments. Dans ce cas l'anthroponyme est superposé sur la flèche dont on voit les deux extrémités, comme si elle transperçait l'autre élément. Les deux caractéristiques pouvant être combinées.

   
1029
   
 
X.050.H.29
Temictzin
X.070.G.25
Ixtlilxochitl micqui
X.070.E.05
Cihuacuecuenotzin micqui
Valor mic del elemento mitl: flecha, dardo.
   
724

Les valeurs min et mina, bases du verbe mina : « lancer des flèches » sont marquées par la position particulière de la flèche. Alors que les flèches entières sont normalement figurées verticales ou bien inclinées, là c'est sa position horizontale qui agit comme un indicateur des valeurs min ou mina. Le choix entre les deux valeurs ne semble pas marqué, ou tout au moins il n'a pas été trouvé.

   
1036
   
 
X.050.A.59
Tenanmincatzin
Valor min del elemento mitl: flecha, dardo.
   
726

La valeur mitl correspond à la désignation de l'élément. Graphiquement, rien ne distingue l'élément des cas où sa valeur est égale au radical, mi.

   
727
   
 
X.010.I.03
mitl
Valor mitl del elemento mitl: flecha, dardo.
   
728

La valeur ten, de tentli : « lèvres, bouche », est marquée par la position de la flèche par rapport à l'autre élément, ici un coyotl : « coyote ». La flèche ne passe pas par le milieu de l'élément mais à l'extrémité marquant ainsi que celui-ci doit être lu. Par leur position ces deux éléments acquièrent la possibilité d'exprimer la valeur ten, qui normalement est transcrite par l'élément tentli. Dans le glyphe, lu Tencoyomitzin, l'élément mitl transcrit la valeur ten et aussi mi, radical de mitl. La possibilité pour un élément de transcrire plusieurs valeurs dans un même glyphe s'observe assez souvent, tout particulièrement dans les toponymes du type Cuauhtepec altepetl où l'élément tepetl : « montagne » transcrit les syllabes tepe de Cuauhtepec et tepetl de l'expression altepetl.

   
1050
   
 
X.100.D.28
Tencoyomitzin
Valor ten del elemento mitl: flecha, dardo.
   
730

La valeur tlacoch, radical de tlacochtli : « flèche, trait », est rendue par une variante de mitl qui ne figure que son extrémité supérieure en la multipliant par trois.

   
731
   
 
X.101.F.17
Tlacochcalco
Valor tlacoch del elemento mitl: flecha, dardo.
   
732

L'élément mitl : « flèche » a permis de voir quelques exemples de marquage d'une valeur, soit par l'utilisation d'une variante de l'élément, soit par l'association d'un élément avec un autre.

   
733

L'association d'un élément avec lui-même, c'est à dire sa multiplication, est un des moyens très employé pour faire varier sa valeur phonique. C'est celui qui est utilisé, en particulier, pour les nombres, ce qui explique les multiples valeurs des éléments ce : « un » et macuilli : « cinq ».

   
734

Il y a quelques cas où, malgré l'utilisation d'une variante d'un élément, il peut malgré tout subsister une ambiguïté dans la lecture. Celle-ci peut être levée, comme l'a déjà noté C. Dibble 135 , par des déterminatifs phoniques. Ainsi dans le glyphe lu Totoquihuaztli (totoqui-huaztli : totoca : « courir », huaztli : « ? ») l'élément tototl : « oiseau » fournit ses premières syllabes pour marquer que l'autre élément xocpalmachiyotl : « empreinte » ne transcrit pas là une de ses valeurs traditionnelles, mais une autre qui commence par les syllabes toto....., qui se trouve être le verbe totoca : « courir ».

   

 135 C. Dibble, 1971, p. 328 et 1972, p. 373-78

 

1066
   
 
X.060.G.41
Totoquihuaztli
Valor toto del elemento tototl: pajaro, utilizado como determinativo fonético.
   
736

Les éléments utilisés comme déterminatifs phoniques sont essentiellement tlantli : « dent », atl : « eau », itztli : « obsidienne », tletl : « feu », pantli : « bannière » et Tetl : « pierre ».

   
737

L'élément tlantli offre plusieurs exemples d'un tel usage. Dans les toponymes lus Tlacopan (tlaco-pan : tlacotl : « verge », pan : suffixe locatif) l'élément tlantli marque que la valeur du deuxième élément, tolin : « jonc », n'est pas l'habituelle, mais que celle-ci commence par la syllabe tla. Dans les glyphes lus tlacoyohuac (tlaco-yohua-c; tlaco : « milieu », yohualli : « nuit », c : « suffixe locatif »), composé de l'élément ilhuicatl : « ciel », yohualli : « nuit » et tlantli : « dent », la première syllabe de la lecture est indiquée par l'élément tlantli. C'est sa présence qui oriente vers la bonne lecture, en détournant de celle traditionnelle : yohuac. Dans le cas du glyphe tlacoyohuac, la lecture est indiquée non seulement par le déterminatif phonique tlantli mais aussi par la position même de l'élément qui se trouve au milieu, ce qui correspond au sens du mot tlaco : « milieu », de l'élément yohualli : « nuit ».

   
1074
   
 
X.050.G.66
Tlacopan
X.080.J.15
tlacoyohuac
Valor tla del elemento tlantli: diente, utilizado como determinativo fonético.
   
739

Il a été dit que le marquage se faisait aussi au niveau du contexte. Les éléments utilisés dans les glyphes de comptes en offre un exemple clair. Tous les éléments qui sont utilisés dans les dates (calli : « maison », tochtli : « lapin », acatl : « roseau », Tecpatl : « silex »....) ont, au moins, une double valeur dont l'une correspond au radical de l'élément et l'autre, à sa désignation. Ainsi l'élément Tecpatl : « silex » transcrit-il deux valeurs : Tecpa ou Tecpatl. C'est le contexte qui sert à marquer la valeur qui doit être retenue dans la lecture dans la mesure où systématiquement toutes les fois où un élément comme Tecpatl se trouve dans un glyphe de type glyphe de compte alors c'est la valeur correspondant à la désignation qui est retenue.

   
1081
   
 
X.060.B.34
Tecpaxochitzin
X.030.H.23
ce tecpatl
Valor Tecpa(tl) del elemento tecpatl: pedernal.
   
741

Les quelques exemples donnés ne doivent faire croire, ni qu'il est possible pour tous les éléments de mettre en relation les caractéristiques relevées avec des valeurs phoniques particulières, ni que toutes les variations des images ont des répercussions sur la lecture, soit directe en transcrivant une ou des syllabes, soit indirecte en servant de marqueur ou de déterminatif guidant vers une lecture spécifique. En fait, un des problèmes majeurs, après la révolution opérée par J. Galarza, dans l'analyse des images aztèques est de savoir à partir de quel moment une variation de l'image n'est plus significative, c'est à dire qu'elle ne sert pas, directement ou indirectement, à permettre une lecture. Les exemples proposés ci-dessus montrent qu'une analyse détaillée et méthodique de ces images est nécessaire afin de pouvoir extraire les résultats précédents. Ces résultats, très limités il est vrai, montrent qu'il est possible de substituer une logique dans l'utilisation de l'image à un sentiment de l'aléatoire. Il n'est cependant pas possible d'extrapoler directement à partir des observations faites, par exemple pour l'élément mitl : « flèche ». La spécificité des éléments, la multiplicité des facteurs, morphologiques, phoniques, sémantiques, thématiques exclut toute application mécanique des résultats précédents. Ce n'est pas parce que telle variante d'un élément a dans tel contexte telle signification qu'il en ira systématiquement de même pour une variante d'un autre élément. Il n'est possible aujourd'hui que de produire, dans le meilleur des cas, des explications ponctuelles, valables pour un certain nombre d'occurrences, mais nous sommes encore bien loin de l'exposition de règles générales!

   
 

Personnages et valeurs phoniques

Les éléments ne sont pas les seules images susceptibles de fournir des valeurs phoniques, parties de la lecture d'un glyphe. Dans quelques cas (76), les personnages peuvent aussi assurer ce rôle. Il a déjà été vu à propos des liaisons externes des glyphes (supra p. 70) que certaines parties des personnages peuvent avoir le double état d'élément constitutif d'un glyphe et d'élément constitutif d'un personnage. Ce double rôle, nettement marqué graphiquement par la mise en contact des éléments du glyphe avec celui du personnage, s'oppose à la pratique plus courante qui veut qu'un glyphe anthroponymique soit lié au personnage qu'il désigne par un trait continu, et non pas par contact. L'utilisation du contact correspond à une nécessité particulière : il s'agit d'activer la valeur potentielle d'un élément bien particulier d'un personnage. Le procédé du contact permet de marquer précisément la partie du personnage qui doit être lue. Il est cependant d'autre cas où les valeurs transmises par le personnage sont beaucoup plus générales et ne nécessitent pas l'utilisation du contact. C'est, en particulier, ce que l'on trouve dans les glyphes dont les lectures comportent en position finale les syllabes cihua, de cihuatl : « femme ».

   
1090
   
 
X.050.E.04
Chalchiuhcihuatzin
   
743

Dans ce glyphe lu Chalchiuhcihuatzin (chalchiuh-cihua-tzin; chalchihuitl : « jade », cihuatl : « femme », tzin : « suffixe révérenciel ») c'est le personnage tout entier (bien que sa coiffure suffise ; infra cihuatl : « femme »), qui est mis à profit pour transcrire la valeur cihua de cette lecture. Un certain nombre de cas de ce type ont été relevés et regroupés dans la Table des éléments exprimés par les personnages (Tables : p. 331-34). Cette Table présente, pour chaque valeur, le nom de l'élément qui la transcrit, les différentes lectures où cet élément apparaît et, pour chaque lecture différente, toutes les cotes des glyphes où cela se réalise.

   
744

Ces valeurs transcrites par les personnages posent un problème dans la mesure où elles ne sont pas graphiquement prévisibles. Il n'a rien été trouvé qui indique que dans tel cas un personnage féminin intervient dans la lecture du glyphe alors que dans tel autre il n'y a pas lieu d'utiliser les valeurs qu'il peut céder. Face au réservoir de valeurs que sont les personnages nous ignorons comment graphiquement celles-ci sont activées.

   
745

Les personnages jouent aussi un rôle essentiel dans la lecture d'un type de glyphe anthroponymique : les anthroponymes locatifs. Ces derniers ont été, rarement exprimés tels quels dans les citations ; on trouve plutôt des formules du type « los de .... », plutôt que la forme nahuatl complète. Il a donc fallu trouver ces formes en utilisant les règles grammaticales et les exemples donnés par un certain nombre de textes. Ces anthroponymes locatifs ont été formés, soit en ajoutant différents suffixes -qui se terminent tous en ca(tl)-, en fonction des suffixes locatifs terminant les noms de lieux, soit en faisant suivre le toponyme du mot tlaca(tl). Dans ces deux cas les valeurs sont transcrites par les personnages eux-mêmes auxquels les glyphes sont liés. Pour la valeur tlacatl c'est le personnage entier, mais, comme pour cihua précédemment, la coiffure seule aurait suffi, qui transcrit cette valeur. Tandis que pour les suffixes en ...catl, nous supposons, à partir de l'exemple donné par les glyphes lus Tolteca(tl) (infra tentli : « lèvres, bouche »), que c'est l'élément tentli : « lèvres, bouche », un des éléments constitutifs des personnages, qui transcrit cette valeur 136. D'une façon générale, les anthroponymes locatifs ont été écrits avec leur radical absolu (tl) entre parenthèses pour marquer que cela peut être un singulier ou un pluriel.

   

 136 Il est possible aussi que tous les anthroponymes locatifs auraient du être lus selon la formule toponyme + tlacatl.

 

 

Valeurs phoniques non-exprimées

Les valeurs phoniques non-exprimées d'un glyphe correspondent à ce qui reste lorsqu'on a soustrait de sa lecture les valeurs transcrites par les divers éléments constituant le glyphe.

   
747

Toutes ces valeurs ont été regroupées dans la Table des valeurs non-exprimées (Tables : p. 335-52). Dans cette table toutes ces valeurs sont classées par ordre alphabétique en indiquant toutes les lectures dans lesquelles elles figurent et la cote de tous les glyphes correspondant à ces lectures.

   
748

Ces valeurs non-exprimées sont, en tout premier lieu, des suffixes, et tout particulièrement des suffixes locatifs, quelques préfixes, quelques rares racines nominales et enfin quelques syllabes indéterminées 137. Parmi les suffixes locatif figurent : c et co « dans, sur », can : « lieu de(s) ... », pan : « dedans, sur », tech : « contre », tla : « là où il y abondance de ... », tlan : « lieu de(s) ... » et yan : « lieu où (l'on fait quelque chose ». Parmi les autres suffixes, il y a tout d'abord ceux qui sont utilisés en composition avec les précédents : les suffixes possessif e et hua, le suffixe yo qui donne valeur d'adjectif à un substantif et le morphème de liaison ou ligature euphonique 138 ti. Les suffixes restants sont ca : « suffixe instrumental », qui : « suffixe de substantif verbal », tin : « suffixe du pluriel » et yotl : « suffixe abstrait ». Les préfixes sont deux possessifs i : « son, sa » et to : « notre », le préfixe impersonnel pour les personnes te, et me qui est la marque d'un pluriel. Les racines nominales sont cuauh, de cuauhtli : « aigle », opoch de opochtli : « gauche », tlil, de tlilli : « noir » et xiuh de xihuitl : « année ». Enfin les valeurs indéterminées sont ch, oc et tzi.

   

 137 Il est un suffixe qui ne figure pas dans cette liste alors qu'il n'est jamais exprimé, c'est le suffixe révérenciel tzin que l'on rencontre dans la plupart des anthroponymes personnels. Il n'a pas été noté par économie.

 

 138 La première dénomination est empruntée à J. de Durand-Forest, la seconde à J.I. Davila Garibi, 1942, p. 31

 

749

Certaines de ces valeurs non-exprimées ne sont jamais graphiquement transcrites tandis que d'autres le sont parfois. Parmi celles qui ne le sont jamais, on trouve les suffixes can, yan, e, hua, yo, qui, tech et ti ; les préfixes i, et me ; la racine nominale opoch et les indéterminés ch, oc et tzi. Celles qui le sont parfois sont c ou co, pan, tla, tlan, pour les suffixes ; te et to, pour les préfixes ; cuauh, xiuh et tlil, pour les racines nominales.

   
750

Ces valeurs sont marginales à un double titre : par la quantité et la nature des valeurs. Quantitativement, ces valeurs non-exprimées ne représentent que 706 occurrences, ce qui, comparé aux 5276 valeurs phoniques exprimées, fait à peine plus de 10% du total. Comme il a été indiqué ci-dessus, elles correspondent dans la presque totalité des cas à des suffixes ou à des préfixes et, exceptionnellement, à des racines nominales. Ce fait est important car, autant la connaissance de la langue peut permettre de déduire des préfixes ou des suffixes absents, autant celle-ci ne peut suppléer à l'absence de la racine d'un substantif, d'un verbe ou d'un adjectif. Il n'est sans doute pas indifférent non plus que 70% des valeurs non-exprimées se rencontrent dans des noms de lieux. Nous supposons que la connaissance du nahuatl jointe à celle des toponymes les plus courants ne rendaient pas une transcription complète nécessaire. Il est clair que si, pour nous, il est très gênant de ne trouver, par exemple, pour le toponyme lu Teotihuacan (teo-ti-hua-can; teotl : « dieu », ti : « morphème de liaison », hua : « suffixe possessif », can : « suffixe locatif ») que la transcription des premières syllabes teo, par l'élément tonatiuh : « soleil », cela indique que bien des subtilités du système nous échappent. La gêne ressentie provient des limites de nos connaissances, et non pas de celles de l'écriture étudiée.

   
1104
   
 
X.080.A.18
Teotihuacan
   
752

Toutes les valeurs phoniques relevées montrent que, si la nécessité s'était faite sentir, les tlacuiloque auraient transcrits à l'aide d'éléments ces valeurs qui, pour nous, sont non-exprimées. On peut donc supposer avec J. Galarza qu'il s'agit là « d'abréviations et d'économies » 139. Il convient cependant de se demander pourquoi le principe d'économie n'est pas toujours appliqué ? Pourquoi les suffixes locatifs co, pan, tla, ou tlan sont-ils parfois transcrits par les éléments comitl : « marmite », pantli : « bannière » et tlantli : « dent » ? Lors de l'étude de chacun de ces éléments une réponse à cette question est tentée, mais il faut bien dire qu'aucune ne brille par sa clarté!

   

 139 J. Galarza, 1983a, p. 83

 

 

Les mots nouveaux

Pour des raisons méthodologiques, il a été jusqu'à présent fort peu question de la signification des glyphes. Cela était possible dans la mesure où la signification d'un glyphe est souvent égale à la somme des sens des divers éléments qui le compose. Ceci n'est cependant, généralement, vrai que pour les éléments ne transcrivant que des valeurs phoniques primaires, c'est à dire égales à la désignation ou à son radical. Les éléments pouvant transcrire des valeurs secondaires concourent à la création de mots nouveaux. Sont considérés comme tels les mots dont les valeurs secondaires sont les racines. Ainsi, pour reprendre l'exemple de l'élément mitl : « flèche » qui a onze valeurs potentielles, neuf d'entre elles sont des racines de mots dont la signification n'a pas de rapport absolument direct avec celle de l'élément mitl. Rappelons que les valeurs min et mina sont deux bases du verbe mina : « lancer des flèches » ; que cacal est la base brève de cacali, synonyme du verbe précédent ; que tlacochtli désigne un trait particulier utilisé avec un propulseur. Aca est le radical de acatl : « roseau », mamalhuaz est le radical du mot mamalhuaztli qui signifie « constellation » et désigne peut-être l'une d'entre elles « orion ». Enfin le mot Chichimecatl désigne les Chichimèques, c'est à dire une population de chasseurs nomades réputés pour leur talent au tir à l'arc. Aucun de ces mots, même s'ils entretiennent une relation plus ou moins ténue avec le sens de l'élément mitl, n'ont la même signification que l'élément qui sert à les transcrire. C'est pour cette raison qu'ils ont été déterminés et nommés mots nouveaux.

   
754

Même si la relation unissant les mots nouveaux et l'élément mitl : « flèche » est parfois très distendue, on peut cependant considérer que leurs significations appartiennent à un champ sémantique commun. Il existe, cependant, des éléments dont la valeur exprimée n'a aucun rapport sémantique avec leurs significations. La valeur tzin, transcrite par l'élément tzintli : « fesses, base », appartient à cette catégorie.

   
1113
   
 
X.060.C.06
Huexotzinco
   
755

Dans ce glyphe lu Huexotzinco (huexo-tzin-co; huexotl : « saule », tzin : suffixe diminutif, co : « suffixe locatif ») la valeur tzin est transcrite par l'élément tzintli : « fesses, base ». Ce glyphe signifie « le lieu des petits saules », ce qui n'a aucun rapport avec le sens du mot tzintli.

   
756

Cependant la multiplicité des valeurs phoniques n'est pas le seul facteur générateur de mots nouveaux. Il en est un autre qui tient à une caractéristique fondamentale de la langue nahuatl qui forme de nouvelles expressions en agglutinant des racines et divers préfixes et suffixes. La signification des expressions composées obtenues peut souvent se déduire à partir des composants mais cela n'est pas toujours le cas 140.

   

 140 M. Launey, 1979, p.163-69

 

757

Le fait que la signification d'une expression puisse ne pas être égale à la somme de ses parties est d'importance quant au réseau de relations dans lequel s'inscrivent les éléments. Quand la signification du tout est égale à la somme des parties chaque élément d'un glyphe est le maillon d'une chaîne ininterrompue allant du réel à la signification. Soit le glyphe toponymique lu Cohuatepec (cohua-tepe-c; cohuatl : « serpent », tepetl : « montagne », co : « suffixe locatif ») : ce glyphe, composé de deux éléments, cohuatl : « serpent » et tepetl : « montagne », signifie : « dans la montagne du serpent ».

   
1121
   
 
X.070.C.14
Cohuatepec
   
759

Les deux éléments de ce glyphe se trouvent chacun au centre d'une série de relations qui permettent de passer de l'image réelle du serpent ou de la montagne, à sa représentation, aux valeurs phoniques, puis à la signification de chacun des éléments et enfin à la signification de l'ensemble. Le fait que les enchaînements se fassent sans discontinuité donne à la signification globale un caractère descriptif. Cependant il n'en va pas toujours nécessairement ainsi. Soit par exemple le glyphe lu Cohuatepec altepetl, constitué des même éléments que précédemment, avec en plus un élément atl : « eau », en intégration interne dans l'élément tepetl : « montagne ».

   
1127
   
 
X.030.D.17
Cohuatepec altepetl
   
761

C'est la présence de l'élément atl : « eau », dont la valeur phonique est ici al, qui permet la lecture du mot altepetl. Cette expression signifie : « ville » et par extension « seigneurie, pays » 141 (infra p. 586). La décomposition du mot composé altepetl ne permet pas de retrouver la signification de ce mot nouveau et dans un tel cas la chaîne unissant la signification au réel, en passant par les éléments, leurs valeurs phoniques, se trouve brisée. Il n'y a plus alors de relation entre la signification et le réel ayant donné naissance aux éléments. Ou plus exactement, la relation n'est plus directe et évidente.

   

 141 J. de Durand-Forest, 1987, p. ?

 

762

L'existence de mots nouveaux n'est pas du tout un phénomène marginal. En effet, sur les 635 lectures différentes qui ont été proposées il y en a 335 qui comportent, au moins, un mot nouveau. C'est dire que, dans environ 50% des lectures, tout ou partie des significations déduites n'ont pas de rapport avec le support réel sur lequel sont fondés les éléments constituant les glyphes. Tous ces mots nouveaux ont été regroupés dans une Table du même nom qui mentionne pour chacun d'eux les différentes lectures dans lesquelles ils ont été relevés et toutes les occurrences de ces lectures (Tables : p.287-330). Par ailleurs, les mots nouveaux sont mentionnés pour chaque glyphe dans le Dictionnaire Thématique Général. Pour les distinguer du reste des informations, ils sont là précédés du signe <>.

   
763

La détermination de ces mots nouveaux, venant en fin d'analyse, est dépendante des choix et des erreurs commises précédemment. Elle est, en plus fonction, de la possibilité de trouver des significations aux mots composés, significations qui ne se trouvent pas toujours dans les dictionnaires et qui nécessiterait un recours plus systématique qu'il n'a été fait à des sources externes. Ce recours augmenterait sans doute le nombre des mots nouveaux, mais d'un autre côté celui-ci devrait, peut-être, être minoré. En effet un certain nombre de mots nouveaux, tout particulièrement en rapport avec des anthroponymes personnels, ont été indiqués. Or il est bien difficile de savoir si le sens de ces noms propres était, pour les lecteurs, celui du mot nouveau proposé ou bien était égal à la somme des significations des éléments. Il existe toute une série de noms de personnages qui sont des noms de plantes ou d'arbres qui comportent tous un élément xochitl : « fleur » associé à un autre, comme par exemple le glyphe lu Huitzxochitzin (uitztli : « grande épine », xochitl : « fleur », tzin : « suffixe révérenciel »).

   
1136
   
1138
X.050.B.24
Huitzxochitzin
   
764

Ce glyphe est composé des éléments huitztli : « grande épine » et xochitl : « fleur », ce qui correspond à la décomposition de la lecture. L'expression huitzxochitl peut signifier « fleur d'épine », si l'on fait la somme des significations, mais elle peut aussi constituer le nom d'un arbre, auquel cas il s'agit d'un mot nouveau et il n'existe aucun rapport entre ce qui est figuré et la signification (infra xochitl : « fleur »).

   
765

Quel que soit la façon dont sont créés ces mots nouveaux, que ce soit par le biais des valeurs secondaires, comme avec l'élément mitl : « flèche », primaires, comme avec l'élément tzintli : « fesses, base », ou alors par le jeu des associations occasionnant des mots composés, tous ces mots nouveaux peuvent être définis par une absence de relation, plus ou moins prononcée, avec le réel auquel les éléments les constituant font référence. Cela signifie que les éléments peuvent être utilisés d'une façon complètement indépendante du champ sémantique qui est le leur. Les éléments ont la possibilité d'être complètement libre de leur signification. De la même façon que nombre d'éléments sont un réservoir de valeurs potentielles, nombre d'entre eux sont potentiellement libre de leur signification. Un même élément peut suivant les circonstances garder son sens propre ou encore en « prendre » un complètement différent. Le passage d'une signification à une autre n'est pas indiqué graphiquement, c'est seulement par la place qu'une valeur occupe dans une expression qu'elle fait sens. De la même façon que les éléments doivent être « prononcés » pour en connaître, au moins, les valeurs primaires, les glyphes doivent aussi être prononcés pour prendre leur sens.

   
 

Le sens de lecture

Ce dernier point d'analyse permettra de mettre l'accent sur certaines des limites de cette étude, car avec l'étude du sens de lecture on débouche en fait sur le problème de la syntaxe des glyphes, et les difficultés rencontrées à ce niveau font alors écho à la faiblesse de nos connaissances et à l'insuffisante exploitation de certains points d'analyse.

   
767

Comme il a été indiqué précédemment à propos des lectures, toute cette étude est fondée sur la relation étroite et riche existant entre diverses citations, et plus particulièrement celles d'Alva Ixtlilxochitl, et les glyphes du Codex. Presque toutes les lectures ont été obtenues directement ou déduite à partir des citations recueillies. Connaissant les éléments constitutifs d'un glyphe, l'organisation spatiale de ces éléments et la lecture, il n'est pas difficile d'en déduire son sens de lecture. Suivant le mode de composition, le sens de lecture peut aller du haut vers le bas, ou inversement ; ou encore de l'intérieur vers l'extérieur ou l'inverse ; ou du devant vers le derrière, ou inversement. Dans les glyphes complexes, comme certaines dates, les divers sens de lecture partiels s'additionnent en donnant un sens général d'une grande complexité. Il suffit ensuite d'étendre cette procédure à tous les glyphes pour parvenir à définir les règles qui doivent être observées pour la bonne lecture d'un glyphe, règles qui constituerait la syntaxe des glyphes. L'enjeu est de taille car, sans l'établissement de ces règles, il n'est pas possible de lire avec certitude un glyphe même si tous ses éléments sont connus. Ainsi fut fait, mais nous sommes dans l'incapacité d'avancer la moindre règle générale permettant de prédire le sens de lecture d'un glyphe à partir de sa seule composition.

   
768

Cette incapacité s'explique par le fait que, pour l'instant, nous n'avons cherché que des explications simples, ne reposant que sur un seul facteur, la composition. Or les résultats obtenus sont pour le moins contradictoires. Pour illustrer cela, nous nous limiterons aux cas des anthroponymes personnels, car ce sont les glyphes les moins problématiques. Si l'on trouve un anthroponyme personnel de composition verticale, est-il possible de dire a priori quel élément doit être lu en premier ? La réponse est négative car 255 anthroponymes composés verticalement se lisent du bas vers le haut, tandis que la lecture de 144 autres se fait en sens inverse.

   
1147
   
 
X.030.A.15
Ocotoch
Arriba / Abajo
X.080.A.30
Nezahualcoyotzin
Abajo / Arriba
   
770

Supposons que le premier élément de la lecture d'un glyphe soit connu, la succession des éléments correspond-elle à l'ordre des syllabes ? Parfois oui, parfois non. La réponse est positive pour un glyphe comme Teyolcocoatzin (te-yol-cocoa-tzin; te : « préfixe indéfini pour les personnes, yollotl : « cour », cocoa : « être malade », tzin : « suffixe révérenciel ») puisque le premier élément tentli : « lèvres, bouche » transcrit la première syllabe te, que le second élément, en montant, yollotl : « cour » transcrit yol, tandis que le dernier élément transcrit les syllabes cocoa. La réponse est négative pour un glyphe comme celui lu Chiconcuauh (chicon-cuauh; chicome : « sept », cuauhtli : « aigle ») puisque la valeur chic est transcrite par l'élément central macuilli : « cinq », puis la valeur on par la duplication de l'élément ce : « un » sur le côté droit, et enfin la valeur cuauh, de cuauhtli : « aigle » par l'élément se trouvant sur le côté gauche. Le sens de lecture va donc de la gauche vers la droite puis de la droite vers la gauche.

   
1153
   
 
X.050.E.08
Teyolcocohuatzin
X.020.E.10
Chiconcuauh
   
772

Ces exemples ne sont pas donnés pour montrer que des règles fixant la composition des glyphes en fonction du sens de lecture n'existaient pas, mais seulement pour suggérer qu'elles ne sont certainement pas simples. Sur le thème du sens de lecture, comme sur d'autres d'ailleurs, les pensées de J. Galarza et de H.J. Prem s'opposent. Le premier dit que « le dessin exprime le sens de lecture » 142 tandis que, pour le second, « Le sens de lecture de la suite des signes d'un glyphe n'est pas fixé et a priori il n'est pas discernable » 143. Sur ce sujet, nous sommes moins optimistes que le premier et beaucoup moins pessimiste que le second. La fréquentation du Codex Xolotl laisse penser que des règles existent pour la composition des glyphes et, par contrecoup, pour leur lecture, mais que celles-ci sont complexes, dépendant de multiples facteurs. Ces derniers étant sans doute le thème dont dépendent les éléments constitutifs, les valeurs phoniques qu'ils transcrivent, la place des valeurs dans l'expression, la classe du glyphe, le type de composition, etc. Il est vraisemblable que le croisement de toutes ces informations permettrait de dégager les règles de composition et de lecture des glyphes. Mais ceci reste à faire. Pour l'instant, il n'est possible que de proposer pour tel ou tel élément des explications fragmentaires.

   

 142 J. Galarza, 1983a, p. 13

 

 143 H.J. Prem, 1974, p. 526: « Eine Leserichtung für die Abfolge der Zeichen in einer Hieroglyphe ist nicht festgelegt und a priori auch nicht zu erkennen ».

 

773

Les difficultés rencontrées avec le sens de lecture des glyphes ne fait que confirmer le fait que ces glyphes du Codex Xolotl sont encore en grande partie incompris. Ils le sont dans la mesure où de très nombreuses variations des glyphes restent sans explication. Si le système était parfaitement clairement perçu il serait possible de justifier toutes les caractéristiques graphiques observées. C'est loin d'être le cas. Il faudrait, en premier lieu, pouvoir attribuer à tous les traits de ces images le niveau d'explication qui leur revient. En particulier, discerner toutes les caractéristiques qui aident la lecture, que ce soit des déterminatifs, des marqueurs, des indicateurs ou quel que soit le nom qu'on leur donne, de celles qui transcrivent directement des valeurs phonétiques. Le point essentiel qui se dégage de cette étude est la richesse potentielle de l'image. L'analyse a montré : tout à la fois rigidité et souplesse dans la réalisation matérielle des images, une relation au réel plus ou moins étroite, la capacité de transcrire le plus souvent une valeur phonétiques mais aussi, parfois, plusieurs, soit de façon indépendante, soit en association avec d'autres éléments. La possibilité pour les éléments de créer des significations ayant ou n'ayant pas, avec toutes les solutions intermédiaires, de rapport avec de la désignation de l'élément. D'un côté, nous avons donc de multiples possibilités ; de l'autre côté, de multiples caractéristiques des éléments ; et en composition des glyphes, quelques rapprochements entre ces deux types de données ont pu être établis, mais en ce domaine le plus gros du travail reste à faire. Et c'est seulement alors qu'il sera véritablement possible de traiter du sens de lecture.

   
 

Informatisation des données

Au fur et à mesure que l'analyse des glyphes, menée en suivant les étapes qui viennent d'être exposées, s'est développée, les résultats ont été notés sur ordinateur. Cela a été rendu possible à la suite d'un travail de programmation qui se perçoit et s'explique à deux niveaux : l'utilisation et la conception.

   
 

 Utilisation du programme

L'utilisateur se trouve face à un programme lui offrant essentiellement deux choix : l'entrée et/ou la consultation des informations.

   
776

a)  L'entrée des informations est conditionnée par la distinction entre glyphes et personnages. Toute saisie ou modification de donnée passe par ce niveau graphique, niveau intermédiaire puisque ces deux unités d'analyse se décomposent chacune en éléments constitutifs et qu'elles sont intégrées dans des unités plus grandes comme les groupes ou les récits. Pour l'instant seules les informations concernant les unités nommées glyphes ont été informatisées. Leur entrée se fait par l'intermédiaire de six écrans comportant des questions auxquelles l'utilisateur est invité à répondre.

   
777

- Le premier écran concerne des renseignements généraux sur le glyphe : le nom du codex, le numéro du catalogue où ce glyphe figure, le récit auquel il appartient, le groupe dans ce récit et enfin le type 144 de glyphe dont il s'agit.

   

 144 Dans le fichier les types ont été mentionnés par leur première lettre: a pour les anthroponymes, t pour les toponymes, g pour les glyphes agrandis, c pour les glyphes de compte et v pour les varias. Les différents types d'anthroponymes sont notés: a pour les anthroponymes personnels, ac pour les anthroponymes collectifs, al pour les anthroponymes locatif et af pour les anthroponymes de fonction.

 

778

- Le deuxième écran regroupe toutes les informations relatives aux caractéristiques graphiques et plastiques, c'est à dire tous les aspects relationnels, des glyphes. Il convient alors d'indiquer quel est le type de composition du glyphe 145  ; s'il comporte une intégration interne 146 , ou encore une intégration externe 147  ; si certains de ses éléments sont dupliqués ou encore multipliés 148  ; s'il montre un chevauchement d'un élément sur un autre 149  ; si sa dimension en fait un glyphe petit ou grand 150  ; si sa position est normale ou pas 151  ; si le glyphe comporte une ou plusieurs des dix couleurs qui ont été distinguées 152  ; enfin, si le glyphe comporte du noir 153 ou encore des graphismes internes sous forme de hachures 154. Puis l'orientation 155 du glyphe est notée, ainsi que celle du contexte 156 dans lequel il s'inscrit. Ces renseignements sont complétés par ceux concernant les relations des éléments entre eux : par l'intermédiaire de liens graphiques ou d'espace 157. Puis les relations des glyphes avec les autres glyphes 158 et des glyphes avec les personnages. Dans ce dernier cas, il faut indiquer le type de liaison (par lien continu ou en pointillé, par contact, avec espace....) et le point de liaison sur le corps du personnage, ainsi que la cote de ce dernier 159.

   

 145 Dans le fichier les différents types de juxtapositions ont été notés par les lettres suivantes: « v » (verticale), « h » (horizontale), « m » (mixte), « s » (superposée), « hs » (horizontale et superposée), « ms » (mixte et superposée), « vs » (verticale et superposée), « ? » pour les cas indéterminables et par «  » (c'est à dire un blanc) pour les glyphes ne comportant qu'un seul élément ne connaissent pas de composition.

 

 146 Les cas d'intégration interne ont été noté « o » ou bien « c ». Ceci pour distinguer les couleurs considérées comme des éléments qui sont intégrées.

 

 147 Les cas d'intégration externe ont été notés par un « o » ou bien par un « f », cette dernière lettre indiquant que l'élément intégré appartient à la catégorie des éléments classés parmi les Formes.

 

 148 La duplication et la multiplication sont simplement notées par un « o ».

 

 149 Un « o » marque les cas de chevauchement

 

 150 Les glyphes particulièrement petits sont notés « p » tandis que l'inverse est marqué « g » et « ?  » pour les cas douteux.

 

 151 Un « n » marque une position normale, un « s » une positon spéciale et un « ?  » pour les cas indéterminés.

 

 152 Dans le fichier les couleurs sont désignées par leurs noms -bis, bleu, brun, gris, jaune, marron, rose, rouge, vert et vert/brun- séparés par une virgule.

 

 153 La présence de noir est mentionnée par un « o », son absence par un «  «  et les cas douteux par un « ? »

 

 154   La présence de hachures est indiqué par un « o », par un «  »leur absence et un « ? » marque les cas douteux.

 

 155 L'orientation des glyphes a été notée de la façon suivante: - un «  » indique qu'il s'agit d'un glyphe dont le ou les éléments constitutifs sont de structure symétrique et qu'ils ne sont donc pas concernés. Un « d » indique qu'au moins un des éléments est tourné vers la droite. Un « g » marque qu'au moins un des éléments est tourné vers la gauche. Un « b » mentionne qu'un des éléments des tourné vers le bas. La mention « d/g » ou bien « g/d » signale que l'on a affaire à un glyphe comportant des éléments orientés en sens contraire. Enfin un « ? » indique qu'il s'agit d'un cas douteux.

 

 156 Un «  »  indique que le contexte n'est pas particulièrement orienté, un « d » qu'il est orienté vers la droite, un « g » vers la gauche. « d/g » et « g/d » ne s'applique qu'à un personnage et indique que celui-ci a sa tête tournée vers la droite et le corps vers la gauche, ou l'inverse.

 

 157 Les relations internes des glyphes ont été notées à l'aide de trois lettres: « c » pour les cas de contact, « e » pour les espaces, « l » pour les liens graphiques formés d'une ligne et « p » pour les liens graphiques formés de pointillés. Les relations indéterminées sont notées par « ? ». Ces lettres peuvent se combiner entre elles, ainsi un glyphes noté « lec » est un glyphe comportant une liaison graphique par une ligne, un espace et dont certains éléments sont agglutinés par contact.

 

 158 Les relations inter-glyphes ont été notées à l'aide de trois lettres: « c » pour les cas de contact, « e » pour les espaces, « l » pour les liens graphiques formés d'une ligne et « p » pour les liens graphiques formés de pointillés. Les relations indéterminées sont notées par « ? ».

 159 Dans le fichier sont notés deux renseignements: d'une part la partie du personnage où la liaison se fait et d'autre part le type de liaison. Quand la liaison ne se fait pas en un point précis du personnage, ce qui se produit dans certains cas de contact, le mot « corps » est employé. Dans tous les autres cas ce sont les parties précises du personnage qui sont désignées par les mots: « arc », « bouche », « bras », « carquois », « coiffure », « collier », « devise », « dos », « dossier », « fesse », « fesses », « flèche », « front », « instrum », « jambe », « jupe », « linceul », « main », « maison », « manteau », « noeud », « oreille », « parole », « pied », « pieds », « siège », « uictli » et « ? ».

-  Quand un de ces mots n'est suivi de rien d'autre cela signifie que la liaison correspond au cas le plus courant c'est à dire qu'elle se fait par l'intermédiaire d'un lien graphique continu.

-  /c  indique que la liaison se fait par contact.

-  /t  la liaison se fait par l'intermédiaire d'une trace de pas.

-  /e  la liaison comporte un espace.

-  /p  la liaison est assurée par une succession de points.

-  /s  la liaison par contact s'accompagne d'une superposition.

-  /+ indique que la liaison se fait avec la partie indiquée  mais aussi d'autres différentes qui n'ont pu être mentionnées.

 

779

- Le troisième écran concerne les éléments. Contrairement au précédent, qui est unique, celui-ci se répète autant de fois qu'il est nécessaire, c'est à dire autant de fois que le glyphe comporte d'éléments différents. Les renseignements demandés sont, actuellement, la désignation de l'élément et si celle-ci est un mot nahuatl ou bien français. Dans le premier cas, et si l'élément est rencontré pour la première fois, sa traduction (en français pour l'instant et ultérieurement aussi en espagnol) est demandée. La traduction n'est écrite qu'une seule fois car celle-ci est stockée dans un dictionnaire qui, les fois suivantes, donne de lui-même la traduction des mots nahuatl.

   
780

- Le quatrième écran, répété comme le précédent autant de fois que nécessaire, permet de noter les citations trouvées dans les différents textes alphabétiques, qui ont pu être mises en rapport avec le glyphe. En plus de la citation, la source est demandée ainsi que la tomaison et la page.

   
781

- Le cinquième écran permet de noter les résultats obtenus en combinant l'analyse des caractéristiques des glyphes, leur décomposition en éléments et les citations qui fournissent des hypothèses de lecture. Ces résultats sont la lecture du glyphe, les mots nouveaux (ce sont les mots de la lecture dont la signification n'est pas égale à la somme des significations de chaque élément constitutif), les parties de la lecture qui sont éventuellement transcrites par un personnage et les parties de la lecture qui ne sont pas graphiquement transcrites. Que ce soit les mots nouveaux, les parties transcrites par les personnages ou les parties non-transcrites de la lecture, s'agissant toujours de mot nahuatl, leur traduction, dès l'instant où elle a été donnée une première fois, est ensuite fournie automatiquement.

   
782

- Le sixième et dernier écran permet d'enregistrer la fin des résultats obtenus. Ceux-ci concernent le sens de lecture du glyphe 160 et, en particulier pour les anthroponymes, le sens de lecture par rapport au contexte 161. Une dernière rubrique permet de noter certaines remarques, en particulier les occurrences de glyphes semblables dans des documents externes permettant d'éclairer certains points du glyphe analysé. Cette fiche de glyphe sera complétée ultérieurement par un autre écran consacré aux valeurs phoniques, valeurs qui sont la résultante de toutes les données précédentes.

   

 160 Pour essayer de rendre la complexité des sens de lecture à l'intérieur des glyphes les abréviations suivantes ont été utilisées: d = droite, g = gauche, der = derrière, dev = devant, ext = extérieure, int = intérieure. Il faut ajouter les signes «  / « , « , «  et «  + »  le premier devant se lire « vers » le second  « ou bien » et le dernier « et, puis ». Ainsi une formule comme « der/dev,int/ext+int/ext » signifie que les éléments du glyphe considéré se lisent en allant du derrière vers le devant ou bien de l'intérieur vers l'extérieure puis de l'intérieur vers l'extérieur.

 

 161 Les indications relatives au sens de lecture par rapport au contexte, dans la plupart des cas le personnage auquel le glyphe est lié, reprennent les mêmes abréviations et signes que précédemment. Il convient seulement d'ajouter la lettre « c » qui indique que dans les cas où il y a contact entre le glyphe et le personnage la lecture commence par le point de contact. Ainsi la formule « c/der » signifie « du point de contact vers derrière ».

 

783

Toute entrée d'informations suppose que l'on puisse y accéder à nouveau, avec autant de facilité, afin de procéder aux corrections jugées nécessaires. Pour ce faire, il suffit d'indiquer la cote du glyphe et l'on obtient la même suite d'écrans avec tous les renseignements qui ont été portés. Pour une utilisation plus rapide, il est possible de sauter des écrans pour accéder directement à celui que l'on souhaite corriger.

   
784

b)  Le deuxième mode d'utilisation est la consultation de cette banque de donnée. Celle-ci peut se faire soit glyphe par glyphe, soit par ensembles de glyphes présentant une ou un nombre quasiment illimité de données communes. Les résultats sont, eux, prévus en quatre formats, demandés en fonction des résultats attendus.

   
785

- La recherche par glyphe correspond au cas où l'utilisateur veut connaître toutes les données qui ont été réunies sur un glyphe. En tapant la cote du glyphe désiré on obtient, sur écran et/ou sur imprimante, toutes ces informations.

   
786

- L'autre mode de recherche, plus orienté vers les potentialités offertes par un ordinateur, consiste à faire des recherches sur des critères multiples portant aussi bien sur les glyphes, que sur les éléments, que sur les citations et, ultérieurement, sur les valeurs phoniques et, encore plus tard, sur les personnages. A l'heure actuelle le programme existant permet de répondre à des questions du type : « Quels sont les glyphes présentant telle + telle caractéristique + .... », « Quels sont les glyphes qui comportent tel élément... », « Quels sont les glyphes comportant tel élément + tel autre élément + ... », « Quels sont les glyphes comportant tel élément + tel élément et présentant de plus telle caractéristique + telle caractéristique... », « Quels sont les glyphes correspondant à telle citation » ou encore « Quels sont les glyphes correspondant à telle citation, et présentant telle caractéristique et qui est composé de tel élément + tel élément.... ». Pour simplifier : toutes les questions ci-dessus sont du type « à critères ajoutés » mais dans la réalité les critères peuvent être liés par, non seulement « et »,, mais encore « ou » ou une condition négative « ne pas ». De plus, la recherche peut, au choix de l'utilisateur, porter sur des chaînes de caractères entières ou seulement le début de ces chaînes.

   
787

- Suivant la nature de la recherche, on peut souhaiter, pour des questions du type de celles mentionnées, obtenir toutes les informations disponibles sur les glyphes ou bien seulement une partie d'entre elles. A cette fin, l'utilisateur a le choix entre quatre formats de sortie écran et/ou imprimante. Dans le premier cas, pour tous les glyphes satisfaisant aux conditions il est indiqué : la cote du glyphe, son type, le nombre d'éléments le composant et la liste de ces éléments. Le second format offre : les mêmes informations que précédemment plus la traduction des éléments, les lectures et le sens de lecture. Le troisième format de sortie permet de visualiser, en plus des renseignements précédents, les citations. Le quatrième format reproduit la plus grande partie des informations recueillies sur chaque glyphe avec, en plus du format précédent, tout ce qui concerne les caractéristiques graphiques et plastiques des glyphes, les mots nouveaux et les parties non-transcrites.

   
788

Tout le programme, qui fonctionne à l'aide de menus, est utilisable par toute personne n'ayant aucune connaissance informatique et aucune pratique des ordinateurs. A chaque fois que l'utilisateur doit fournir une réponse, il peut, s'il le désire, accéder instantanément à un guide qui, sur l'écran, explique ce qui est attendu de lui au moment précis où il se trouve. De plus les questions ne sont pas posées dans le langage d'interrogation de « Dbase » mais en français, avec le minimum de syntaxe nécessaire pour que la question puisse ensuite être transcrite, par le programme, selon une formule compréhensible par Dbase III.

   
789

Si un tel programme a été élaboré ce n'est pas seulement pour le confort du premier utilisateur, mais parce que nous sommes persuadé que la valeur du travail accompli depuis dix ans réside autant dans les données recueillies que dans les résultats obtenus transcrits sous forme de planches et de textes. Ces données doivent, en conséquence, être accessibles et le seul moyen envisageable, à la fois sur le plan de l'efficacité et de la simple possibilité matérielle (quel éditeur accepterait de publier cette étude ?), est la publication de ce travail sur un support informatique du type disque compact ou éventuellement disque optique numérique. C'est dans cette perspective que ce programme a été développé et qu'il continuera à l'être (avec en particulier l'intégration des images) afin que ce travail soit matériellement prêt à être publié au moment où l'édition en disque compact sera réalisable.

   
 

Conception du programme.

Le programme général est un fichier procédure composé d'une vingtaine de programmes indépendants constituants autant de modules pouvant être utilisés dans diverses situations. Une bonne partie des programmes ont été conçus pour pouvoir être appelés à partir de n'importe quel autre. Les taches ont été divisées en quatre sortes de modules :

   
791

- les modules de choix (au nombre de cinq) : ce sont eux qui proposent les menus à l'utilisateur et qui établissent, en fonction des réponses, les relations entre les modules.

   
792

- Les modules d'écriture : ils permettent d'entrer ou de corriger des informations (il y a quatre programmes, deux pour les glyphes et deux pour les personnages, mais seuls les deux premiers sont pour l'instant en usage).

   
793

- Les modules de recherche qui sont au nombre de quatre : l'un pour les recherches glyphe par glyphe, un deuxième pour les recherches sur des ensembles de glyphes, un troisième pour les recherches sur des ensembles d'éléments, et le quatrième pour les recherches sur les citations. Les trois derniers pouvant intervenir d'une manière successive, en cascade.

   
794

- Les modules de mise en forme : ce sont quatre programmes susceptibles d'afficher ou d'imprimer plus ou moins de données pour chaque occurrence trouvée répondant aux conditions posées.

   
795

- Cet ensemble est complété par un module d'aide, ou guide, qui permet à l'utilisateur de pouvoir disposer d'informations à tous les instants où le programme lui demande une réponse et qu'il peut exister un doute dans la façon dont cette réponse doit être fournie.

   
796

La procédure qui vient d'être décrite a été réalisée au début de l'année 1986. Depuis, un certain nombre d'autres programmes ont été mis au point, soit pour des recherches spécifiques, soit pour des présentations de données. Tous ces programmes, externes pour l'instant, seront ultérieurement intégrés dans la procédure de façon à devenir accessibles à quiconque par menu.

   
797

Cet ensemble de programmes fonctionne en utilisant une base de données relationnelle. Celle-ci est constituée par un certain nombre de fichiers entre lesquels, à partir de certains champs indexés, des relations ont été établies. Les fichiers utilisés sont au nombre de six. Le premier, nommé « Xolog », pour Xolog(lyphes), comporte 42 champs où sont enregistrées toutes les données relatives à chaque glyphe. Le fichier « Xoloe », pour Xoloé(léments), contient en 7 champs toutes les informations concernant chaque élément. Le fichier « Xoloc », pour Xoloc(itations), comporte trois champs dans lesquels sont notées la citation, la source et la page de chacune des citations mise en rapport avec un glyphe. Le fichier nommé « Xolon », pour Xolon(ahuatl), est le fichier dictionnaire. Il n'est constitué que de deux champs, l'un pour chaque mot nahuatl et l'autre pour sa traduction en français. Le fichier « Xolov », pour Xolov(aleurs phoniques), comprend, dans 7 champs, toutes les informations relatives à chaque valeur phonique, de chaque élément de chaque glyphe. Le dernier fichier est nommé « Guide », il ne comprend que trois champs, dont l'un est du type « mémo ». Ce sont des champs susceptibles d'accueillir des textes dont la longueur n'a pas besoin d'être déterminée par avance comme tous les autres. Dans ces champs particuliers du fichier Guide sont écrites toutes les explications auxquelles l'utilisateur peut souhaiter accéder en cours de travail.

   
798

Le fichier des glyphes, Xolog, comporte 2367 enregistrements, Xoloe, le fichier des éléments 5244, Xoloc, le fichier des citations : 3260, Xolon le fichier des mots nahuatl : 564, Xolov, le fichier des  Valeurs phoniques : 5276 et le Guide 60 enregistrements.

   
799
   
 

Dictionnaire Thématique Général

Ces commentaires suivent la même organisation thématique que le Dictionnaire du même nom. On retrouve les dix grands thèmes :

   
801

Homme

   
802

Faune

   
803

Flore 

   
804

Cosmos

   
805

Artefacts

   
806

Chiffres

   
807

Formes

   
808

Couleurs

   
809

Indéterminés

   
1199

Et à l'intérieur de ces thèmes les divisions en catégories :

   
1200    
1201

Thèmes

Catégories

 
       

01.

Homme

01.

corps entier

   

02.

parties du haut du corps

   

03.

parties du milieu du corps

   

04.

parties du bas du corps

       

02.

Faune

01.

animaux aériens

   

02.

animaux terrestres

   

03.

animaux aquatiques

       

03.

Flore

01.

arbres

   

02.

plantes

   

03.

fleurs

   

04.

fruits et parties de végétaux

       

04.

Cosmos

01.

air

   

02.

feu

   

03.

terre

   

04.

produits de la terre

   

05.

eau

       

05.

Artefacts

01.

constructions

   

02.

mobilier

   

03.

récipients

   

04.

nourriture

   

05.

Etoffes et vêtements

   

06.

indumentaria

   

07.

ornements

   

08.

instruments et outils

   

09.

armes

   

10.

transporte

   

11.

divers

       

06.

Chiffres

   
       

07.

Formes

   
       

08.

Couleurs

   
       

09.

Indéterminés

   
   

 

   
843

Le texte consacré à chaque élément est bâti sur le même modèle. Il débute toujours par la clef thématique suivie de la désignation et de sa traduction, pour les mots nahuatl. C'est la clef thématique (supra p. 103) qui permet de passer d'un des Dictionnaires du Tome Catalogue aux Commentaires, les clefs étant hiérarchisées. Les utilisations de l'élément selon les différents types de glyphes distinguées (supra p. 54) sont ensuite indiquées, avec, en note, toutes les lectures des glyphes dans lesquels l'élément entre en composition. Puis, l'élément est décrit en cherchant à mettre en évidence son rapport au réel et dégager ainsi ses traits distinctifs et en indiquant son mode de figuration -face, profil, élévation, plan...- retenu. Toutes ces données, jointes aux lectures qui sont proposées pour chacun des glyphes dans lesquels apparaît un élément, permettent alors de mentionner la, ou les, valeur(s) phonique(s) que l'élément considéré est susceptible de transcrire. Ces valeurs phoniques 162 sont alors commentées, ainsi que les lectures dont elles dérivent. Celles qui sont issues d'un ensemble de citations concordantes ne sont pas justifiées mais, dans le cas contraire (en particulier quand il est fait appel à des sources externes au Codex Xolotl et aux citations), alors chacune des lectures est expliquée et déclarée hypothétique. D'une manière générale est ainsi qualifié tout ce qui dépend de sources externes, que ce soit la désignation de l'élément, des lectures ou des valeurs phoniques.

   

 162 Les valeurs qui ne sont pas transcrites par l'élément seul mais par son association avec un autre élément sont indiquées entre parenthèses.

 

 

01.  Homme

Le thème Homme a été divisé en quatre catégories : le corps entier, les parties du haut, du milieu et du bas du corps. A la première appartiennent les éléments tlacatl : « homme », mococoqui : « malade », ixuetzca : « sourire », tepotzotli : « bossu », motolinia : « pauvre », toloa : « baisser la tête », et cochi : « dormir ». Par le jeu des variantes, certains de ces éléments peuvent appartenir aussi bien à cette catégorie qu'à la suivante, car le corps entier peut bien souvent être réduit à une partie qui est la tête.

   
845

Dans la seconde catégorie se rencontrent les élément suivants : nenetl : « poupée », ichpochtli : « jeune fille », tête(03), tête(05), cuaxicalli : « crâne », cuaitl : « tête, sommet », cuexpalli : « mèche de cheveux », ixcuaitl : « front », cuacocolochtic : « cheveux », Xolochauhqui : « plissé, ridé », cihuatl : « femme », temillotl : « partie de coiffure », nacaztli : « oreille », peinture, ixtelolotli : « oeil », ixayoquiza : « pleurer », yacatl : « nez », tentli : « lèvres, bouche », tlantli : « dent », tlatoa : « parler », zozoma : « se fâcher », cuecuenoti(01) : « se vanter », cuecuenoti(02) : « parler mal » et ilhuia : « dire ».

   
846

Les éléments suivants composent la troisième catégorie, parties du milieu du corps : tlactli : « torse », yollotl : « coeur », corps(05), corps(07), maitl(01) : « bras », piqui : « tenir », macpalli : « main, paume » et geste(01).

   
847

La dernière catégorie, parties du bas du corps, comporte : tzintli : « fesses, base », xocpalli : « pied », xocpalmachiyotl : « empreinte » et cuitlatl : « excrément ».

   
848

La deuxième catégorie est celle qui est largement la plus fournie ; cela correspond au fait que la tête est la partie naturellement la plus riche, la plus susceptible d'offrir un référent clair à de multiples éléments.

   
 

01.01. Corps entier

 



01.01.01  tlacatl : homme

Cet élément est utilisé dix-huit fois, dans quatorze anthroponymes personnels et quatre glyphes de type varia 163. Il connaît deux variantes : l'une figure un homme entier nu, assis à croupetons, les bras croisés 164  ; l'autre ne retient que la tête du dessin précédent.

   

 163 X.020.F.04...tlaca..., X.030.D.09Tlacaximaltzin, X.080.H.30...tlaca..., X.040.D.07Tlacaximaltzin, X.040.C.11Tlacaximaltzin, X.040.C.13Tlacaximaltzin, X.030.C.39Tlacatlanex, X.030.C.17Tlacatlanex, X.011.D.01...tlaca..., X.050.C.23Tlacotzin, X.060.C.11Tlacotzin, X.060.D.46Tlacotzin, X.070.C.17Tlacotzin, X.070.C.33Tlacotzin, X.090.I.01Tlacotzin, X.060.F.48, X.060.E.10Tlatocatzin, X.050.E.01Tlatocatlatzacuilotzin, X.080.H.36huehue tlacatecatl

 

 164 On voit là comme la représentation d'un des nombreux personnages assis du Codex dont on aurait ôté tous les vêtements.

 

850

Les traits distinctifs sont la coiffure masculine et, pour les éléments entiers, la nudité et la position. La coiffure dans un tel élément a la possibilité, mais non l'obligation, de s'accorder au contexte. Ainsi les éléments tlacatl, dans la variante synecdotique, adoptent le même type de coiffure que celle portée par le personnage désigné, sauf dans les glyphes lus Tlacotzin. Cette expression se décompose en tlaco-tzin de tlacotli : « esclave » et tzin : « suffixe révérenciel ». Dans ce cas l'élément s'accorde avec la signification du glyphe en montrant une coiffure sans spécification, c'est à dire celle que portaient, sans doute, les hommes de cette condition.

   
851

L'identification de la deuxième variante comme étant un élément tlacatl a déjà été faite par J. Galarza dans une de ses études du Codex Mendoza 165. Celle-ci se trouve confirmée par toutes les citations d'Alva Ixtlilxochitl qui confèrent toujours une telle valeur à cet élément. L'hypothèse selon laquelle il s'agirait de deux variantes du même élément tlacatl s'appuie sur le fait que les personnages, désignés par le glyphe X.030.D.09 d'une part et X.040.C.13 d'autre part, sont mentionnés sur les deux planches comme étant souverains de la province de Chalco. Il s'agit donc très vraisemblablement du même personnage. La double réalisation de l'élément tlacatl est, par ailleurs, corroborée par des exemples que fournit la Matrícula de Huexotzinco. On trouve, dans ce Codex, de nombreux exemples où les syllabes tlaca- sont transcrites, soit par un homme nu entier, soit seulement par une tête masculine 166.

   

 165 J. Galarza, 1978, p.30, « la tête masculine transcrit les syllabes tlaca »

 

 166 MH  corps entier: 522v, 531v, 728v, corps entier à croupetons: 641v et 729v, tête seule: 489v, 580r, 581v, 688v, 759v, 762r, 830v, et 875r.

 

852

L'élément de la planche X.020 est coloré en bis, c'est à dire de la couleur de la peau de tous les personnages masculins de cette planche. Les éléments tlacatl figurent l'homme de profil et sont orientés selon le contexte, sauf dans deux glyphes 167.

   
853

 Valeur phonique : tlaca , (tlaco), (tlatoca).

   
854

La première valeur est celle du radical de l'élément.

   
855

La seconde valeur vient de l'association de l'élément tlacatl avec l'élément cuauhcozcatl : « carcan ». Si l'on en croit les citations d'Alva Ixtlilxochitl l'ensemble se lit Tlacotzin de tlacotli : « esclave » et tzin : « suffixe révérenciel ». Cet auteur donne une autre citation, qui reste dans le même champ sémantique : Yxtlacautzin. Expression qui se décompose en yx-tlacau-tzin, de Ixtli : « face », tlacahua : « seigneur, maître d'esclaves » et de tzin : « suffixe révérenciel ». La première expression, Tlacotzin, a été retenue car celle-ci est attestée dans d'autres documents 168.

   

 168 MH f. 641v, 781r, 812r et 817r et CF,IX,10,46 et No 35-36 (f. 34v, 36r). (Dans toute cette étude les références au Codex Florentino sont écrites en abrégé. CF pour Codex Florentino, les chiffres romains désignent le livre, les chiffres arabes les paragraphes et la page. Le numéro indique celui de la vignette. Il a été attribué par F. Paso y Troncoso (1905-07) et repris dans l'édition de Dibble & Anderson. A la suite du numéro sont mentionnés entre parenthèses les folio où sont situées les vignettes dans l'édition facsimile de 1979)

 

856

Quel rôle joue la tête dans cette lecture ? Elle évite, en fait, que le carcan soit lu au premier degré, c'est à dire sous la forme cuauhcozcatl. La façon dont ce résultat est atteint peut s'expliquer de deux façons, qui ne sont pas forcément exclusives l'une de l'autre :

   
857

- la lecture directe du carcan est évitée parce que la présence de l'élément tlacatl : homme donne une véritable définition de l'esclave : « l'homme qui porte au cou un carcan ». Dans cette hypothèse, cette définition serait donnée par une lecture sous-jacente du glyphe.

   
858

- la lecture directe est écartée par l'élément tlacatl qui fournit la première syllabe tla commune à tlacatl et tlacotl et qui s'oppose au début de l'expression cuauhcozcatl : « carcan » 169.

   

 169 Si l'élément cuauhcozcatl: « carcan » est constamment associé dans ce Codex à l'élément tête(04), il semble, d'après l'exemple que donne la Matrícula de Huexotzinco, que cette présence ne soit pas indispensable, car dans ce document plusieurs glyphes annotés tlaco ne comportent pas de tête humaine mais seulement le carcan. Comme si la valeur première du carcan était non pas sa désignation mais tlacotli: « esclave » et que dans un tel cas il était possible, mais pas indispensable de juxtaposer un élément au rôle déterminatif. L'utilisation de l'élément tlacatl comme déterminatif ne pouvaient qu'être favorisée par le fait que la forme possédée de tlacatl, tlacauh, était employée avec le sens d'esclave » (F. Kartunnen, 1983, p.253).

 

859

La troisième valeur, tlatoca, apparaît dans deux glyphes. Dans les deux cas, le glyphe complet est orienté en sens contraire du personnage, fait marquant le caractère particulier de la lecture. Autre fait singulier, alors qu'il s'agit du même personnage, son nom est plus court dans un cas que dans l'autre !

   
860

Alva Ixtlilxochitl donne deux citations pour ces glyphes : Tlatocatlatzacuilotzin et Tecuhtlacacuilotzin. La première expression se décompose en tlatoca-tlatzacuilo-tzin, de tlatoqui : « grand seigneur » (expression formée sur tlatoa : « parler ») de tlatzacuillotl : « fermeture » et de tzin : « suffixe révérenciel » ;lLa seconde, en tecuh-tlaca-cuilo-tzin, de tecuhtli : « seigneur », tlacatl : « homme », icuiloa : « écrire » et tzin : « suffixe révérenciel ». La première expression étant plus proche des glyphes, c'est celle qui a été adoptée.

   
861

Cet élément, ainsi que l'élément tlatoa : « parler » qui l'accompagne, n'ont pas, dans ce contexte, de valeur propre, mais permettent que l'élément icpalli : « siège » prenne sa valeur tlatoca, valeur qu'il ne prend, dans les anthroponymes, que quand il est associé à un élément humain et quand il est orienté en sens contraire du contexte (infra p. 690).

   
 



01.01.02  mococoqui : malade

Cet élément est utilisé deux fois dans des anthroponymes personnels 170.

   

 170 X.040.C.16Mococomatzin, X.050.C.19Mococomatzin

 

863

L'élément figure un homme entier, nu. Le corps est représenté de face, jambes ouvertes repliées et bras ouverts et tendus. La tête, à la coiffure sans spécification, est, elle, de profil. L'ensemble de l'élément n'évoque rien de connu, seule la figuration des jambes fait penser à un glyphe du Codex Mendoza, le glyphe Amaxac où les jambes écartées transcrivent les syllabes maxac de maxactli : « entre-jambe, bifurcation » 171.

   

 171 Codex Mendoza, f. 39

 

864

Si l'on se fie aux citations d'Alva Ixtlilxochitl, ce n'est pas dans cette direction qu'il faut chercher. En effet, cet auteur cite plusieurs fois ces glyphes : quatre fois il donne les expressions Mocomatzin ou Mococomatzin et deux fois Motezuma(l)tzin. Seules les premières doivent être retenues, rien ou presque 172 ne permettant de justifier les secondes. L'expression Mococomatzin se décompose en mococo-ma-tzin, de mococoqui : « malade » (substantif verbal formé sur le passé du verbe cocoa, nino : « être malade »), maitl : « bras » et tzin : « suffixe révérenciel ».

   

 172 L'élément zomalli: « colère » est figuré dans la Matrícula de Huexotzinco (f. 779r et 783v) par un personnage entier nu, allongé sur le dos, jambes en l'air mais pas écarté.

 

865

La position particulière du corps transcrit les premières syllabes mococo tandis que ma n'a pas besoin d'être ajouté, la présence des bras suffisant à l'exprimer.

   
866

 Valeur phonique : mococo , ma

   
867

La première valeur correspond au radical de l'élément, tandis que la seconde est le radical de maitl : « bras ».

   
 




01.01.03 ixuetzca : sourire

L'élément est utilisé huit fois dans des anthroponymes 173.

   

 173 X.060.B.32Ixuetzcatocatzin, X.070.A.25Ixuetzcatocatzin, X.080.K.18Ixuetzcatocatzin, X.080.L.05Ixuetzcatocatzin, X.080.L.12Ixuetzcatocatzin, X.080.L.14Ixuetzcatocatzin, X.090.K.10 :  Tlatolixuetzca, X.090.L.10 :  Tlatolixuetzca

 

869

Il figure un homme, à la coiffure sans spécification, couché sur le dos, nu, jambe repliée, bras plié avec la main ouverte. L'ensemble est de profil à l'exception de la main qui est de face.

   
870

La désignation de l'élément et la lecture des glyphes sont tout à fait hypothétiques dans la mesure où aucun élément semblable ne nous est connu par ailleurs 174 et que les citations relevées sont très variées et divergentes. On trouve en effet les expressions Totocahuan, Ixhuezcatocatzin et Xiconocatzin pour les six premiers glyphes et Tlatolpiza et Ixtlahuehuequeti pour les deux derniers.

   

 174 La Matrícula de Huexotzinco, f. 787r, présente un élément huetztoc: « être couché » assez proche, personnage nu couché sur le dos, mais n'offrant pas les caractéristiques particulières des mains et de jambes.

 

871

Tototocahuan est composé de to-toca-huan. De to : « préfixe réfléchi de la première personne du pluriel », tocaitl : « nom, renommée » et huan : « suffixe possessif pluriel ».

   
872

Ixuezcatocatzin se décompose en ixuezca-toca-tzin. De ixuetzca : « rire », tocaitl : « nom, renommée » et tzin : « suffixe révérenciel ».

   
873

Xiconoatzin peut être décomposé soit en xic-onoc-a-tzin ou bien xicono-ca-tzin. Dans le premier cas on a xictli : « nombril », onoc : « être couché, étendu », a : « ? », et tzin : « suffixe révérenciel ». Dans le second tzicunoa : « sangloter, gémir, soupirer », ca : « suffixe ? » et tzin : « suffixe révérenciel ».

   
874

Tlatolpizac se décompose en Tlatol-piza-c. De Tlatolli : « parole », pitza, nitla : « souffler » et c : « suffixe d'adjectif verbal ».

   
875

Ixtlahuehuequeti se décompose, peut-être, en ixtla-huehueque-ti. De ixtla : « en face, ? » huehuetque : « vieux », ti : « suffixe de verbe dérivé ».

   
876

Toutes ces décompositions sont très hasardeuses et n'ont pas permis de dégager une idée claire de l'identification de l'élément considéré. Finalement la solution adoptée consiste à supposer la citation Ixuetzcatocatzin exacte et à attribuer, faute de mieux, la valeur ixuetzca à cet élément.

   
877

Cet élément présente la particularité, alors qu'il a une structure asymétrique, de ne pas être dépendant du contexte. Dans les huit cas, cet élément est dessiné la tête du personnage tournée vers la droite et jamais vers la gauche, alors que les personnages qu'ils désignent sont deux fois tournés vers la droite 175 et six fois vers la gauche, en sens contraire du glyphe. Aucune explication ne peut être proposée à ce phénomène.

   
878

 Valeur phonique : ixuetzca

   
 



01.01.04 tepotzotli : bossu

Cet élément est utilisé six fois. Dans deux anthroponymes, un anthroponyme locatif et trois toponymes 176.

   

 176 X.011.D.21Tepotzotzin, X.030.E.30Tepotzotlan, X.070.E.43Tepotzotlan, X.020.A.29Tepotzotlanaltepetl tlacamecayotl, X.050.E.33Tepotzotlan altepetl, X.010.F.31Tepotzotecua

 

880

On peut voir là un exemple d'élément où le tout est utilisé pour la partie : le tout étant l'ensemble du corps humain masculin, vêtu ou non, et la partie, la bosse du dos. Cela revient à supposer que, seule, elle n'aurait pas constitué un élément caractéristique, et que l'on aurait alors eu recours au corps entier, qui dans sa version courante ne présente pas de bosse. On peut aussi considérer que la présence du corps était indispensable dans la mesure où ce qu'il était nécessaire de transcrire était un adjectif, bossu, et non pas le substantif, bosse 177. En tout état de cause, le corps jouit d'une assez grande liberté. Si la position a croupetons est constante, par opposition le corps peut être vêtu ou non et les vêtements sont variables : un simple Maxtlatl : « pagne » ou encore un tilmatli : « manteau » ou bien même les deux.

   

 177 Le terme tepotzotli est tout à la fois un substantif et un adjectif. Dans la première partie de son dictionnaire Molina donne « Corcoba: yteputzo » et « Corcobado: teputzotli »

 

881

Quand les personnages sont sur des planches colorées, ils sont de couleur bise, sur les planches X.010 et X.020, et marron, sur la planche X.011. C'est à dire de la couleur des personnages masculins correspondant à ces planches.

   
882

 Valeur phonique : tepozto

   
883

C'est la valeur du radical de l'élément.

   
 



01.01.05  motolinia : pauvre

Cet élément apparaît une fois seulement, dans un anthroponyme 178.

   

 178 X.100.D.13Motoliniatzin

 

885

Il est malheureusement assez abîmé sur l'original et très grossièrement dessiné sur la copie de Léon y Gama. On distingue cependant un être entier, à la coiffure masculine sans spécification, debout. Cet homme porte, semble-t-il, un Maxtlatl : pagne. Le corps est de face ou de trois-quarts tandis que la tête est de profil, orientée comme le contexte.

   
886

Rien de tout cela en permet l'identification, aussi faut-il se reposer sur une citation d'Alva Ixtlilxochitl qui nomme le personnage désigné par ce glyphe : Motoliniatzin. Cette expression se décompose en motolinia-tzin. Le mot motolinia existe sous cette forme ou bien il peut venir du substantif verbal motoliniani, dans les deux cas il signifie « pauvre ». Tzin est évidemment le suffixe révérenciel.

   
887

 Valeur phonique : motolinia

   
888

Cette valeur correspond à la désignation de l'élément.

   
889


   
 

01.01.06  toloa : baisser la tête

Cet élément ne figure qu'une seule fois, dans un toponyme 179.

   

 179 X.060.H.36TollanTolocan

 

891

Il est composé d'un personnage entier dont le trait distinctif est la tête inclinée, le reste du corps ne servant que de support à cette action. Il s'agit là d'un cas où le tout est employé pour la partie. Le choix de la représentation d'un personnage entier est particulier à ce Codex car on trouve le même élément dans le Codex Mendoza et dans ce document une tête inclinée seule suffit pour exprimer les syllabes tolo 180.

   

 180 Codex Mendoza f. 10', 12 et 33

 

892

Cet élément présente une double particularité : il est à la fois accordé au personnage qu'il désigne et en même temps il s'en distingue. Il est accordé dans la mesure où il a une coiffure similaire et surtout où son attitude est semblable. En effet, le personnage est assis sur un siège à dossier de telle façon que son manteau cache complètement ses pieds ; or l'élément présente la même caractéristique alors que lui n'est pas sur un siège. Il y a là accord car, parmi les personnages du Codex, seuls ceux qui sont sur un siège à dossier peuvent ne pas avoir leurs pieds figurés.
Par ailleurs cet élément se distingue du personnage car le tilmatli : « manteau » a une frange ornée alors que celle du manteau du personnage est unie.

   
893

L'élément supérieur de ce glyphe est l'élément tolin : « jonc » dont la première syllabe est commune à l'élément toloa. Il a été donnée la double lecture, hypothétique, Tollan Tolocan dans la mesure où l'élément toloa étant parfaitement clair l'élément tolin ne saurait être considéré comme un déterminatif mais comme induisant une lecture particulière.

   
894

 Valeur phonique : tolo

   
895

Cette valeur est celle du « radical réduit ou base » du verbe toloa 181

   

 181 M. Launey, 1979, p. 74 

 

896


   
 

01.01.07  cochi : dormir

Cet élément est utilisé onze fois. Neuf fois dans des anthroponymes personnels, une fois dans un anthroponyme locatif et une fois dans un glyphe de type varia 182.

   

 182 X.080.G.27Tlatocacochitzin, X.010.F.35Zacatitechcochi, X.011.B.10Zacatitechcochi, X.030.A.12Zacatitechcochi, X.040.A.03Zacatitechcochi, X.020.E.01Zacatitechcochialtepetl tlacamecayotl, X.050.A.57Cochxochitzin, X.050.H.29Temictzin, X.070.E.05Cihuacuecuenotzin mi...., X.070.G.32Cihuacuecuenotzin mi..., X.070.G.26,

 

898

Il présente deux variantes qui ont en commun un oil fermé figuré par une simple ligne, qui en constitue le trait distinctif. Ces variantes, un corps entier allongé ou seulement une tête, sont deux exemples de l'utilisation du tout pour la partie car la seule partie signifiante est le simple trait marquant que l'oil est fermé. Le passage de la tête seule au corps entier et l'agrandissement de la natte, joint au fait que le glyphe X.080.G.27 est orienté en sens contraire du personnage qu'il désigne et qu'il n'est pas non plus accordé avec ce dernier pour ce qui concerne la coiffure et le manteau, tout ceci sert peut-être à guider la lecture de ce glyphe en détournant le lecteur d'une autre lecture possible.

   
899

Ces éléments comportent des coiffures diverses, celles-ci s'accordent avec les personnages désignés par les glyphes. Ainsi ceux qui ont une coiffure de chichimèque -cheveux mi-long divisés sur le haut de la tête et relevés sur la nuque- ont leur élément glyphique avec la même coiffure 183 et le même parallélisme est observable pour la coiffure masculine sans spécification -cheveux courts sans frange- 184. Ces accords des éléments des glyphes anthroponymiques avec les personnages qu'ils accompagnent ont cependant une limite qui tient à l'observation d'une autre règle. En effet, tous les éléments qui transcrivent des verbes ou des adjectifs ou encore, plus généralement, des parties du corps humain, qui peuvent aussi bien appartenir à une femme qu'à un homme, l'élément tentli : « lèvres, bouche » par exemple (infra p. 257), sont systématiquement des éléments masculins. Dans le cas de l'élément cochi, quand celui-ci entre dans la composition du nom d'un personnage féminin, il garde la forme d'une tête masculine, avec une coiffure sans spécification 185. Cet exemple montre que, dans l'application des règles de composition, celle de la masculinité prime sur celle de l'accord. Cette dernière ne s'exerce que quand il n'y a pas de contradiction entre elles, en fait quand les personnages sont masculins.

   
900

La coiffure chichimèque est ambiguë et pourrait être confondue avec celle des jeunes filles, mais la couleur des éléments lève toute incertitude. En effet, les visages sont soit bis soit brun c'est à dire de la couleur des personnages masculins des planches X.010 et X.011. Les cheveux sont gris comme ceux de tous les personnages. Tous ces éléments sont orientés comme leur contexte, à une exception près 186.

   
901

 Valeurs phoniques : cochi , coch, (temic)

   
902

Les valeurs sont le radical du verbe, quand il est en position finale dans l'expression ou bien le radical réduit quand il est en position initiale. La valeur temic est une hypothèse suggérée par une citation d'Alva Ixtlilxochitl à propos du glyphe X.050.H.29. Il le cite comme se lisant Temictzin (temic-tzin : temictli : « songe », tzin : « suffixe révérenciel »). La première syllabe te 187 est transcrite par le bas du visage (le lien graphique en partant de la bouche sert sans doute à marquer qu'une telle lecture doit être faite), l'élément mitl : « flèche » transcrit la deuxième syllabe et le troisième élément Tlatolli : « parole », associé à l'oeil fermé, indique qu'il ne s'agit pas d'un « mort », micqui, mais d'un « songe », temictli.

   

 187 Cette syllabe te a un e long comme celui de tentli: F. Kartunnen, 1983, p.223, 226 et J. Bierhorst, 1985, p.304.

 

903

La présence de l'élément mitl : « flèche » associé à un anthroponyme personnel qu'il transperce, ou au moins qui est placé au premier plan, transcrit le mot mina : « transpercer » ou micqui : « mort » ou peut être le verbe « tuer » : mictia. Quand l'action est accomplie et que les éléments constitutifs du glyphe du personnage le permettent, alors ces éléments s'accordent avec le contexte. Ainsi ,alors les glyphes Cihuacuecuenotzin ont normalement l'oeil figuré ouvert, dans les deux cas présentés ici 188 , en association avec l'élément mitl : « flèche », l'oeil est fermé. Dans ce contexte, un tel oeil ne transcrit plus cochi : « dormir » mais se soumet seulement à l'influence du contexte qui indique la mort du personnage.

   
 

01.02.    Parties du haut du corps



   
 

01.02.01  nenetl : poupée

Cet élément est utilisé cinq fois dans des anthroponymes personnels et une fois dans un toponyme 189. Il se distingue aisément des autres éléments figurant une tête car c'est le seul à être vu de face, les cheveux, mi-long, partagés au milieu et se redressant vers les extrémités. Cette coiffure est proche de celle des femmes chichimèques et aussi de celle des jeunes filles, mais ces deux éléments constitutifs des personnages étant toujours figurés de profil, un rapprochement précis est difficile.

   

 189 X.012.D.40Nenetzin, X.040.C.35Nenetzin, X.040.F.03Nenetzin, X.030.D.21xiuhNenetzin, X.030.D.38xiuhNenetzin, X.010.F.27Tepenenec altepetl

 

906

Cette coiffure, avec la vue de face, constitue un trait distinctif car il ne varie pas. Il n'y a pas là d'accord avec les personnages. Ainsi alors que Xiuhnenetzin est désignée une fois alors qu'elle est encore jeune fille et une autre fois alors qu'elle est femme, la coiffure de l'élément n'est pas modifiée. 190

   
907

Ces éléments ont la même couleur que la peau des personnages féminins des planches correspondantes : ocre en X.010 et blanc en X.012.an>

   
908

 Valeur phonique : nene

   
909

C'est la valeur du radical de l'élément. Dans les expressions nenetl est toujours en position finale et la lecture se fait du bas vers le haut, même pour le toponyme, ce qui est exceptionnel.

   
910


   
 

01.02.02  ichpochtli : jeune fille

Cet élément apparaît une seule fois dans un glyphe de type varia 191. Le trait distinctif de cet élément, c'est sa coiffure, cheveux mi-long, divisés au milieu, laissés tombant et se redressant aux extrémités. De telles coiffures se rencontrent dans un certain nombre de personnages féminins dépendant de récits généalogiques et toujours en tant qu'enfant 192. La désignation, hypothétique, par le mot ichpochtli : « jeune fille » a été obtenue à partir des glyphes de la Matrícula de Huexotzinco ainsi que d'une vignette du Codex Florentino et du texte nahuatl lui correspondant 193. Dans ces deux documents le mot ichpochtli est transcrit par une coiffure de ce type. La lecture proposée est elle aussi hypothétique.

   

 191 X.030.H.14ichpochtli

 

 192 Il convient de rappeler qu'iil est difficile de distinguer une coiffure féminine d'une masculine dans les premières planches du Codex. Cette difficulté s'explique simplement par le fait que les populations Chichimèques étaient réputées pour ne pas avoir de « coiffure: ils portent les cheveux longs séparés par une raie, hommes et femmes de même ». Ceci est affirmé par deux fois dans le Codex Florentino à propos des Chichimeca Tamime: inique in alte innexin: in oquichtin motzonquentia, mocuaxeloltia, motzonhueyiuaquilia, noiuhque in cihua  « Ces gens n'ont pas de coiffure: les hommes sont couverts de leurs cheveux séparés au milieu et portés longs; les femmes de même (CF,X,29,171 traduction de M. Launey, 1980, p. 229) et  inique inChichimeca, alte innexin, zan motzonhuiaquilia, moquaxeloltia iiuhque in oquichtli, iuhque in çioa  « Ces chichimèques n'ont pas de coiffure; ils portent les cheveux longs séparés par une raie, hommes et femmes de même » (CF,X,29,175 traduction de M. Launey, 1890, p. 235)

 

 193 MH f. 505r, 532r, et 827v. CF,X,3,12 et No 23 (f.8r)

 

912

 Valeur phonique : ichpochtli

   
913


   
 

01.02.03  tête(03)

Cet élément est figuré une fois dans un toponyme 194.

   

 194 X.050.A.01Cuextecatlichocayan altepetl

 

915

Du fait qu'il est très abîmé et que la copie de Gama est peu claire, il n'est possible, ni de le décrire, ni a fortiori de le désigner précisément. Une lecture est cependant donnée parce qu'il est possible de faire correspondre au toponyme une citation d'Alva Ixtlilxochitl : Cuextecatlichocayan. Cette expression se décompose en cuex-tecatl-i-choca-yan, de cuextlan : « nom d'une province », tecatl : « suffixe d'anthroponyme locatif », i : « préfixe possessif de la troisième personne », choca : « pleurer » et yan : « suffixe locatif ».

   
916

 Valeur phonique : ?

   
917


   
 

01.02.04  tête(05)

Cet élément est utilisé une seule fois dans un anthroponyme personnel 195.

   

 195 101.H.12 : Cihuacuecuenotzin

 

919

La tête comprend une coiffure qui en est le trait distinctif. Les cheveux sont longs et laissés libres (le dessin étant abîmé à l'endroit où il pourrait y avoir un lien, un doute subsiste cependant) tandis qu'une frange est ramenée sur le front. Aucun personnage du Codex ne porte une coiffure comparable, par contre elle ressemble à celles que portent un certain nombre de jeunes filles dans la troisième partie du Codex Mendoza 196.

   

 196 Il s'agit d'adolescentes et de jeunes femmes mariées ou se mariant: f. 60, 61, 63 et 71.

 

920

Alva Ixtlilxochitl cite ce glyphe comme étant Zihuaquequenotzin ou Cohuacuecuenotzin. La première expression se décomposant en cihua-cuecueno-tzin, de cihuatl : « femme », cuecuenoti : « se vanter » et tzin : « suffixe révérenciel » et la seconde en cohua-cuecueno-tzin de cohuatl : « serpent », la suite étant semblable à la première. Seule la première expression semble correcte.

   
921

Le même personnage est désigné à côté par un glyphe comportant, lui, un élément cihuatl : « femme » (infra p. 242) avec la coiffure caractéristique des femmes. Quand le glyphe comporte une coiffure de jeune fille, le Codex parle du mariage de ce personnage tandis que, quand le glyphe présente une coiffure de femme, il s'agit alors de sa mort. Il semble que l'on ait là un cas d'accord d'un élément avec le récit auquel il participe. La coiffure du glyphe évoluerait en fonction des événements qui concernent le personnage dont il est question.

   
922

 Valeur phonique : cihua

   
923


   
 

01.02.05  cuaxicalli : crâne

Cet élément est utilisé vingt fois, dans treize anthroponymes -tous les mêmes- et sept glyphes de type varia 197.

   

 197 X.080.H.35miqui..., X.080.J.12miqui..., X.080.K.23Tzontecochatzin, X.080.F.01Tzontecochatzin, X.090.D.12Tzontecochatzin, X.090.F.09Tzontecochatzin, 101.H.19 : Tzontecochatzin, X.070.A.34Tzontecochatzin, X.080.F.20Tzontecochatzin, X.080.H.45Tzontecochatzin, X.080.I.23Tzontecochatzin, X.080.J.35Tzontecochatzin, X.090.B.03Tzontecochatzin, X.090.B.44Tzontecochatzin, X.090.D.59Tzontecochatzin, X.080.G.06+ : miqui..., X.080.G.13+14 : ...miqui..., X.080.G.16xochimiquiztli, X.080.G.17...miqui..., X.080.J.16 :  ...miqui...

 

925

On reconnaît un crâne décharné avec le maxillaire inférieur, les dents, une orbite avec peut-être le trou du nerf optique et au-dessus l'os frontal, parfois coloré en bleu. A l'exception d'un seul 198 , tous les éléments pour qui cette partie est visible présentent vers l'arrière du crâne un petit trou qui n'a rien de naturel. Il est probable qu'il s'agisse là du trou qui devait être pratiqué pour enfiler les têtes sur les Tzompantli, c'est à dire les sortes de râteliers où étaient suspendus les crânes des victimes sacrificielles ou plus tard ceux de quelques espagnols et de leurs chevaux. Dans les glyphes lus Tzontecochatzin l'élément atl : « eau » sort de ce trou.

   
926

Cet élément est désigné par le mot cuaxicalli : crâne, et non pas Tzontecomatl : tête séparée du corps, à la suite des travaux de A. Lopez Austin sur le corps humain. Sur ses dessins anatomiques, cet auteur désigne par Tzontecomatl la tête entière, c'est à dire toute la partie supérieure de l'homme à partir du cou, tandis que la boite crânienne est, elle, nommée cuaxicalli 199. Tzontecomatl, c'est la tête des êtres vivants : le même terme est en effet employé à propos de divers animaux 200 , tandis que cuaxicalli désigne la partie supérieure d'un squelette.

   

 199  A. Lopez Austin, 1980, I,104 et 160 et II,153, 193 et 219.

 

 200 Pour des quadrupèdes: CF,XI,1,3, pour les oiseaux: CF,XI,2,56, pour des serpents: CF,XI,5,75

 

927

Tous ces éléments cuaxicalli sont dessinés de profil et sont orientés de la même façon que leurs contextes.

   
928

 Valeurs phoniques : tzonteco , miquiz, miqui

   
929

La première valeur se rencontre dans les anthroponymes personnels intitulés Tzontecochatzin. Cette valeur est assurée dans la mesure où Alva Ixtlilxochitl cite le glyphe onze fois et, même si l'expression connaît quelques variantes, celles-ci sont toutes localisées en fin de mot, alors que le début est toujours identique, aux variantes orthographiques près 201. Cet élément n'est pas utilisé pour transcrire Tzontecoma ; en effet, dans ce cas, l'expression est décomposée en centzontli : « touffe » et tecomatl : « vase » (infra p. 494 et 708).

   

 201 tzonteco..., zonteco.... ou zoteco...

 

930

La valeur miquiz est dérivée d'autres documents. On retrouve l'élément cuaxicalli dans un grand nombre de Codex traitant du comput du temps et il est bien connu qu'il désigne le sixième jour nommé miquiztli : mort. Cette valeur est, de plus, confirmée par la Matrícula de Huexotzinco qui présente plusieurs glyphes où sont figurés des crânes décharnés qui sont tous annotés miquiz 202.

   

 202 Dans ce document ils sont figurés de face et sans maxillaire inférieur. f.518r, 520r, 550r, 642r, 642v, 713v, 775r, 810r, et 874r.

 

931

La valeur miqui, est tout à fait hypothétique. On la trouve dans les glyphes dont les lectures proposées sont ...miqui.(en finale) ou miqui...(à l'initiale). Nous ignorons la lecture précise de tous ces glyphes, mais nous supposons qu'elles contiennent, au moins, ces syllabes.

   
932


   
 

01.02.06  cuaitl : tête

Cet élément est utilisé onze fois dans des anthroponymes personnels 203.

   

 203 X.012.B.38Tocpacxochitzin, X.012.B.56Tocpacxochitzin, X.020.D.57Tocpacxochitzin, X.020.D.72Tocpacxochitzin, X.050.G.38Cuacuauhpitzahuac, X.060.F.34Cuacuauhpitzahuac, X.040.G.54Cuacuauhpitzahuac, X.050.E.10Cuacuauhtzin, X.060.E.15Cuacuauhtzin, X.012.D.24+ : Tziuh..., X.012.D.36+ :  Tziuh...

 

934

On a là un cas de synecdoque du tout pour la partie. Le tout étant la tête humaine alors que la partie est la zone supérieure correspondant à l'ensemble du haut du crâne. Dans dix cas sur onze, par économie, l'élément cuaitl n'a pas été dessiné mais emprunté au personnage dont il est aussi un élément constitutif. Seulement en X.060.F.34 l'élément cuaitl a une existence autonome. Ce glyphe désignant le même personnage qu'en X.050.G.38 et X.040.G.54 ceci, d'une part, montre que le choix de l'économie était laissé à l'appréciation du tlacuilo et, d'autre part, cela corrobore l'idée fondamentale de J. Galarza sur l'identité fonctionnelle des éléments constitutifs des glyphes et des personnages : « Les éléments qui entrent en jeu dans le dessin du portrait royal (il s'agit des souverains du Codex Tovar) sont identiques à ceux qui sont employés dans la transcription des anthroponymes et des toponymes. Ce transfert des éléments du portrait royal aux noms est le signe évident de leur récurrence 'signifiante'...ces éléments dessinés, conservant leur forme et leur couleur, représentent des unités de lecture dont la valeur est invariante quel que soit le lieu où elles sont placées, ou leurs dimensions » 204

   

 204 J. Galarza, 1978, p. 29

 

935

La lecture proposée pour les quatre premiers glyphes est assez incertaine et ceci ne fait que refléter une attitude hésitante de la part d'Alva Ixtlilxochitl. Pour ces glyphes cet auteur offre plusieurs citations : une fois Pachxochitzin, une autre fois icpacxochitzin et enfin trois fois Tocpacxochitzin. La première se décompose en pach-xochi-tzin, de pachtli : « tillandsia » 205 , xochitl : « fleur » et tzin : « suffixe révérenciel ». La seconde se décompose, soit en icpacxochi-tzin, de Icpacxochitl : « couronne de fleurs pour la tête » et tzin « suffixe révérenciel », soit en icpac-xochi-tzin, de icpac : « tête », xochitl : « fleur » et tzin « suffixe révérenciel ». Enfin, la troisième citation se compose de to-cpac-xochi-tzin, de to : « préfixe possessif de la première personne du pluriel » 206 , icpac : « tête », xochitl : « fleur » et tzin : « suffixe révérenciel ». Dans le premier cas, Pachxochitzin, l'accent est mis sur la plante elle-même, tandis que les deux autres ne tiennent pas compte de l'identification de la plante mais ne retiennent que l'objet, la couronne de fleurs, qui en est fabriqué.

   

 205 La traduction donnée par Molina est « cierta yerua que se cria y cuelga en los arboles » tandis que l'identification de la plante est donnée par A.M. Garibay dans son Vocabulario: IV,HG, p. 348 (HG désigne l'Historia General de las Cosas de Nueva España de Sahagún, 1969)

 

 206 Ce préfixe signifie « notre » mais quand il est associé à une partie du corps humain il ne renvoie pas à un possesseur particulier mais fait référence au « genre humain en général » (M. Launey, 1979, p. 98)

 

936

La lecture Tocpacxochitzin a été choisie, d'une part parce que c'est celle qui est la plus fréquente parmi les citations, d'autre part parce que la même expression annote un glyphe de la Matrícula de Huexotzinco qui figure une couronne de fleurs 207. C'est la position sur la tête du personnage qui donne le choix entre les lectures cuaitl ou icpac termes qui sont synonymes. Ce fait est établi par les travaux sur l'anatomie de A. Lopez Austin : ce dernier, sur ses planches, désigne toute la partie supérieure de la tête, celle qui correspond à la localisation du cuir chevelu, par les deux termes cuaitl et icpac 208. L'élément pachtli : « tillandsia » (infra p. 492) servirait là de déterminatif pour choisir entre les deux termes possibles. Il pourrait jouer ce rôle car cette plante était connue pour son utilisation dans les couronnes de fleurs portées sur la tête, qui ont pour nom Icpacxochitl 209.

   

 207 MH, f. 718r

 

 208 A. Lopez Austin, 1980, I,p. 104 et II, p. 161.

 

 209 Alva Ixtlilxochitl (II,26) indique que pour le couronnement des souverains on leur mettait une couronne faite avec une plante nommée pachxochitl: « El modo que tenían en jura y coronación de los emperadoresChichimecas era coronarlos con una yerba, que se dice pachxóchitl, que se cría en las peñas... »

 

937

Dans les autres occurrences, cette connotation n'existant pas, l'élément prend la valeur cua.

   
938

Une autre lecture doit être mentionnée, c'est tzonpachtli. C'est ainsi qu'est nommée la femme de tlohtzin dans l'Historia de México 210. Cette expression se décompose en tzon-pachtli, de tzontli : « cheveux » et pachtli : « tillandsia ». Cette lecture semble cependant peu probable car elle ne prend pas en compte l'élément xochitl : « fleur ». 211

   

 210 A. Garibay, 1973, p. 91: « el nombre del hombre era Tzontecomatl, es decir 'cabeza', y también Tlohtli, 'gavilan'; el nombre de la mujer era Tzompachtli, 'cabellos de cierta yerba'.

Le texte original ou « Histoyre du Mechique » dit: « le nom de l'homme estoit Contecomael, c'est à dire teste, et Loli c'est à dire esparvier le nom de la femme estoit Compahli, c'est à dire cheveux de certaines herbes.. » (M.E. de Jonghe, 1905, p. 1-41)

 

 211 La Matrícula de Huexotzinco offre deux exemples de glyphes annotés tzonpach (603v et 686v) or aucun des deux ne comporte un élément xochitl: « fleur ».

 

939

 Valeur phonique : icpac , cua

   
940

Dans l'expression Tocpacxochitzin la voyelle initiale d'icpac disparaît du fait de la composition avec le préfixe possessif et parce que la première consonne n'est pas un saltillo 212.

   

 212 M.Launey, 1979, p. 63.

 

941

La lecture des deux derniers glyphes pourrait être cuatziuhtzin, mais c'est très aléatoire, d'une part parce que l'élément ornement(04) est mal défini (infra p. 738), d'autre part parce qu'il est possible que placé en position « anatomique » sur la tête du personnage la lecture soit modifiée !

   
 



01.02.07 cuexpalli : mèche de cheveux

Cet élément apparaît deux fois dans des anthroponymes personnels 213.

   

 213 X.040.G.27Cuexpalatl, X.040.H.29Cuexpalatl

 

943

Là encore on a une synecdoque du tout pour la partie, le tout étant la tête et la partie l'arrière de la tête et, plus précisément, les cheveux qui sont sur l'occiput. Comme avec l'élément cuaitl (supra p. 232) on observe l'application du principe universel de la paresse qui veut que l'on ne dessine que ce qui est indispensable. Suivant ce principe, la tête est empruntée à celle du personnage et l'élément atl : « eau » est seulement accolé à l'endroit qui doit être lu. La position relative des éléments sert pour l'un de déterminatif.

   
944

Sur la foi d'une citation d'Alva Ixtlilxochitl ces deux glyphes, qui se rapportent à la même personne, ont été lus Cuexpalatl, expression composée de cuexpal-atl, de cuexpalli : « cheveux longs qu'on laissait aux enfants sur la nuque quand on les tondait » 214. Cette expression ne correspond pas exactement à l'élément et il est possible que la lecture soit cuexcochatl. Cette expression se décompose en cuexcochtli : « nuque » et atl : « eau ». Un tel élément figure dans un glyphe de la Matrícula de Huexotzinco et, là, la coiffure est la même que celle rencontrée dans le Xolotl 215.

   

 214 Molina: cuexpalli: « cabello largo que dexan a los muchachos en el cogote, quando los tresquilan ».

 

 215 MH, f. 623v: cuexcoch.

 

945

 Valeur phonique : cuexpal ou cuexcoch ?

   
946

Comme dans tous les cas de synecdoque du tout pour la partie, la lecture débute par cet élément et la partie qui doit être lue est indiquée par le point de contact des deux éléments.

   
947


   
 

01.02.08  ixcuaitl : front

Cet élément est utilisé dans un seul anthroponyme personnel 216.

   

 216 X.012.D.44Cuauhtlix ou ixcuacuauhtzin

 

949

On a là encore un cas où le tout est utilisé pour la partie avec économie de l'écriture par la mise à profit de la tête du personnage désigné. A partir des autres cas de synecdoques dans lesquels le point de contact des éléments indique la partie qui doit être lue, le point de contact étant le front, cet élément est désigné, hypothétiquement, ixcuaitl : « front ».

   
950

Cette désignation est cependant problématique car, en application du principe selon lequel quand un glyphe présente une synecdoque la lecture commence par l'élément qui en est affecté, on devrait lire ixcuacuauhtzin. Aucune citation n'a pu être rattachée mais le même personnage figure sur la planche X.010, avec un glyphe sensiblement différent puisqu'il comporte les éléments cuauhtli : « aigle » et Ixtli : « oeil » 217. A ce glyphe correspondent quatre citations : Cuauhtlix, coçauhtli Cozauhtli et Catohlix. La première, étrange dans sa construction, est d'Alva Ixtlilxochitl, elle se décompose soit en cuauh-tl-ix, de cuauhtli : « aigle », tl : « ? » et Ixtli : « oeil », soit en cuauhtli-x, de cuauhtli : « aigle » et x : « ? ». Les deux suivantes sont respectivement de Torquemada et du Manuscrit 254 de la Bibliothèque Nationale ; elles se décomposent en cozauh-tli, substantif verbal formé sur le verbe cozahuia : « devenir jaune ». Ces expressions n'ont aucun rapport avec les glyphes étudiés. La dernière est de C. Dibble, il la fait dériver de tlohtli : « faucon » 218 ; cette hypothèse ne peut être retenue car l'élément plume(01) qui donne la lecture tlohtli (infra p. 367) est absent dans les deux glyphes.

   

 218 C. Dibble, 1980, index p. 150

 

951

Dans l'ignorance une double lecture est proposée pour le glyphe X.012.D.44 et une troisième le sera pour le glyphe X.010.I.20.

   
952

 Valeur phonique : ix ou ixqua

   
953

La première valeur correspondrait au radical de Ixtli : « oeil, face » et l'autre, au radical de l'élément.

   
954


   
 

01.02.09 cuacocolochtic : cheveux frisés

Cet élément est utilisé dans deux anthroponymes personnels et un toponyme 219.

   

 219 X.090.B.17Cuacocolochtzin, X.050.B.31Cuacocolochtzin, X.060.E.33Huehuecuauhtitlan

 

956

Il peut être indépendant ou bien être une des composantes d'une tête d'homme. Dans le premier cas, seule la forme générale de la chevelure, avec les mèches qui se redressent (trait caractéristique de cet élément) est figurée 220. Dans le second, les cheveux sont suggérés par des hachures.

   

 220 On trouve des figurations semblables, mais là en tant que composantes de têtes d'hommes, dans plusieurs glyphes du Codex Mendoza: f. 13', 42 et 47 pour Huehuetlan et f. 13 et 38 pour Xolochiuhyan.

 

957

La désignation est très hasardeuse : elle est fondée, d'une part, sur les caractéristiques graphiques de l'élément et, d'autre part, sur deux citations que fournit Alva Ixtlilxochitl à propos du premier glyphe : cohuacoz (cohua-coz, de cohuatl : « serpent » et coztli : « jaune ») et cuacoxo (cua-coxo, de cuaitl : « tête » et coxoa : « éternuer » 221 ). Ces citations sont bien vagues et ne donnent, pour la seconde, que les deux premières syllabes, cuaco, de la désignation retenue.

   

 221 J. Campbell, 1985, p. 82 : « to sneeze »

 

958

 Valeurs phoniques : cuacocoloch , et (huehue)

   
959

La valeur huehue de huehue : « vieux » est donnée par l'association avec l'élément Xolochauhqui : « plissé, ridé » (infra p. 241). Avec le toponyme X.060.E.33 Huehuecuauhtitlan, on a un cas d'utilisation du tout pour deux parties (les cheveux bouclés et les rides, apanage des anciens) dont la somme donne une nouvelle valeur : huehue.

   
960


   
 

01.02.10  xolochauhqui : ridé, plissé

Cet élément est utilisé six fois, dans trois anthroponymes personnels, deux toponymes et un glyphe de type varia 222. Ce qui le caractérise, ce sont les doubles petits traits tracés au niveau du front et de la joue. Les rides n'ont pas d'existence indépendante et sont intégrées dans un visage d'homme ou de femme.

   

 222   X.100.B.52Ilamatzin, X.070.D.16Ilamatzin, X.050.A.10...chichi..., X.040.E.27Huehuecuauhtitlan, X.060.E.33Huehuecuauhtitlan, X.080.H.36huehue tlacatecatl

 

962

La désignation de cet élément par le mot Xolochauhqui : « plissé, ridé » a été inspirée par le Codex Mendoza qui présente, réunies dans un même glyphe, la double signification de plissé et de ridé 223.

   

 223 Codex Mendoza, glyphes de Xolochiuhyan f. 13 et 38

 

963

 Valeurs phoniques : (huehue), (ilama)

   
964

La valeur huehue est donnée quand les rides sont associées à une tête masculine, que ses cheveux soient « bouclés », c'est à dire accordés avec les rides, ou quelle que soit leur forme. La valeur ilama est retenue quand les rides sont associées avec une tête féminine. Faute de données, cette valeur a dû être recherchée à l'extérieur du Codex, dans la Matrícula de Huexotzinco. Dans ce document toutes les fois où la valeur ilama apparaît dans les annotations des glyphes, on trouve une tête de femme comportant des rides 224. L'association de ces deux élément, dans un contexte toponymique, peut aussi semble-t-il avoir la valeur nantli : « mère », comme l'indique un exemple du Codex Mendoza 225.

   

 224 MH f. 526r, 550v, 796v, 837r, 856r, 860r, 902r et 906v

 

 225 f. 21' : Tonanytla

 

965


   
 

01.02.11  cihuatl : femme

Cet élément est utilisé quinze fois, dans treize anthroponymes personnels, un anthroponyme de fonction et un toponyme 226.

   

 226 X.070.A.38Cihuacuecuenotzin, X.070.A.55Cihuacuecuenotzin, X.070.A.32Cihuacuecuenotzin, X.070.A.63Cihuacuecuenotzin, X.070.E.05Cihuacuecuenotzin mi...., X.070.G.32Cihuacuecuenotzin mi..., X.060.B.30Cihuacuecuenotzin, X.090.K.12, X.090.L.07, X.070.D.16Ilamatzin, X.050.A.10...chichi..., X.100.B.52Ilamatzin, 101.H.01 : Cihuacuecuenotzin, 101.L.25 : cihuacohuatl, X.010.B.17Tonan ou Cihuatepec altepetl

 

967

Cet élément est figuré par une tête de femme. Le trait distinctif est la coiffure dont les cheveux longs sont ramenés sur les deux côtés de la tête en formant au-dessus du front une ou deux « cornes ». Deux variantes ont été distinguées dans cette disposition : dans le premier cas les deux extrémités des cheveux se dressent en sens inverse, tandis que dans le second elles sont parallèles. Il s'agit là de la coiffure traditionnelle des femmes, dont on rencontre de multiples exemples, généralement proches de la seconde variante, dans d'autre Codex. On a là un exemple de l'utilisation du tout, la tête, pour la partie, la coiffure.

   
968

Le seul glyphe comportant des couleurs montre des cheveux gris et un visage brun, c'est à dire les mêmes couleurs que celles qui sont utilisés sur le reste de la planche pour tous les personnages féminins 227.

   
969

Tous ces éléments sont orientés comme leurs contextes.

   
970

 Valeur phonique : cihua , (ilama), ? nan

   
971

La première valeur est donnée par plusieurs citations concordantes, la seconde 228 vient de l'association de cet élément avec l'élément Xolochauqui : « ridé, plissé » (supra p. 241) tandis que la troisième 229 , douteuse, est suggérée par une citation d'Alva Ixtlilxochitl et un glyphe du Codex Mendoza. La citation est Atonan (a-to-nan, de atl : « eau », to : « préfixe possessif de la première personne du pluriel » et nantli : « mère ») tandis que le glyphe du Mendoza est composé d'un élément tepetl avec, dans la même position que dans le Xolotl, une tête de femme ridée, la bouche entre-ouverte laissant apercevoir quelques dents 230.

   

 230 Codex Mendoza, f. 21': tonanytla

 

972


   
 

01.02.12  temillotl : partie de coiffure

Cet élément apparaît une fois dans un glyphe de type varia 231.

   

 231 X.080.H.36huehue tlacatecatl

 

974

C'est la mèche de cheveux nouée qui se dresse sur la tête qui en constitue le trait distinctif. Le mot temillotl, qui ne figure sous cette forme, ni dans les textes 232 , ni dans les dictionnaires, est repris d'une étude de V. Piho sur les coiffures et la hiérarchie militaire : « Cette coiffure levée et nouée sur le sommet apparaît portée par le dieu Yacatecuhtli dans le Codex Matritense du Palais Royal où la description en nahuatl définit cette forme de coiffure comme temillotl. Ce terme signifie en nahuatl 'colonne ronde en pierre', signification à laquelle ressemble la forme levée de la coiffure » 233. En fait « colonne ronde de pierre » se dit en nahuatl temimilli et la relation unissant linguistiquement les deux termes est moins claire que le parallélisme de leurs significations.

   

 232 Dans le texte des Codex Matritenses, à propos du dieu Yacatecuhtli,  publié par Seler (19, p. 202) il est sous la forme possédée: itemillo et ytemilo dans le CF,I,19,44.

 

 233 V. Piho, 1972, p. 278: « Este peinado levantado y anudado sobre el vértice aparece ser llevado por el dios Yacatecutli en el Códice Matritense de Real Palacio, donde la descripción en náhuatl define esa forma de cabellos como temillotl. Este termino significa en náhuatl 'columna redonda de piedra' a la que se asemeja la forma levantado del cabello. »

 

975

Cette désignation est confirmée par plusieurs glyphes de la Matrícula de Huexotzinco qui présentent l'élément temillotl sous la forme d'une mèche de cheveux nouée, soit à part, soit placée sur la tête d'un glyphe tlacatl 234.

   

 234 MH: f. 817v ou 513v, 518r, 712v et 816v

 

976

 Valeur phonique : (tlacatecatl) ou (tecatl)

   
977

Cette valeur n'est pas propre à cet élément mais résulte de son assemblage avec l'élément tlalpilli : « noeud » (infra p. 767) et avec l'élément tlacatl : « homme » (supra p. 210).

   
978

Ces valeurs sont mentionnées par J. Galarza à propos de la première page du Codex Mendoza et des coiffures des personnages : « la coiffure avec la mèche haute et le noeud rouge qui enserre les cheveux transcrivent le mot de la dignité guerrière : tlacatecatl » 235. Bien que l'auteur ne l'indique pas, cette lecture s'appuie sans doute sur le fait que le Codex Mendoza offre un glyphe semblable à celui étudié (à un ornement d'oreille et aux couleurs près) qui est annoté tlacatecatl 236. Cette lecture peut être corroborée par un passage du Codex Florentino traitant des souverains des principales citées de la vallée de Mexico et plus particulièrement de Tlatelolco. Dans la liste des seigneurs se rapportant à cette cité se trouvent un glyphe semblable (aux couleurs près) à celui étudié transcrivant le nom du souverain et le texte alphabétique nahuatl lui correspondant mentionne le nom de tlacatecatl 237.

   

 235 J. Galarza, 1983a, p. 51

 

 236 Codex Mendoza f. 18

 

 237 CF,VIII,2,8 et vignette No 25 (f.6v).

Sur l'édition en facsimile la relation glyphe/ texte nahuatl est parfaitement claire. Ce point doit être signalé car parmi les souverains de Tlatelolco l'un d'eux porte le nom de temilo...

 

979

Pour J. Galarza la tête à la coiffure masculine transcrivant tlaca, la mèche de cheveux nouée, a la valeur tecatl 238.

   

 238 J. Galarza, 1983a, p. 56

 

980


   
 

01.02.13  nacaztli : oreille

Cet élément est utilisé une seule fois dans un anthroponyme personnel 239.

   

 239 X.010.E.15Nacazxoc

 

982

Il s'agît d'une oreille humaine, droite. Sa couleur, bis, comme la peau de tous les personnages masculins de la planche X.010, marque que, comme tous les éléments humains non-spécifiques, c'est à dire dont le référent peut aussi bien être un homme ou une femme, cette oreille est celle d'un homme.

   
983

Elle est orientée vers la droite comme son contexte.

   
984

 Valeur phonique : nacaz

   
985

C'est la valeur du radical de l'élément.

   
986


   
 

01.02.14  peinture (faciale)

Cet élément a été relevé quatre fois dans trois anthroponymes personnels et un anthroponyme locatif 240. Ces glyphes présentent des têtes masculines dont le trait distinctif est une ligne traversant le visage. Deux variantes sont distinguées : dans un cas la ligne noire est verticale, passant de chaque côté de l'oil, dans l'autre, la ligne est horizontale partant de la base du nez.

   

 240 X.020.E.02, X.011.B.05, X.020.E.01Zacatitechcochialtepetl tlacamecayotl, 101.C.01 : Nonohualcatzin

 

988

La désignation par « peinture », pour peinture faciale, a été adoptée faute d'avoir trouvé un substantif nahuatl correspondant 241.

   

 241 Le seul terme trouvé est neichichiualli ou neichichiualoni: « afeite de cara al modo antiguo », formé sur le verbe ichiua, nin: « afeitarse o embixarse al modo antiguo « . Ce terme s'applique spécifiquement aux hommes puisque dans la première partie de son dictionnaire Molina donne: « afeitarse los hombres al modo antiguo: nin, ichichiua tandis que pour les femmes on emploie le verbe nino, xaua. Cette distinction n'est cependant pas très sure car un glyphe de la Matrícula de Huexotzinco annoté texauhqui (te-xauhqui, de te: « préfixe indéfinie de personne » et xauhqui: « orné suivant la mode antique ») présente une tête d'homme.

On retrouve ce verbe ichua dans les expressions utilisés dans le texte du Codex Matritense décrivant les ornements des dieux.  Ainsi à propos de la peinture faciale du dieu Paynal il est dit: mixquauhcalichiuhticac, « il a sur le visage un dessin en forme de barres ou de grillage qui est son masque » (E.Seler, 19??, p. 175)

 

989

Ces éléments sont tous orientés comme leurs contextes.

   
990

 Valeur phonique : ?

   
991

C. Dibble propose la lecture Xipetecuhtli pour le glyphe X.020.E.02. Sans doute son choix fut-il motivé par les figurations de Xipe-Totec, des Codex Matritenses et Florentino, qui comportent une peinture faciale passant de chaque côté de l'oil. Mais cette peinture n'est pas une simple ligne comme ici, elle est large et inclut un motif en chevron. Elle est désignée : mizçolnechiuale : « sur le visage il a une peinture représentant une caille », dans le premier document 242 et mizcolnechimale : « il avait la peinture de caille sur le visage » sur le second 243.

   

 242 E. Seler, 19??, p. 214

 

 243 CF,I,18,44 :  « he had the quail-painting on his face »

 

992

La Matrícula de Huexotzinco offre un assez grand nombre de glyphes présentant une peinture faciale, mais, dans tous les cas, il y a plusieurs lignes à la fois verticales et horizontales 244.

   

 244 Dans ce Codex ces peintures faciales servent à transcrire trois mots: Chichimecatl (f. 490r,597r,695r,721r, 728v, 730r, 735v, 764v et 855v), otomi (560r, 572r et 577v) et tetzauitl (792r, 795r, 797v). Les deux premiers désignent des populations du même nom tandis que le dernier signifie « épouvante ».

On trouve dans les vignettes du livre XII du Codex Florentino plusieurs exemples de guerriers otomi dont les visages ont les mêmes peintures faciales que dans la Matrícula de Huexotzinco (V. Piho, 197?, p. 280). J. Soustelle avait déjà noté que « les guerriers otomis se peignaient le visage d'une manière caractéristiques: une bande verticale et une bande horizontale se croisant au-dessous de l'oeil, comme le montre le hiéroglyphe d' Otompan » (du Codex Mendoza) 1937, p. 517 et 519.

 

993

La lecture du glyphe 101.C.01 est reprise d'une citation d'Alva Ixtlilxochitl, ignorant la valeur de la peinture tout comme celle de l'ornement de tête il n'est pas possible de savoir ce qui donne cette lecture et si elle est complète.

   
994


   
 

01.02.15  ixtelolotli : oil

Cet élément est utilisé dans quarante-deux glyphes. Dix-sept anthroponymes personnels, deux toponymes, deux glyphes agrandis, cinq glyphes de compte et seize glyphes de type varia 245.

   

 245 X.010.B.18tlachia, X.010.B.21tlachia, X.010.D.19tlachia, X.010.D.22tlachia, X.010.F.08tlachia, X.010.F.18tlachia, X.010.F.20tlachia, X.090.G.16tlachia, X.050.A.32Ixtlilxochitl, X.050.A.51Ixtlilxochitl, X.060.B.37Ixtlilxochitl, X.060.G.02Ixtlilxochitl, X.070.A.05Ixtlilxochitl, X.070.A.15Ixtlilxochitl, X.070.A.23Ixtlilxochitl, X.070.B.34Ixtlilxochitl, X.070.C.46Ixtlilxochitl, 101.H.06 : Ixtlilxochitl, X.070.G.25Ixtlilxochitl mi..., X.090.J.10ce olin, X.100.B.12ce olin, X.100.E.07ce olin, X.070.A.01 :  matlactlice olin, X.080.F.13nahui olin, X.070.D.15Ixcontzin, X.070.D.35Ixcontzin, 101.F.01 : , X.011.B.08Ixococo ou ixconococ, 101.M.13 : ixtlahuacan outlalli ixco, X.030.C.57, X.011.A.09+12 : ? ixpan, X.020.B.14+17 : , X.090.A.49Ixcuauholtzin, X.090.A.02 :  ixtlohtzin, X.010.B.04tlachia, X.010.B.16tlachia, X.010.B.25tlachia, X.010.B.27tlachia, X.010.B.31tlachia, X.010.F.01tlachia, X.010.F.03tlachia, X.010.I.20Cuauhtlix

 

996

L'oil est figuré de face, d'une façon très stylisée. On distingue l'iris avec, en son centre, la pupille ; une ligne, correspondant au bas de la paupière, passe juste au-dessus de cette dernière. Sur les planches colorées la paupière est toujours rouge, sauf sur la planche 011 où ces éléments sont laissés sans couleur. Cette couleur des paupières s'explique peut-être par le fait que ce ne serait pas la face externe de la paupière mais sa face interne qui serait figurée. Cette dernière se nomme en effet ixquempalli (ix-quem-palli, de Ixtli : « oeil », quemitl : « couverture » et palli : « couleur ») qui littéralement signifie « la couleur de la couverture de l'oil » 246. Le mot palli, est formé, comme tlapalli, sur le verbe pa, nitla : « teindre ». Le mot tlapalli peut désigner l'ensemble des couleurs mais aussi l'une d'elles, le rouge. Dans le cas de la paupière il est bien possible que la couleur rouge soit utilisée pour transcrire les syllabes finales palli de son nom ixquempalli. 247

   

 246 A. Lopez Austin (1980, II,165)  rend cette expression par « la superficie húmeda que cubre el ojo » en faisant, sans doute, dériver la terminaison palli de palti: « se mouiller ». Quant à J. Campbell (1985, p.237) il décompose ce mot en « Ixtli-quemitl-pal » en donnant le sens de « avec » à la terminaison pal.

 

 247 Un exemple allant dans ce sens se trouve dans la Mapa de Tepecuacuilco.  Selon l'auteur d'un article sur ce document un des toponymes est annoté « xochipala » et le glyphe est composé d'un élément xochitl: « fleur » dont le centre est de couleur rouge (A. Ramírez Celestino, 198?, p.326-27). Dans ce cas la syllabe pal (xochi-pal-a, de xochitl: « fleur », palli: « couleur » et (tl)a: « suffixe locatif marquant l'abondance ») est donc transcrite par la couleur rouge.

 

997

Deux variantes de cet élément ont été distinguées : dans la première, la paupière est horizontale alors que, dans l'autre, elle est figurée verticalement. Dans ce second cas, l'élément n'a plus d'axe vertical de symétrie et il est orienté en fonction de son contexte. Le choix entre les deux variantes semble lié au rapport que les éléments entretiennent avec des personnages.

   
998

Cet élément est désigné par le mot ixtelolotli, et non pas par Ixtli, terme plus courant. En fait, il existe quatre expressions pour désigner cette partie du corps : ixtelolotli, ixtololotli, Ixtli et tezcatl 248. Le choix se réduit à deux puisque les deux premiers ne sont que des variantes et que le dernier est une appellation métaphorique. Deux raisons ont fait choisir ixtelolotli : il est plus précis (ce mot ne sert qu'à désigner l'oil), tandis que Ixtli a plusieurs acceptions : « face, visage, bouton de roseau, bouton de mire, surface ». Par ailleurs, le mot ixtelolotli (ix-te-ololo-tli, de Ixtli : « face », Tetl : « pierre », ololoa : « former en boule », tli : « suffixe de substantif verbal ») comporte dans sa composition le verbe ololoa qui signifie « former en boule » et dont la connotation circulaire peut être mise en parallèle avec la figuration parfaitement ronde de l'élément. 249

   

 248 A. Lopez Austin, 1980, I p.104

 

 249 On retrouve ce terme ixtelolotli dans une annotation du Codex Azoyú 1 d'un glyphe toponymique présentant un même élément: « citali yixtelolo 'su ojo de la estrella' » (K. Dakin Anderson, 198?, p. 316 et C. Vega Sosa, 198?, p. 297 fig.1)

 

999

 Valeurs phoniques : ix , tlachia, ? itta

   
1000

La première valeur correspond à la première syllabe de l'élément ; c'est celle que l'on trouve dans les anthroponymes et les toponymes. Tous les glyphes lus avec une certaine certitude donnent des expressions dans lesquelles la syllabe ix se trouve en position initiale, un seul cas échappe à cette constatation : X.010.I.20. Ce glyphe présente deux caractéristiques qui le distingue de tous les autres : c'est le seul glyphe composite comprenant un élément ixtelolotli en position verticale ; c'est le seul élément qui, dans un glyphe, n'est pas associé aux autres éléments par contact. En fait, cette position particulière de l'élément le rapproche beaucoup de l'élément utilisé seul (en rapport avec un personnage) avec la valeur tlachia.

   
1001

La comparaison des glyphes Ixtlilxochitl et Ixcontzin montre bien que, pour un même ordre linguistique (ix + ...), on a deux ordres graphiques opposés. Les premiers glyphes se lisent en allant du bas vers le haut, tandis que les seconds se lisent en sens inverse.

   
1002

La deuxième valeur, tlachia, de tlachia, ni : « regarder, observer », a été retenue pour les éléments seuls, de type varia. Ces éléments, dans bien des cas, auraient pu être considérés comme des extensions des personnages. C'est, d'ailleurs, quand il y a une relation claire avec un personnage que l'élément prend une position verticale. La valeur tlachia est reprise des annotations de la planche X.010. C'est le verbe qui apparaît le plus souvent (avec aussi quelques exemples du verbe itta : « regarder, découvrir »), ce qui explique sa présence parmi les valeurs.

   
1003

Cette double valeur, tlachia et ix, est attestée par la Matrícula de Huexotzinco 250.

   

 250 La Matrícula de Huexotzinco offre de nombreux exemples de glyphes comportant l'élément ixtelolotli avec la valeur ix (H. Prem, 1973, p. 570-71) et deux exemples avec la valeur tlachia (f. 716r et 790r). La valeur itta est mentionnée par Prem (p. 685) mais les exemples correspondants sont très douteux.

 

1004

L'élément ixtelolotli n'est pas pris en compte dans la lecture des glyphes olin 251. Si l'on se réfère à une étude récente faite à propos de ce glyphe, on s'aperçoit que, dans le meilleure des cas, cet élément est mentionnée mais qu'il n'est absolument pas considéré dans les diverses interprétations données 252.

   

 252 U. Köhler, p. 113

 

1005


   
 

01.02.16  ixayoquiza : pleurer

Cet élément n'est visible qu'une seule fois dans un anthroponyme personnel 253.

   

 253 X.070.D.02 :   . D'après la copie de Léon y Gama on le trouverait aussi en X.100.A.01

 

1007

Son trait distinctif est la larme qui sort de l'oil. Le choix de la désignation, ixayoquiza (ix-ayo-quiza, de Ixtli : « oeil », ayotl : « liquide », quiza : « sortir ») tient à ce que cet élément exprime chacune des parties de l'expression.

   
1008

 Valeur phonique : ?

   
1009

C. Dibble propose la lecture Xayacamachantzin pour le glyphe. Cette expression se décompose en xayaca-machan-tzin, de xayacatl : « visage », machana : « entremêler » et tzin : « suffixe révérenciel ». Comme il n'y a pas là de rapport avec le trait distinctif de cet élément, cette lecture n'a pas été reprise.

   
1010

La Matrícula de Huexotzinco fournit des exemples de la pluralité de valeurs de cet élément : choca, de choca : « pleurer », icno de icnotl : « malheureux », temocihui de temocihuiliztli : « peine », moteopouh de teopoa, nino : « se chagriner » et ixayo de ixayotl : « larme » 254.

   

 254 On trouve des exemples de chacune des ces valeurs aux folios 638r, 638r, 896r, 750r et 678v de la Matrícula de Huexotzinco.

 

1011


   
 

01.02.17  yacatl : nez

Cet élément est utilisé seize fois, dans six anthroponymes semblables, neufs toponymes et un glyphe agrandi 255.

   

 255 X.020.B.02Tepeyacac altepetl, X.050.C.02+ : Tepeyacac altepetl, X.060.B.05Tepeyacac altepetl, X.010.B.15Cuauhyacac tepetl, X.020.A.12Cuauhyacac tepetl, X.070.A.30Cuauhyacac tepetl, X.080.A.34Cuauhyacacaltepetl tepeticpac, X.040.C.46Teyacac, X.050.D.36Teyacac, X.020.A.18Yacanex, X.030.A.28Yacanex, X.030.C.18Yacanex, X.030.E.04Yacanex, X.030.H.12Yacanex, X.040.E.05Yacanex, X.011.B.11Yacazayollan

 

1013

Le nez est toujours figuré de profil mais avec deux variantes : soit le nez seul est représenté, soit il est une des composantes d'un visage masculin. Dans le premier cas, il n'est cependant pas figuré de façon indépendante puisqu'il s'intègre à l'extérieur, soit d'un élément tepetl : montagne, soit d'un élément Tetl : pierre. L'intégration dans l'élément tepetl : « montagne » se fait le plus souvent à mi-hauteur ; il y a cependant deux cas 256 où elle se fait à la base même de la montagne, rendant incertaine l'identification de l'élément. Avec l'élément Tetl : « pierre », l'intégration se fait dans le bas de l'élément. Dans ces cas, le nez est seulement figuré par la ligne, il n'a pas de surface car, quand le glyphe est coloré 257 , le vert remplit tout l'intérieur de l'élément tepetl : « montagne », sans réserver un espace pour la couleur spécifique du nez. Cette caractéristique marque sans doute le caractère figuratif des glyphes toponymiques, qui représentent vraisemblablement une montagne ayant un de ses versants présentant une sorte de nez humain. On aurait là un exemple de la fonction représentative des glyphes qui s'exerce concurremment avec la fonction phonétique. Cependant l'aspect figuratif des glyphes se heurte au fait que les quatre glyphes lus Cuauhyacac sont assez différents les uns des autres 258.

   
1014

Dans les cas où le nez fait partie de ce tout qu'est le visage, le trait distinctif de l'élément est mis en évidence par la composition du glyphe. Le deuxième élément est mis au contact et, parfois, se superpose en partie au nez, le désignant ainsi comme la partie du visage devant être lue.

   
1015

Ces éléments sont orientés comme leurs contextes, à l'exception de deux toponymes pour lesquels aucune explication ne peut être fournie 259.

   
1016

 Valeur phonique : yaca

   
1017

C'est la valeur du radical de l'élément. Dans les expressions, yaca peut être en position initiale ou finale.

   
1018

Quand yaca est exprimé par la variante du tout pour la partie, la lecture commence par la partie désignée par la position de l'autre élément associé, ici les éléments nextli : « cendre » ou zayolin : « mouche ».

   
1019

Quand l'élément est en intégration externe, la lecture commence par l'élément intégrant, ici tepetl : « montagne » ou Tetl : « pierre », et se poursuit par l'élément intégré, yacatl : « nez ».

   
1020

Quand un troisième élément, ici cuahuitl : « arbre », est au contact de l'élément yacatl intégré, alors, contrairement aux cas de la synecdoque du tout pour la partie, la lecture débute par l'élément au contact de l'élément intégré, puis se poursuit par ce dernier.

   
1021


   
 

01.02.18  tentli : lèvres, bouche, bord

Cet élément est utilisé soixante-dix-huit fois, dans trente-sept anthroponymes personnels, neuf anthroponymes collectifs, cinq anthroponymes locatifs, quatorze toponymes, deux glyphes agrandis et onze de type varia 260.

   

 260 X.030.A.30, X.090.G.15tenco, X.070.E.25 :  chicnauhteca(tl) ten...., 101.H.02+03 :  Tlalnepantlatenco, X.010.E.08Tolteca(tl), X.010.E.16Tolteca(tl), X.010.I.02Tolteca(tl), X.010.I.33Tolteca(tl), X.011.A.23Tolteca(tl), X.011.B.18Tolteca(tl), X.011.C.09Tolteca(tl), X.012.D.79Tolteca(tl), X.020.C.01Tolteca(tl), X.010.B.02Tolteca(tl), X.010.F.26Tolteca(tl), X.080.G.23Tolteca(tl), X.080.A.11Tolteca(tl), X.020.G.21 :  Tolteca(tl)maxalihui, X.010.H.07Toltecatlalli, X.010.B.29+30 :  Toltecateopanzaca..., X.050.E.08Teyolcocohuatzin, X.060.E.12Teyolcocoatzin, X.070.E.03Teyolcocoatzin, X.090.J.11Teyolcocoatzin, X.090.M.01Teyolcocoatzin, X.020.A.30, X.030.E.31, X.011.C.05, X.040.B.24Itenpantzin, X.050.H.23tepan, X.012.A.27, 101.F.11 : cuicacalli tepan, X.030.D.42Chalco atenco, X.020.D.83Chalco atenco, X.030.B.19+24 : Huexotla atenco oztoc, X.040.B.28+29 : Huexotla atenco oztoc, X.010.G.17Xiyotzontecua, X.010.G.19Xiyotecua, X.020.A.25Xiyotzontecuaaltepetl tlacamecayotl, X.050.G.45Tetzihuactzin, X.050.G.82Tetzihuactzin, X.030.C.53Tlaltepantzin, X.012.A.21Tlaltepantzin, X.050.D.01Xiuhtlatoatzin, X.030.D.05Xiuhtlatoatzin, X.030.D.32, X.012.A.17, X.010.F.29Itzcuintecua, X.020.A.23Itzcuintecuaaltepetl tlacamecayotl, X.080.I.17caltenco, X.080.L.07 :  Tlatelolcocaltenco, X.030.C.58Tlatepan, X.100.D.34Tlatepan, X.060.G.32 :  ...tlatoa, X.050.B.51Tetlatoatzin, X.060.A.24Tetzauhtlatoatzin, X.030.C.12Cuauhtlitentzin, X.090.B.34Teixpantzin, 101.L.02 : Tentzontzin, X.010.F.31Tepotzotecua, X.020.E.30Atencatzin, 101.L.13 : , X.020.C.24Tlaltepantzin, X.060.D.25Tetepec, X.050.H.22Huihuaxte... altepetl, X.020.A.34tlato...altepetl tlacamecayotl, X.011.A.19+20 : Tepexocmaco ..., X.090.B.52xomeitic otenco, X.080.K.31, X.050.A.10...chichi..., X.050.C.34Cuatotoltzin, X.100.B.37Cuateotzin, X.040.G.12Atenco ou atlatenco, X.090.I.21Atenco ou atlatenco, X.020.C.32Yohualtzatzitzin, X.030.D.31Yohualtzatzitzin, X.040.C.22Yohualtzatzitzin, X.040.C.28Yohualtzatzitzin

 

1023

Cet élément figure une partie, délimitée artificiellement, du bas d'un visage humain, vu de profil. Il débute sous le nez et se termine au cou, montrant la bouche, le menton et une partie de la joue. Comme tous les éléments humains dont le référent pourrait être aussi bien un homme qu'une femme, ces éléments sont marqués, par leur couleur, qui est la même que celle de la peau des personnages, comme étant masculins 261.

   

 261 Vingt-huit des éléments sont colorés, en bis sur les planches X.010 et X.020 et en brun sur les planches X.011 et X.012. Deux éléments, en X.012.D.79 et X.020.C.24 ont été laissés sans couleur.

 

1024

Cet élément présente deux autres variantes : l'une montre un développement de la partie latérale de la face tandis que l'autre se caractérise par la bouche qui est ouverte.

   
1025

Cet élément est dans soixante et onze cas, orienté comme son contexte ; seuls cinq glyphes présentent des cas contraires 262.

   
1026

 Valeurs phoniques : ten , te, (cua), (tzatzi), (chichi), (tlatoa)

   
1027

Les valeurs propres de l'élément correspondent au radical de l'élément tandis que les autres sont obtenues par l'association de celui-ci avec d'autres. Ils peuvent être intégrés, comme pour cua : « manger » où la bouche est ouverte, ou bien tzatzi : »crier » où l'on a le bouche ouverte plus l'élément tlatoa : « parler », ou bien extérieur comme pour nahua et tlatoa : « parler ».

   
1028

Les caractères utilisé pour écrire ce texte ne marque pas la différence qui existe en nahuatl entre les sons longs et les autres. Ainsi la valeur te de tentli pourrait-elle être confondue avec la valeur te de l'élément Tetl : « pierre ». En fait dans le premier cas la voyelle est longue tandis que dans le second elle est courte (infra p. 606) 263

   

 263  J.R. Andrews, 1975, p. 474  /M. Launey, 1979, p. 147 / F. Kartunnen, 1983, p. 226 /  J. Bierhorst, 1985, p. 306 

 

1029

Cette valeur te est en particulier celle qui se trouve dans les glyphes lus Toltecat(tl). Normalement dans les anthroponymes locatifs le suffixe teca(tl) n'est pas exprimé graphiquement, comme si le personnage suffisait à le faire. Il est en tout cas probable que la syllabe te de tecatl n'avait pas besoin d'être exprimée puisqu'elle est incluse dans chaque personnage. Cependant les glyphes Tolteca(tl) font exception ; dans certains cas, il est vrai, cela peut s'expliquer par le fait qu'ils ne sont pas directement liés à un personnage. Il y a cependant quelques cas où ils sont liés à la coiffure du personnage exactement comme un anthroponyme locatif. Ce fait indique vraisemblablement qu'il ne s'agît pas là d'un anthroponyme locatif mais de ce que l'on a appelé un anthroponyme collectif. Ce dernier ne signifie pas que les gens qui en sont qualifiés sont des gens provenant de la ville de Tollan, mais que ce sont des toltèques c'est à dire des personnes qui ont toutes les qualités qui étaient traditionnellement attribuées par les aztèques à ces populations qui les avaient précédées. Ceci vient peut-être du fait que les toltèques n'étaient pas originaires de Tollan mais de Tollantzinco, puis de xicocotitlan. Le Codex Florentino dit, en effet, qu'après avoir habité à Tollantzinco « ils allèrent pour habiter -et ils habitèrent- au bord d'une rivière, à Xicocotitlan, qui maintenant s'appelle Tula » 264. Alors que normalement l'anthroponyme locatif dérive du nom de lieu, il semble que, dans ce cas, ce soit l'inverse et que leur ville ait été nommée a posteriori à partir de leur appellation Tolteca(tl).

   

 264 M. Launey, 1980, p. 212-13

 

1030


   
 

01.02.19  tlantli : dent

Cet élément est utilisé dans quatre-vingt-quatorze glyphes, dont vingt-trois anthroponymes personnels, quatre anthroponymes locatifs, quarante-six toponymes, un glyphe agrandi, trois glyphes de compte et dix-sept du type varia 265.

   

 265 X.030.I.05+ : Ilancueitl, X.030.F.13Ilancueitl, X.030.F.16Xiuhtlatonac, X.050.H.57Chalchiuhtlatonac, X.012.A.31Itzmitl tlacoxinqui, X.050.B.17Huexotlatemo..., X.050.H.48, X.050.F.39, X.090.G.03Chiauhtla, X.011.D.13+14 : , X.080.H.33, X.090.F.33, X.070.H.01+03 : , X.060.F.14 :  IeixtlaAcamitl, X.010.I.12 :  ...tla..., X.030.A.30+ :  ...tla..., X.030.H.15 :  ...tla..., X.090.D.17Tlatolnahuacatzin, X.090.E.15Tlatolnahuacatzin, X.090.F.17Tlatolnahuacatzin, X.090.F.22Tlatolnahuacatzin, X.100.D.01Tlatolnahuacatzin, X.100.D.05Tlatolnahuacatzin, X.080.B.05tlatelolca(tl), X.080.H.52tlatelolca(tl), X.080.C.17Tlatelolco, X.080.L.07 :  Tlatelolcocaltenco, X.060.F.28Tlatelolco, X.080.I.09Tlatelolco, X.060.C.07Huexotla, X.070.C.12Huexotla, X.090.D.19Huexotla, X.090.I.14Huexotla, X.050.C.11Huexotla, X.060.A.11Zacatlan, X.030.A.08Zacatlan altepetl, X.050.B.08Zacatlan altepetl, X.020.A.05Zacatlan, X.050.F.30Cuauhtitlan tlaca(tl), X.070.E.44Cuauhtitlan, X.050.F.34Cuauhtitlan altepetl, X.060.C.19Cohuatlitlantzin, X.090.F.23Cohuatlitlantzin, X.060.E.23Cohuatitlan, X.030.C.46, X.090.I.12, X.010.I.35, X.050.D.57Tlapitzahuayan, X.040.G.08Tlacochcalco Tlapitzahuayan, X.060.E.09Chiauhtla, X.030.E.14 :  Chiauhtlaatlalli, X.050.G.66Tlacopan, X.070.H.35Tlacopan, X.030.C.58Tlatepan, X.100.D.34Tlatepan, X.080.J.15tlacoyohuac, X.100.G.30tlacoyohuac, X.030.I.04.jpg'>X.030.I.04atlalli, X.030.I.04.jpg'>X.030.I.04atlalli, X.040.G.51Chalchiuhtlatonac, X.050.F.15Tlaminatzin, X.060.G.38Ilancueitl, X.060.C.25Tlahuitzyaotl, X.090.G.10Tetlaxincatzin, X.080.H.12+13 : , X.020.E.40Metztitlan altepetl, X.050.H.65 :  aca...altepetl, X.060.E.33huehueCuauhtitlan, X.090.B.35Metla tepec, X.100.D.14+15 : , X.090.D.32Temalacatitlan, 101.H.02+03 :  Tlalnepantlatenco, X.011.A.09+12 : ? ixpan, X.090.G.21, X.090.B.28+29 : tlalli, X.030.E.35Tzompantitlan, X.070.C.30Huexotla, X.070.F.21Tlatelolco, X.060.E.25Metztitlan altepetl, X.060.G.42Tlacopan, X.060.H.10Contlan altepetl, X.030.F.01Tzompantitlan, X.030.I.14Ilancueitl, X.090.N.06Tlatelolco, X.080.E.20Tlatelolco, X.040.E.27huehueCuauhtitlan, X.030.E.36huehueCuauhtitlan, X.070.B.24Tlailotlacan, X.070.C.08Chiauhtla, X.100.D.24, X.011.D.15, X.040.G.12Atenco ou atlatenco, X.090.I.21Atenco ou atlatenco, X.090.H.04Cohuatitlan

 

1032

Il figure deux ou plusieurs dents, des incisives, avec une portion de gencive au-dessus. Cette figuration est conforme à la signification étymologique que donne Lopez-Austin de ce terme : « ce qui est placé en dessous 'de la lèvre' » 266. Ce qu'il y a sous les lèvres ce sont effectivement les dents et les gencives dans lesquelles elles sont implantées. Graphiquement on là une figuration du tout pour la partie, le tout étant l'ensemble de ce qui se trouve sous les lèvres et la partie les incisives.

   

 266 A. Lopez-Austin, 1980, II, p. 191:  « El colocado abajo 'del labio'.

 

1033

Plusieurs variantes ont été distinguées : la première comporte deux dents (13 occurrences), la seconde aussi deux dents mais chacune avec un trait au milieu (1 occurrence), la troisième trois dents (62 occurrences), la quatrième quatre dents (6 occurrences), la cinquième comporte un nombre incertain de dents (à cause de l'endommagement de quelques glyphes), la sixième représente les cas où l'élément tlantli est intégré dans un élément tentli : « lèvres » (2 occurrences) et une septième variante marque le cas où l'élément est figuré par deux rangées de dents intégrées dans l'extrémité d'un élément cohuatl : « serpent » (1 occurrence).

   
1034

Près des trois-quarts des glyphes utilisent la troisième variante, celle à trois dents. Si l'on compare des glyphes semblables, à la variante de l'élément tlantli près, on s'aperçoit que les mêmes expressions sont transcrites aussi bien avec une des variantes qu'avec une autre. Ceci est particulièrement visible avec les toponymes qui, en plus d'être composés des mêmes éléments, se trouvent sur les diverses planches aux même endroits du fait de leur rapport au réel. On trouve ainsi plusieurs occurrences des glyphes Chiauhtla, Huexotla, Tlatelolco ou Tlacopan qui utilisent les variantes à deux, trois ou quatre dents 267. Le choix d'une variante paraît influencé par la taille générale du glyphe : plus il est grand, plus l'élément tlantli compte de dents. Si cette explication est globalement exacte, elle ne rend cependant pas compte de toutes les occurrences.

   

 267 Chiauhtla : X 2 X.090.G.03

     X 3 X.060.E.09 et X.030.E.14

huexotla: X 4  X.070.C.30

   X 3  tous les autres

Tlatelolco : X 4  X.070.F.21

    X 3  tous les autres

Tlacopan : X 4  X.060.G.42

    X 3  X.050.G.66 et X.070.H.35

 

1035

Les quelques cas d'éléments colorés montrent des dents rouges avec la gencive en bis 268. Cette disposition des couleurs, apparemment contraire au réel, peut être rapprochée d'un passage où le Codex Florentino mentionne que les femmes « se colorent les dents » 269. Pour adopter cette explication, il faut alors supposer que cette pratique n'était pas réservée aux femmes car la couleur de la gencive, bis -couleur des hommes de la planche X.010- fait des éléments tlantli un élément masculin, comme les autres éléments a priori sans sexe déterminé.

   

 268 X.010.I.12, X.010.I.35, X.020.A.05, X.020.E.40.jpg'>X.020.E.40, et X.020.E.40.jpg'>X.020.E.40. Les planches 011 et 012 donnent trois exemples d'éléments sans couleur: X.011.D.13+14, X.011.D.15 et X.012.A.31.

 

 269 CF,VIII,15,47-48 motlantlapalhuia: « the teeth were stained with cochineal ».

 

1036

 Valeurs phoniques : tlan , lan, tla, (tlaco)

   
1037

Suivant la place occupée par ces valeurs, celles-ci correspondent à des significations différentes.

   
1038

- Quand tlan, ou lan, est en position finale, il s'agit d'un suffixe locatif signifiant « le lieu des .... ». La valeur la tient seulement au fait que le « t » tombe quand le suffixe tlan s'accole à un radical terminé par un « l ». Ainsi le toponyme formé sur tlaxcalli : « tortilla » est Tlaxcallan et non pas tlaxcaltlan.

   
1039

- Quand tlan est en position finale, immédiatement après la syllabe ti, morphème de liaison, il s'agît alors d'un suffixe locatif signifiant « dessous, près de .... ». Par exemple Cuauhtitlan.

   
1040

- Quand lan est en position médiane, cas des anthroponymes Ilancueitl (ilan-cueitl, de ilantli : « femme âgée » et cueitl : « jupe »), il transcrit la deuxième syllabe du mot ilantli.

   
1041

- Quand tla est en position initiale, il s'agît alors du préfixe indéfini pour les choses.

   
1042

- Tla en position finale est un suffixe locatif à connotation d'abondance signifiant « le lieu où il y beaucoup de... ».

   
1043

- Enfin la valeur tlaco, donnée par la relation avec un autre élément -yohualli : « nuit » - et sa position au milieu de celui-ci, signifie « au milieu de... ». Associé à l'élément yohualli : « nuit », on obtient l'expression tlacoyohuac : « minuit ».

   
1044

Quand l'élément tlantli joue le rôle d'un suffixe locatif dans un toponyme, celui-ci peut donc transcrire tlan, (ti)tlan ou tla, chacun correspondant à une signification particulière. Comment sait-on quelle lecture doit être choisie ? Aucune indication graphique permettant de répondre à cette question n'a été trouvée : ainsi, par exemple, les glyphes Huexotla, Zacatlan et Cuauhtitlan sont-ils composés de la même manière, l'élément végétal au-dessus et l'élément tlantli en dessous 270 ! Malgré les diverses citations qui ont été utilisées pour proposer les lectures des toponymes, il fallut résoudre le problème du choix entre les suffixes locatifs tlan et tla. En effet, quand les glyphes sont transcrit en caractères latins, il arrive très souvent que le « n » final disparaisse ne permettant plus la distinction entre les deux suffixes. Il s'agît là d'une pratique courante chez Alva Ixtlilxochitl, comme chez d'autres auteurs d'ailleurs, qui s'inscrit dans une évolution qui fait qu'aujourd'hui bien des noms de lieux originellement terminés en tlan ont perdu leur « n » final 271. Ainsi, notre auteur écrit-il indifféremment Cholula ou Chololan pour Cholollan ou bien Tlaxcalan, Tlaxcala ou Tlaxcalla pour Tlaxcallan. Cependant, contrastant avec cette inconstance, il écrit toujours les noms de lieu terminé par le suffixe d'abondance tla de la même façon. Son écriture est homogène quand il s'agit de Huexotla, qu'il orthographie Huexotla ou Huexutla, ou de Chiauhtla, écrit Chiauhtla ou Chiautla. Dans ces cas, les variations n'affectent pas la dernière syllabe. Chez cet auteur les toponymes terminés par tla sont donc toujours écrit ...tla tandis que ceux qui sont terminés par tlan ont une terminaison fluctuante.

   

 270 huexotla: X.090.D.19, Zacatlan: X.060.A.11 et Cuauhtitlan: X.050.F.30

 

 271 J. Dávila Garibi, 1942, p. ?

 

1045

A partir de ces citations, l'unicité ou la variété des terminaisons permet donc de déterminer le type de suffixe locatif auquel on a affaire. Cependant, cette méthode étant inapplicable dans les cas d'occurrence unique, elle a été complétée par le recours à des sources modernes : les dictionnaires de Kartunnen et Bierhorst et l'index des anthroponymes locatifs de l'Historia Tolteca Chichimeca.

   
1046

Les dictionnaires mentionnés comportent évidemment peu de noms de lieux, cependant il a été possible de retrouver quelques-unes des lectures retenues. La confrontation a été faite, soit avec les toponymes correspondant dans les dictionnaires, soit avec les anthroponymes locatifs. Il est en effet possible, connaissant la forme d'un anthroponyme locatif, de déduire celle du toponyme lui ayant donné naissance. Ceci tient au fait que les toponymes en tla forment leurs anthroponymes locatifs en ajoutant ca(tl) -uexotla donne par exemple Huexotlaca(tl)- tandis que ceux en tlan ajoutent teca(tl) après suppression du suffixe locatif -Zacatlan fait zacateca(tl)- . C'est cette règle grammaticale qui a permis de tirer profit de l'index des anthroponymes locatifs de l'Historia-Chichimeca.

   
1047

Les résultats obtenus ont été réunis dans le tableau suivant. Celui-ci regroupe toutes les lectures des toponymes se terminant par tlan ou tla. En premier lieu ceux en tlan puis ceux en tla et en dernier ceux dont les dernières syllabes sont titlan. Ce tableau regroupe tous les toponymes ayant un de ces suffixes locatifs, qu'ils comportent ou non un élément tlantli l'exprimant. Dans la première colonne, il est indiqué par un chiffre 1 si à la lecture est toujours associé un élément tlantli, par un 2 si le suffixe est seulement parfois transcrit par tlantli et par un 3 si le suffixe locatif n'est jamais exprimé graphiquement. La deuxième colonne indique si la lecture s'appuie ou non sur des citations, la troisième mentionne si le toponyme a été trouvé chez Kirchhoff, la quatrième chez Kartunnen et la dernière chez Bierhorst.

   
1048

Tableau de l'ensemble des toponymes terminés par les syllabes tla ou tlan 272

   

 272 Le mot toponyme est entendu ici dans un sens large incluant certains glyphes agrandis.

 

1523

 Liste des toponymes qui se terminent en tlän

   
1524
1 2 3 4 5
Acatlan 3 *
cempoallan 3 * * *
Chicuhnauhtlan 3 * * *
Cholollan 3 * * * *
Contlan 1 *
Mizquiyahuallan 3 *
Papalotlan 3 *
Quechollan 3 * *
tenopallan 3
Tepotzotlan 3 * *
Tlaxcallan 3 * * * *
Tollan 3 * * * *
Totollan 3
Huehuetlan 3 *
Yacazayollan 3
Zacatlan 2 * * *
Zacaxochitlan 3 *
Zayollan 3 *
   
1544

Liste des toponymes qui se terminent en tlâ

   
1545
Chiauhtla 2 *
Metla 1
cuauhtepetla 3
quiyahuitla 3
tehtetla 3 * *
tepetla 3
Tlalnepantla 1
Huexotla 2 * * *
   
1556

Liste des toponymes qui se terminent en titlan

   
1557
Cohuatitlan 1 *
Metztitlan 2 *
mixtitlan 1
Cuauhtitlan 1 * *
Temalacatitlan 1 *
Tenochtitlan 3 * * *
Tzompantitlan 1
Huehuecuauhtitlan 1
Xocotitlan 3 * *
   

 

   
1088

Cette répartition de toponymes lus à partir de leur suffixe locatif en tlan, tla ou (ti)tlan permet au moins de faire deux observations qui seront développées : d'une part, cette répartition morphologique et sémantique des suffixes correspond à des distinctions phonétiques connues, d'autre part, il est visible que dans de nombreux cas, à une lecture d'un suffixe locatif correspond un glyphe ne présentant pas, ou seulement parfois, un élément tlantli. Une tentative d'explication sera proposée pour expliquer ce dernier point.

   
1089

Certains dictionnaires et grammaires modernes donnent des indications sur la longueur des voyelles ainsi que sur certaine particularité de prononciation 273. Il apparaît que :

   

 273 R. Andrews, 1975, M. Launey, F. Kartunnen, 1983, et J. Bierhorst, 1985.

 

1090

- tlantli : « dent » a une voyelle brève.

   
1091

- tlän ou län : « le lieu des ... » a une voyelle longue 274.

   

 274 Dans les dictionnaires et grammaires cités la voyelle longue est graphiquement marquée par un tiret au dessus. Ici ce tiret a été remplacé, pour des raisons matérielles, par un tréma. Les sources citées tirent leurs données essentiellement de la grammaire de Horacio Carochi. Voici ce qu'il dit à propos de la longueur de ces voyelles: « Aduierto de camino, que este tlan, y lan, es syllaba siempre larga, y consiguientemente graue, por ser final, por que baja un poco el tono de la voz en las finales largas; y por ser largos estos tlan, y lan, y por no precederle la ligatura ti, no parecen ser la preposicion tlan, que es breue, y pide casi siempre la ligatura ti, aun siruiendo a nombres de Pueblos. » (H. Carochi, 1892, p. 459) On remarque que la prudente formulation de Carochi indique que l'identification du suffixe locatif tlan, a court, par la présence de la ligature ti est sans doute insuffisante, certaines expressions ne nécessitant pas apparemment l'emploie de cette ligature. Ceci signifie en pratique que certains des toponymes classés dans la première partie du  tableau avec le suffixe tlän, pourrait en fait avoir un suffixe tlan.

 

1092

- tlan : « dessous, à côté de .... » a une voyelle brève. On le distingue morphologiquement du suffixe précédent parce qu'il forme des noms de lieux en ayant recours au morphème de liaison ti 275.

   

 275 F. Kartunnen, 1983, p. 282  « Tlän ...it contrats with the postposition -tlan in vowel length and because -tlan binds to other elements with the ligature -ti- in forming place names and -tlän does not.

 

1093

- tlâ : « là où il y a beaucoup de... » a une voyelle brève suivi d'un « saltillo » 276.

   

 276 M. Launey, 1979, p. 15: « Ce phonème que les grammaires appellent saltillo est écrit par un accent grave (au milieu d'un mot) ou circonflexe (à la fin d'un mot) sur la voyelle précédente (il n'apparaît jamais que précédé d'une voyelle). Ces conventions orthographiques remontent au grammairien jésuite Antonio Carochi qui publia en 1645 un remarquable Arte de la lengua Mexicana.

Les auteurs américains Andrews, Kartunnen et Bierhorst marquent la présence d'un saltillo par un H .

 

1094

- tla : préfixe indéfini pour les choses. Il a une voyelle courte.

   
1095

Ayant pu répartir les toponymes en trois catégories, ceux en tlan, en tla et en (ti)tlan, il est possible d'attribuer à chacun la valeur qui lui revient soit tlän, tlâ et titlan. Ceci établi, la question qui se pose maintenant est de savoir si ces différences phonétiques ont des répercussions sur les glyphes ? Observe-t-on le même phénomène qu'avec les élément tentli : « lèvres » et Tetl : « pierre » ?

   
1096

Il a été noté, par ailleurs, que la syllabe est transcrite par l'élément tentli : lèvres (supra p. 257) tandis que la syllabe te est notée par Tetl : « pierre ». La différence de longueur de voyelle y étant notée, on peut supposer que le même phénomène doit se produire avec l'élément tlantli. Cet apriorisme doit cependant être rejeté car le tableau précédent montre que Zacatlan (avec une voyelle longue) et Huexotla (avec une voyelle courte suivie d'un saltillo) ont tous deux leur suffixe locatif exprimé par l'élément tlantli. Par ailleurs, une double observation permet de confirmer que la longueur de la voyelle n'avait pas la même importance qu'avec et te.

   
1097

- En effet le toponyme Huexotla est transcrit, quand il est en position de toponyme isolé, par les deux éléments tlantli et huexotl : « saule » 277. Or, quand le glyphe est utilisé, non pas comme toponyme isolé, mais comme anthroponyme locatif, alors le glyphe ne comporte plus qu'un élément huexotl : « saule » 278. Ceci signifie que la présence d'un personnage rend inutile la présence de l'élément tlantli. Ceci s'explique par le mode de formation des anthroponymes locatifs en nahuatl 279. Celui-ci varie en fonction de la terminaison du toponyme sur laquelle elle prend naissance. Ainsi les toponymes se terminant par tlâ ont la particularité de simplement ajouter catl au singulier ou ca au pluriel. Ainsi Huexotla donne l'anthroponyme locatif Huexotlaca(tl). Grammaticalement cette expression se décompose en huexo-tla-ca(tl) mais phonétiquement elle peut se décomposer en huexo-tlaca(tl). Le mot tlacatl signifiant « homme », c'est le personnage qui transcrit toute la terminaison et cela explique pourquoi l'élément tlantli n'a plus de raison d'être. On peut observer le même phénomène avec les glyphes Chiauhtla, qui, quand ils jouent le rôle d'anthroponymes locatifs, perdent leur élément tlantli et se lisent Chiauhtlaca(tl) 280. Cette utilisation des personnages pour transcrire les dernières syllabes de ces anthroponymes locatifs n'est possible que si la longueur de la voyelle de la syllabe tla n'est pas prise en compte. En effet, le suffixe locatif d'abondance tlâ a une voyelle courte suivit d'un « saltillo » alors que le mot tläcatl a lui sa première voyelle longue 281.

   

 278 X.070.E.34, X.070.G.28, X.080.A.16 et X.080.C.09. Ces glyphes sont classés parmi les toponymes parce que le lien graphique les reliant aux personnages ne part pas de la tête mais du corps.

 

 279 T. Sullivan, 1976, p. 175-77

 

 281 F. Kartunnen, 1983, p. 253

 

1098

- Il y a deux cas où le glyphe toponymique Huexotla se trouve en position isolée et où cependant il ne comporte pas d'élément tlantli 282. Or, dans ces deux occurrences, l'élément huexotl : « saule » est au contact d'un élément atl : « eau ». C'est précisément à cause de ce contact que la formulation explicite du suffixe locatif est inutile. L'expression Huexotla se décompose en huexo-tla de huexotl : « saule » et tla : « suffixe locatif d'abondance ». Dans les glyphes à conformation courante, élément huexotl : « saule » plus tlantli, la décomposition graphique correspond à la décomposition grammaticale et sémantique de l'expression. Dans les deux cas considérés ici, la décomposition graphique (élément huexotl : »saule » plus élément atl : « eau ») ne correspond plus à une décomposition grammaticale de l'expression mais à une partition phonétique. Dans le premier cas on a huexo + tla = Huexotla alors que dans le second c'est huexotl + a = Huexotla. Cet exemple de substitution de l'élément atl : « eau » à l'élément tlantli n'est cependant admissible que si l'on considère que la longueur de la voyelle n'était pas prise en compte par ces éléments. En effet, la voyelle du suffixe locatif d'abondance tlâ est brève et suivie d'un saltillo alors que celle de ätl : « eau » est longue.

   
1099

Si les explications données à l'omission de l'élément tlantli dans quelques anthroponymes locatifs formés sur des toponymes terminés par tlâ et dans certains toponymes sont correctes, cela implique que la différence de longueur de la voyelle « a » n'était pas dans ce cas marquée graphiquement.

   
1100

Un des nombreux problèmes que pose l'élément tlantli est, d'une part, le fait que des glyphes semblables comportent parfois cet élément mais pas d'autre fois et, d'autre part, que certains toponymes ne le présentent jamais alors le suffixe locatif est attesté dans leur lecture. Est-il possible d'expliquer ces phénomènes ? Il ne semble pas que ces apparentes discordances puissent recevoir une explication globale mais qu'elles trouvent leur origine dans des causes particulières. Certaines de celles-ci ont pu être isolées mais, dans bien des cas, elles nous demeurent mystérieuses. Les deux possibilités, variations ou absences, seront examiné successivement.

   
1101

1) L'élément tlantli apparaît parfois dans les toponymes lus : Chiauhtla, Huexotla, Zacatlan et Metztitlan.

   
1102

Les exemples donnés à propos des anthroponymes locatifs, qui ne nécessitent pas l'expression graphique du suffixe locatif du fait de leur construction grammaticale, fournit une explication pour les cas concernant Chiauhtla et une partie de ceux se rapportant à Huexotla.

   
1103

Une autre est fournie par l'exemple donné par l'élément huexotl : « saule » qui, en étant au contact de l'élément atl : « eau », y trouve de quoi transcrire Huexotla et se passe ainsi de l'élément tlantli.

   
1104

Le cas de Zacatlan est plus douteux. Sur ses six figurations, quatre présentent l'élément tlantli et deux remplacent cet élément par celui nommé tlanelhuatl : « racine » 283. L'hypothèse que l'on formule ici est que cet élément tlanelhuatl peut prendre, dans certains cas, la valeur tlan et se substituer à l'élément tlantli. La substitution phonétique pourrait être favorisée par une certaine ressemblance des éléments tlantli et tlanelhuatl. La même explication s'applique au toponyme Zacaxochitlan.

   
1105

Metztitlan est lui problématique. En effet, quand c'est un toponyme, l'élément tlantli est figuré alors que, quand c'est un anthroponyme locatif, cet élément disparaît. Il est alors en quelque sorte remplacé par un élément calli : « maison » (infra p. 657), donnant un anthroponyme locatif de la forme Metztitlan chane(que) ou Metztitlan calqui ou calcatl 284. Le problème vient du fait que, dans des anthroponymes locatifs de cette espèce, l'élément tlantli est graphiquement exprimé. Ainsi, dans l'anthroponyme locatif Cuauhtitlan tlacatl 285 , le suffixe locatif (ti)tlan est transcrit par tlantli, exactement comme dans de le toponyme Cuauhtitlan qui est à côté 286.

   

 284 X.040.A.08, X.040.A.14 et X.040.A.39. Il s'agît là de deux des trois formes que peuvent prendre les anthroponymes locatifs formés sur des toponymes terminés par titlan. Th. Sullivan, 1976, p. 177 et H. Carochi, 1982, p. 459.

 

1106

2) L'élément tlantli n'apparaît jamais dans les toponymes lus : Acatlan, cempoallan, Chicuhnauhtlan, Cholollan, Mizquiyahuallan, Papalotlan, Quechollan, Tepotzotlan, Tlaxcallan, Tollan, toTollan, Huehuetlan, Yacazayollan, zayollan; cuauhtepetla, quiyahuitla, tehtetla, tepetla, Tlalnepantla; Tenochtitlan et Xocotitlan.

   
1107

Parmi le premier groupe de toponymes, un ensemble se dégage : ceux qui sont terminés en lan. Il a été indiqué précédemment que, pour des raisons d'euphonie, le « t » de tlan disparaît quand ce suffixe prend place à la suite d'un substantif dont la racine se termine par un « l ». Il apparaît ici que, sur les dix lectures de ce type (dont sept s'appuient sur des citations et correspondent à des lieux bien connus par ailleurs), aucune ne présente un élément tlantli. Il semble, mais cela demanderait une vérification, que le suffixe n'avait pas besoin d'être expressément indiqué car, s'agissant d'un toponyme dont la racine se termine par un « l », le suffixe locatif n'aurait pu être un autre que tlan !

   
1108

Dans le premier groupe, il reste Chicuhnauhtlan, Papalotlan, Huehuetlan et Tepotzotlan pour lesquels aucune explication à l'absence de l'élément tlantli pour exprimer le suffixe locatif n'a été trouvée.

   
1109

Dans le second groupe, les toponymes terminés par tla, la figuration de l'élément tlantli serait inutile toutes les fois où l'élément peut être multiplié. Car, comme l'indique J. Galarza, « -tlan ou -lan qui implique une idée de pluriel ou d'abondance est exprimé par la répétition du même élément » 287. Ainsi dans quiyahuitla (quiyahui-tla, de quiyahuitl : « pluie » et tla : « suffixe locatif d'abondance »), le suffixe est indiqué par la multiplicité des signes de goutte d'eau et dans Tetetla (te-te-tla de te : duplication de la première syllabe, tetl : « pierre », tla : « suffixe locatif d'abondance »), ce suffixe est marqué par la multiplicité des éléments tetl : « pierre ».

   

 287 J. Galarza, 1983a, p. 84

 

1110

Dans le dernier groupe, ceux dont le suffixe est en titlan, seuls Tenochtitlan et Xocotitlan ne présentent jamais d'élément tlantli. Aucune explication ne peut être proposée cependant dans le cas de Tenochtitlan : peut être s'agit-il d'une exception, qui pourrait être mise en rapport avec le fait qu'il forme ses anthroponymes locatifs d'une façon exceptionnelle ? Alors que les toponymes en titlan ne sont pas modifiés par l'adjonction d'un suffixe et ajoutent calqui, chane ou tlacatl (par exemple cuauhtinchan fait cuauhtinchan tlaca(tl)), Tenochtitlan fait, lui, tenochca(tl). A une exception dans la langue correspondrait peut-être une exception dans l'écriture !

   
1111

Ces quelques remarques sur les emplois à première vue assez aléatoires de l'élément tlantli montrent qu'une grande partie des absences de cet élément trouve des explications. Ces dernières appartiennent le plus souvent au domaine de la phonétique, dans bien des cas la présence de l'élément étant inutile du fait que sa valeur est en fait remplacée par un autre élément ou par un personnage.

   
1112

Les différentes valeurs que fournit cet élément tlantli peuvent se trouver en position initiale dans l'expression (tlateyotiliztli, Tlatenpan, tlapitzahuacan, Tlaminatzin, Tlacopan, Tlahuitzyaotl, Tlatelolco, Tlailotlacan, Tlatolnahuacatzin, tlacoyohuac) en position médiane (Ilancueitl, Xiuhtlatonac, Chalchiuhtlatonac, ...tlatemo, Metlatepec, atlatenco) ou finale (Tlalnepantla, Chiauhtla, Huexotla, acapetla, ou Zacatlan, Contlan, Metztitlan, Tzompantitlan, Huehuecuauhtitlan, Cohuatlitlantzin, Cohuatitlan, Temalacatitlan, mixtitlan). Il n'a pu être trouvé aucune relation entre la position de la valeur dans les expressions et la position de l'élément dans les glyphes.

   
1113

Dans presque tous les cas, il y a dissociation de la chaîne réalité-figuration-valeur-phonique-signification. Cette chaîne se trouve brisée car les significations attachées aux diverses valeurs n'ont pas de rapport avec tlantli : « dent ». En effet, suivant sa valeur l'élément peut transcrire : tla : « préfixe indéfini » pour les choses, tlan : « suffixe locatif » signifiant « sous », tlän : « suffixe locatif » signifiant « le lieu où ... » ou encore tlâ qui veut dire « là où il y a abondance... ». Seuls les deux anthroponymes lus Cohuatlitlantzin (cohuatl-i-tlan-tzin : de cohuatl : « serpent », i : « préfixe possessif de la troisième personne », tlantli : « dent » et tzin : « suffixe révérenciel ») ne présentent pas cette caractéristique 288.

   
1114

Dans les toponymes, l'élément est toujours dégagé de sa signification originelle et c'est peut-être cette indépendance qui lui permet de rendre des syllabes dont la longueur de la voyelle est variable.

   
1115


   
 

01.02.20  tzontli : poil

Cet élément est utilisé une seule fois dans un anthroponyme personnel 289.

   

 289 101.L.02: Tentzontzin

 

1117

Dans la partie inférieure d'un élément tentli : « lèvres, bouche, bord » une suite de petits traits droits figurent les poils d'une barbe. La lecture des deux éléments ten + tzontli donne tentzontli qui signifie « barbe » ce qui correspond à l'image.

   
1118

 Valeur phonique : tzon

   
1119

C'est la valeur du radical de l'élément.

   
1120


   
 

01.02.21  tlatoa : parler

Cet élément est utilisé dans soixante-quatre glyphes, dont cinquante-six anthroponymes personnels, trois anthroponymes locatifs, quatre toponymes et un varia 290.

   

 290 X.080.G.11Tlatolton, X.060.F.23Tzihuacnahuacatzin, X.050.D.23Huitznahuaca(tl), X.050.G.08Huitznahuaca(tl), X.050.H.05Huitznahuaca(tl), X.050.F.16Huitznahuac, X.020.D.63Yohualnahuacatzin, X.060.C.23Tlalnahuacatzin, X.060.D.37Tlalnahuacatzin, X.100.G.49Tlalnahuacatzin, X.100.G.52Tlalnahuacatzin, X.070.C.28Tlalnahuacatzin, X.050.G.11Tlalnahuacatzin, X.070.C.50Tlalnahuacatzin, X.050.D.29...nahuacatzin, X.060.D.51...nahuacatzin, X.070.D.18...nahuacatzin, X.050.B.51Tetlatoatzin, X.060.G.32 :  ...tlatoa, X.012.B.39...nahuacatzin, X.050.B.03Xiuhnahuacatzin, X.050.H.09Cuauhnahuacatzin, X.050.B.54Tenannahuacatzin, X.070.F.08Tzihuacnahuacatzin, X.030.D.11Yohualnahuacatzin, X.030.D.13Yohualnahuacatzin, X.050.E.01Tlatocatlatzacuilotzin, X.060.E.10Tlatocatzin, X.020.A.34tlato...altepetl tlacamecayotl, X.012.B.62Quinatzin Tlaltecatzin, X.030.B.29Quinatzin, X.040.B.16Quinatzin, X.040.B.31Quinatzin, X.040.D.17Quinatzin, X.020.D.74Quinatzin, X.030.A.19Quinatzin, X.040.A.06Quinatzin, X.040.B.02Quinatzin, X.090.D.48Tenanyocatlatoatzin, X.090.K.10 :  Tlatolixuetzca, X.090.N.02Cuauhtlatoatzin, X.010.E.22+ :  ...tlatoa, X.011.D.17Cuauhtlatocan, X.060.H.33CuauhtepecCuauhnahuac altepetl, X.020.C.32Yohualtzatzitzin, X.030.D.31Yohualtzatzitzin, X.040.C.22Yohualtzatzitzin, X.040.C.28Yohualtzatzitzin, X.090.F.17Tlatolnahuacatzin, X.090.F.22Tlatolnahuacatzin, X.090.E.15Tlatolnahuacatzin, X.090.D.17Tlatolnahuacatzin, X.100.D.01Tlatolnahuacatzin, X.100.D.05Tlatolnahuacatzin, X.050.H.48, X.060.A.24Tetzauhtlatoatzin, X.060.F.39Cuauhtlatoatzin, X.050.H.29Temictzin, X.080.A.06, X.100.G.25Tlalnahuac, X.030.G.13+ : tlatoa, X.030.D.05Xiuhtlatoatzin, X.050.D.01Xiuhtlatoatzin, X.050.G.67Acolnahuacatzin

 

1122

Cet élément est composé d'une ou plusieurs volutes. Ce dessin est emprunté au domaine du feu dont les volutes de fumée sont ainsi représentées (élément popoca : « fumer » (infra p. 564). Il n'existe aucun rapport direct entre le référent, l'acte de parler ou la parole, et le dessin de l'élément. Il s'agît là d'un cas de métaphore graphique : un signe est détourné de son usage premier et il est chargé de nouvelle valeurs et significations parce que les idées qui lui sont attachées présentent des analogies avec les nouvelles.

   
1123

S'il existe une similitude formelle, l'emploie de la volute, entre les éléments tlatoa : « parler » et popoca : « fumer », il y a cependant des caractéristiques permettant de les distinguer :

   
1124

- quand il n'y a qu'une volute, si c'est un élément tlatoa, elle est écartée ou tout au plus au contact de l'autre élément. Dans le cas d'un élément popoca : « fumer », celui-ci est en partie superposé à l'autre élément avec lequel il entre en composition.

   
1125

- quand il y a plusieurs volutes, celles des éléments tlatoa sont toutes orientées dans le même sens, alors que celle des éléments popoca : « fumer » montrent systématiquement des orientations divergentes. Ceci n'est cependant vrai que lorsqu'il est nécessaire d'écarter une ambiguïté. Ainsi lorsque l'élément popoca : fumer est associé à l'élément tletl : « feu », cette nécessité disparaissant, ces caractéristiques n'apparaissent plus.

   
1126

Si la disposition et l'orientation sont mises à profit pour distinguer les éléments tlatoa des popoca : « fumer », la position relative des volutes permet de créer d'autres éléments dont la signification reste dans le même champ sémantique que tlatoa : « parler ». Ainsi, quand deux volutes sont placées perpendiculairement l'une par rapport à l'autre, obtient-on l'élément cuecuenoti : « se vanter » (infra p. 288) ; lorsque des volutes sont placées « dos à dos » avec des orientations opposées, on a alors l'élément zozoma : « se fâcher » (infra p. 286). Il est vraisemblable que la couleur devait jouer un rôle, en plus du graphisme, dans la distinction des divers éléments mais la distribution des glyphes sur les diverses planches fait que rares sont ceux qui se trouvent sur les premières planches colorées 291.

   

 291 Les glyphes Quinatzin -X.012.B.62 et X.020.D.74- et Yohualtzatzitzin -X.020.C.32- sont laissés sans couleur. Le glyphe Xiuhtlatoa (dont la lecture est hypothétique dans la mesure où le glyphe est très endommagé seules les volutes restant visibles) -X.010.E.22- a ses volutes grises, c'est à dire de la couleur de celles qui se trouvent devant les personnages.

 

1127

L'élément tlatoa, quant à lui, présente plusieurs variantes : il peut être vertical, avec une, deux ou trois volutes ; il peut être incliné, avec une ou deux volutes ; enfin il peut être horizontal, avec là encore une ou deux volutes. La verticalité est surtout utilisée lorsque l'élément transcrit la syllabe nahua. A cette verticalité est associée une orientation particulière : les éléments tlatoa verticaux sont en effet toujours orientés vers la gauche et cela qu'elle que soit l'orientation du contexte.

   
1128

 Valeurs phoniques : tlatoa , tlato, Tlatol, nahua, (quina), (tzatzi), (tlatoca)

   
1129

Une des difficultés avec les éléments générateurs de multiples valeurs, c'est toujours de savoir dans quel cas de figure on se trouve avec un glyphe. L'ensemble des citations donne des pistes pour résoudre ce problème et fixer certaines règles. Cependant, dans quelques cas, les renseignements fournis sont en contradiction avec les grandes lignes qui s'en dégagent. Aussi, dans quelques cas, les lectures proposées s'inspirent plus des règles que des citations et ont, de ce fait, un caractère plus homogène, qui demanderait, comme partout ailleurs, à être vérifiées.

   
1130

Les règles dégagées et appliquées sont les suivantes :

   
1131

 - quand un élément tlatoa est associé à un élément inanimé, il a la valeur nahua 292.Dans ce cas les volutes sont disposées verticalement et sont toujours tournées vers la gauche 293.

   

 292 Du verbe nauati: « parler haut ».

 

 293 Il n'y a qu'une exception c'est le glyphe X.050.G.67 qu'Alva Ixtlilxochitl cite plusieurs fois comme étant Acolnahuacatzin. Ce glyphe présentant une orientation inexpliquée de son élément maitl: « bras » a été, dans le doute, lu comme Alva Ixtlilxochitl.

 

1132

- un élément tlatoa, associé avec un élément animé, prend la valeur nahua quand l'orientation de l'élément tlatoa est contraire au contexte 294.

   

 294 Ainsi X.050.H.09 et X.090.N.02 sont tout deux composés des mêmes éléments (cuauhtli: « aigle » + tlatoa: « parler ») mais dans le premier cas on une orientation contraire des deux éléments. Nous supposons que c'est cette différence d'orientation qui marquerait le changement de valeur de l'élément tlatoa. La même idée a été appliqué pour lire les glyphes X.090.F.17, X.090.F.22, X.090.E.15, X.090.D.17, X.100.D.01 et X.100.D.05. Mais il y a là une contradiction car les deux premiers glyphes ont leur élément tlatoa orienté vers la droite comme le personnage qu'ils désignent. Cela rend ces lectures, problématiques par ailleurs, tout à fait douteuses.

 

1133

- pour prendre la valeur tlatoa avec un élément inanimé, l'élément tlatoa doit s'adjoindre un élément tentli : « lèvres » qui, lui, n'est pas lu. 295

   

 295 Le premier glyphe X.080.G.11 lu Tlatolton (Tlatolli: parole, ton: suffixe diminutif) à la suite d'Alva Ixtlilxochitl aurait son élément tentli: « lèvres » pourvu par le personnage lui-même.

 

1134

- l'élément tlatoa prend la valeur quina, de quinani : « gronder », quand il est associé avec un élément itzcuintli : « chien » (infra p. 403).

   
1135

- l'élément tlatoa prend la valeur tzatzi, de tzatzi : « crier », lorsqu'il est utilisé conjointement avec un élément tlacatl : « homme » dont la bouche est ouverte.

   
1136


   
 

01.02.22  zozoma : se fâcher

Cet élément se présente douze fois dans un même anthroponyme personnel 296.

   

 296 X.050.E.29Tezozomoc, X.050.F.44Tezozomoc, X.070.G.17Tezozomoc, X.080.C.07Tezozomoc, X.080.D.11Tezozomoc, X.080.E.09Tezozomoc, X.080.F.14Tezozomoc, X.080.D.18Tezozomoc ?, X.040.F.27Tezozomoc, X.060.F.46Tezozomoc, X.020.G.28Tezozomoc, X.050.G.57Tezozomoc

 

1138

Il est formé de deux ou trois volutes verticales orientées à droite et à gauche. Quand les glyphes ont une certaine taille, il est visible que les volutes sont d'une dimension plus importante que celles rencontrés avec les éléments tlatoa : « parler » (supra p. 281) ou cuecuenoti(01) : « se vanter » (infra p. 288). La double orientation des volutes le rapproche de l'élément popoca : « fumer » (infra p. 564) ; il s'en distingue cependant par le fait qu'il ne se superpose pas, comme le fait popoca, aux élément avec lequel il entre en composition. De plus sa couleur, grise comme les signes de parole des personnages, le différencie des éléments popoca : « fumer » qui ne comportent pas de couleur 297.

   

 297 X.020.G.28 pour l'élément zozoma et  X.010.I.35 pour l'élément popoca.

 

1139

 Valeur phonique : zozom

   
1140

Cette valeur est celle de la base réduite du verbe. Si l'on attribue cette valeur à l'élément, cela implique que la fin de l'expression Tezozomoc, trouvée de nombreuses fois dans les citations d'Alva Ixtlilxochitl, n'était pas exprimée par le glyphe. En fait peut être qu'une désignation plus précise pourrait être donnée de l'élément si la décomposition de l'expression Tezozomoc ou Tezozomoctli était tout à fait claire. A nos yeux une seule chose est assurée : la première syllabe te ne saurait être un préfixe personnel indéfini, souvent rendu par « celui qui ... » 298 , car l'élément Tetl : « pierre », utilisé pour la transcrire a un e court (infra p. 606) alors que celui du préfixe est long, comme celui de tentli : « lèvres ». Mais la façon dont on passe du verbe zozoma à zozomoctli nous échappe!

   

 298 J. de Durand-Forest, 1986, p.  « Teçoçomoctli ou Tzozomoctli = Celui qui fait se renfrogner les gens de colère. »

 

1141

Nous échappe aussi la signification de la position et de la forme très particulières de l'élément dans le glyphe X.080.D.18. Il y sûrement là une lecture supplémentaire qui devrait être faite.

   
1142


   
 

01.02.23  cuecuenoti(01) : se vanter

Cet élément apparaît dans cinq anthroponymes personnels 299.

   

 299 X.070.A.38Cihuacuecuenotzin, X.070.A.55Cihuacuecuenotzin, X.070.A.32Cihuacuecuenotzin, X.070.E.05Cihuacuecuenotzin mi...., X.070.A.63Cihuacuecuenotzin

 

1144

Il se distingue des éléments tlatoa : « parler » (supra p. 281) par la disposition de ses deux volutes. Celles-ci sont placées perpendiculairement l'une par rapport à l'autre.

   
1145

 Valeur phonique : cuecueno

   
1146

Cette valeur représente le radical de l'élément 300. Elle dérive de citations concordantes d'Alva Ixtlilxochitl.

   

 300   Le radical ou base brève du verbe cuecuenoti est normalement cuecuenot et non pas cuecueno. Peut-être que le t final n'est pas visible à cause du suffixe honorifique tzin. Il est aussi possible que la désignation donnée à cet élément devrait être le substantif cuecuenotl: « vantardise », mot qui ne figure pas ainsi  dans les dictionnaires. Molina donne plusieurs expressions construites sur cette racine, dont le verbe cuecuenoti: « se vanter » et tencuecuenotl: « homme de mauvaise langue ». La formation du verbe avec le suffixe verbal ti ainsi que le substantif permettent de penser qu'il existait un tel substantif  cuecuenotl dont la signification serait « vantardise, orgueil ».

 

1147


   
 

01.02.24  cuecuenoti(02) : parler mal

Cet élément est utilisé dans trois anthroponymes personnels 301. Il présente une volute de grande dimension en forme de S, dressée devant la bouche de l'élément cihuatl : « femme ». Accolé au dessous de la volute, dans la partie montante, se trouvent deux petites figures géométriques.

   

 301 X.060.B.30Cihuacuecuenotzin, 101.H.01 : Cihuacuecuenotzin, 101.H.12 : Cihuacuecuenotzin

 

1149

 Valeur phonique : cuecueno

   
1150

Alva Ixtlilxochitl citant les deux derniers glyphes comme étant Cihuacuecuenotzin et n'ayant pas moi-même trouvé un élément semblable dans d'autres documents qui soit susceptible de suggérer une lecture, c'est l'hypothèse d'Alva Ixtlilxochitl qui a été retenue. L'élément a donc été désigné cuecuenoti(02) pour le distinguer du précédent. Les citations d'Alva Ixtlilxochitl ont été retenues dans la mesure où d'après les indications du Codex, il semble bien que tous les personnages ainsi nommés par cet auteur soit une seule et même personne. Pourquoi dans ce cas avoir utilisé deux éléments graphiquement différents pour transcrire les mêmes syllabes ? D'après les exemples que l'on possède des mots construits sur la racine cuecueno, deux groupes de significations se distinguent 302  : il y a les mots qui font référence à la vantardise, à l'orgueil et ceux qui évoquent la mauvaise qualité de la langue parlée. L'hypothèse qui est faite ici est que le premier élément aurait le premier groupe de signification comme référent alors que le deuxième élément cuecuenoti ferait, lui, référence au deuxième ensemble sémantique.

   

 302 J. Campbell, 1985, p.84

 

1151


   
 

01.02.25  ilhuia : dire

Cet élément apparaît six fois, dans trois anthroponymes personnels et trois glyphes de compte 303.

   

 303 101.H.29 : Cemilhuitzin, 101.L.32 : Cemilhuitzin, 101.M.01 : Cemilhuitzin, X.080.E.08cemilhuitl Tlahuizcalpan, X.070.H.04+05 : cemilhuitl matlactli ei Tecpatl, X.080.H.01nahui ?

 

1153

Il figure un rectangle, avec un cadre, dont l'espace intérieur est divisé par une diagonale allant de l'angle supérieur gauche vers l'angle inférieur droit. Chacun des triangles ainsi formés comporte une volute semblable à celle de l'élément tlatoa : « parler » (supra p. 281). Du fait de leur intégration dans les triangles, les volutes se trouvent tête-bêche.

   
1154

Cet élément est désigné par le mot ilhuia : « dire » à la suite des citations qui donnent pour lecture des anthroponymes Cemilhuitzin. Ces anthroponymes sont composés de deux éléments, le premier élément, centli : « épi de maïs sec », ayant pour valeur phonique cem (supra p. 522), et l'élément ilhuia. Si l'on suppose les citations correctes, cet élément ne peut avoir que la valeur ilhui. Or il se trouve que cette valeur peut venir, soit du radical du verbe ilhuia, nite : « dire quelque chose à quelqu'un ou bien découvrir un secret », soit du substantif ilhuitl : « jour ou jour de fête ». Les volutes étant évidemment plus proches du sens de ilhuia que de ilhuitl, c'est le premier terme qui a été choisi pour signification.

   
1155

 Valeur phonique : ilhui

   
1156

Comme il a été indiqué précédemment cette valeur est déduite des citations d'Alva Ixtlilxochitl. Elle correspond à la fois au radical du verbe ilhuia et à celui du substantif ilhuitl : « jour » 304. Les glyphes soit étant des dates, soit comportant toujours comme élément associé centli : « épi de maïs sec », la signification des glyphes renvoie au mot ilhuitl : « jour ». L'association de centli et de ilhuia donne à lire l'expression cemilhuitl signifiant « l'espace d'une journée » qui n'a aucun rapport avec le sens des désignations de chacun des éléments.

   

 304 Ceci est sans doute rendu possible par le fait que ces deux racines ont, selon le dictionnaire de F. Kartunnen, leurs voyelles de même longueurs.

 

 

01.03.    Parties du milieu du corps



   
 

01.03.01  tlactli : torse

Cet élément est utilisé seulement dans un anthroponyme personnel 305. Il présente, de face, un torse humain avec les deux extrémités supérieures étendues.

   

 305 X.050.A.47Tlactzin

 

1159

 Valeur phonique : tlac

   
1160

La lecture du glyphe et la valeur qui en est déduite sont tout à fait hypothétiques car elles ne reposent, ni sur des citations, ni sur des glyphes connus dans d'autres sources strictement comparables. En effet, Aubin mentionne un élément tlactli dans le Codex Vergara mais ce dernier comporte une tête et les bras sont disposés le long du torse 306  ; et le Codex Florentino offre dans une de ses vignettes un élément tlactli ne figurant que le torse stricto sensu, sans les bras et la tête 307. Mais ces différences correspondent peut-être simplement à différentes acceptions du mot tlactli. Ce dernier, selon Lopez-Austin, peut désigner, soit la partie supérieure du tronc, tête et extrémités supérieures comprises, soit le tronc stricto sensu, soit encore le tronc avec les extrémités supérieures. Cette dernière possibilité, qui correspond à l'élément, étant qualifiée de douteuse. 308

   

 306 M. Aubin, 1885, p. 38

 

 307 CF,X,27,118 et No 153 (f.83r)

 

 308 A. Lopez-Austin, 1980, II p. 187: 1) Parte del tronco superior a la cintura, comprendidas las extremidades superiores y la cabeza. 2) Tronco, o sea la parte del cuerpo de la  que se excluyen las extremidades y la cabeza. 3) Tronco y extremidades superiores (dudoso).

 

1161


   
 

01.03.02  yollotl : coeur

Cet élément est utilisé dans cinq anthroponymes personnels semblables 309.

   

 309 X.050.E.08Teyolcocoatzin, X.060.E.12Teyolcocoatzin, X.070.E.03Teyolcocoatzin, X.090.J.11Teyolcocoatzin, X.090.M.01Teyolcocoatzin

 

1163

Sa forme ovoïde est trop schématique pour permettre à elle seule sa reconnaissance. Celle-ci est assurée par les deux lignes intérieures qui en sont le trait distinctif 310. La signification de ces lignes, au dessin particulier sans rapport avec le réel, ne nous est pas connue.

   

 310 On retrouve ce même trait distinctif dans le Codex Mendoza(f. 16') ou la Matrícula de Huexotzinco (f.783v) par exemple.

 

1164

 Valeur phonique : yol

   
1165

Cette valeur correspond au radical de l'élément.

   
1166


   
 

01.03.03  corps(05)

Cet élément apparaît une fois, dans un anthroponyme personnel 311.

   

 311 X.040.B.34Cuauhcihuatzin

 

1168

Il figure un corps sans sa tête, celle-ci étant remplacé par celle d'un aigle, c'est à dire par un élément cuauhtli : « aigle ». Ce corps est vêtu d'une blouse et d'une jupe ce qui le marque comme étant du sexe féminin.

   
1169

Cet élément corps(05) n'a pas de fonction propre dans la lecture, celle-ci est assurée par les élément huipilli : « blouse » et cueitl : « jupe ». Ce sont ces deux élément qui donnent la première lecture « in huipilli in cueitl » métaphore signifiant cihuatl : « femme » (infra p. 728).

   
1170

Le fait que ce sont les élément cueitl et huipilli qui importent dans la lecture est montré, d'une part, par la représentation frontale de la blouse, qui sur les personnages est toujours figurée de trois-quart alors que sa figuration en tant qu'élément glyphique est toujours de face et, d'autre part, la comparaison avec le glyphe X.040.B.53. Ce glyphe est constitué des éléments cuauhtli : « aigle », huipilli : « blouse », cueitl : « jupe » c'est à dire, à l'exception de corps(05), des mêmes éléments que ceux du glyphe X.040.B.34. Or les deux glyphes désignent un même personnage dont l'identité est marquée par un lien graphique.

   
1171

Même si la lecture des glyphes était inconnue, leur comparaison suggère que l'élément corps(05) est -pour reprendre une expression forgée par J. Galarza et A. Zemzs- un « surplus iconique » dont l'apparition est liée à la différence de taille des deux glyphes.

   
1172

 Valeur phonique : (cihuatl)

   
1173

La lecture de ce glyphe et de son homologue X.040.B.53 est tirée de citations concordantes de plusieurs sources. Elle montre l'utilisation métaphorique des éléments constitutifs des personnages.

   
1174


   
 

01.03.04 corps(07)

Cet élément est utilisé dans cinq anthroponymes personnels semblables 312.

   

 312 X.060.G.08Tochpiltzin, X.060.B.11Tochpiltzin, X.070.B.41Tochpiltzin, X.100.G.60Tochpiltzin, X.040.F.01Tochpiltzin

 

1176

Il figure un corps humain sans sa tête, celle-ci étant remplacée par celle d'un lapin, c'est à dire par l'élément tochtli : « lapin ». Ce corps est en position à croupetons et il est vêtu d'un pagne, ou Maxtlatl, ce qui le marque comme étant du sexe masculin. Alors que l'élément corps(05) (supra p. 294), très proche dans la mesure où il figure le même ensemble de parties du corps, est figuré en partie de face, celui est entièrement de profil.

   
1177

 Valeur phonique : (pil)

   
1178

Cette valeur résulte de la synthèse de plusieurs informations textuelles -aucun élément comparable n'ayant été trouvé- plus ou moins contradictoires; elle est largement hypothétique.

   
1179

Les cinq glyphes sont composés de l'élément corps(07) associé à l'élément tochtli : « lapin ». Trois de ces glyphes sont annotés dans le Xolotl Tochintecuhtli, soit comme les glyphes tochtli composés du seul élément tochtli. Alva Ixtlilxochitl n'est pas d'accord sur ce point avec l'auteur de ces annotations car il cite ces glyphes, 3 fois Tochintzin et 2 fois Tochpili ou Toxpiltzin. Plusieurs hypothèses sont envisageables :

   
1180

1) Tochtecuhtli.

   
1181

L'annotation du Xolotl serait correcte. Cela signifierait que ce qui dans le personnage transcrit tecuhtli, pourrait être remplacé par l'élément corps(07). Une forme serait simplement plus abrégée que l'autre. Ceci est possible mais, dans les cas connus de cette sorte, les parties des glyphes et des personnages sont identiques, superposables. Or ici ce n'est pas le cas car aucun des personnages concernés n'est figuré nu avec seulement son Maxtlatl. Sur cette base graphique cette hypothèse est rejetée.

   
1182

2) Tochpiltzin ou tochpilli.

   
1183

Dans cette hypothèse on accorde la valeur pilli ou bien piltzintli : « enfant » à l'élément corps(07). Cette hypothèse se heurte au fait que dans les généalogies les enfants n'ont jamais le corps figuré nu avec un Maxtlatl et que dans la Matrícula de Huexotzinco 313 un glyphe annoté Tochpiltzintli montre que piltzintli est transcrit par une petite tête.

   

 313 f. 712v

 

1184

3) Tochintzin.

   
1185

On considère, comme le fait Alva Ixtlilxochitl, le suffixe comme un diminutif et non pas un révérenciel et l'on attribue à l'élément corps(07) la même valeur qu'à l'élément tzintli : « fesses ». En fait cet élément est trop bien défini pour admettre une telle variante 314.

   

 314 La Matrícula de Huexotzinco présente onze cas d'expression commençant par tzin... et tous les éléments tzintli sont traditionnels.

 

1186

4) Tochpil.

   
1187

Pil est considéré comme étant un suffixe diminutif proche du suffixe tzin. Dans ce cas à la proximité sémantique des suffixes correspondrait une proximité graphique des éléments utilisés.

   
1188

5) Tochpilli.

   
1189

Pilli est considéré comme signifiant « enfant » et « seigneur ». Dans cette hypothèse l'élément corps(07) devrait garder ces significations, même si on le rencontre comme composante d'un personnage. Parmi les quelques 315 personnages du Xolotl où l'on rencontre la combinaison d'un buste, d'un bras (parfois caché par le tilmatli), d'un pagne et la position à croupetons, il est dit, de trois des personnages de la planche X.080, dans les Relaciones et l'Historia Chichimeca que Tezozomoc réunit ses trois fils : « junto a todos sus tres hijos » et « mando parecer ante si a sus tres hijos 316  ». La relation parentale est normalement exprimée par des liens graphiques qui unissent le père et la mère et les enfants. Là, cette situation n'existe pas et il est possible que, pour exprimer le mot « fils », il ait été choisi de l'intégrer dans le personnage. Le choix du Maxtlatl s'expliquerait par l'existence d'une métaphore que R. Siméon a recueillie dans Olmos : « Maxtlatia, nino : mettre sa ceinture, porter le pagne; au fig. être seigneur, être honoré, estimé ».

   

 315 Les personnages masculins d'origine toltèques des planches 011 et 012, X.020.D.52, X.040.A.26, X.040.B.26+, X.080.D.08, X.080.D.14, X.080.D.21, X.080.E.13, X.080.E.15, X.080.E.17 et X.080.G.08

 

 316 II,54 et I,349

 

1190

La valeur pil a été retenue parce que c'est celle qui prend en compte le plus grand nombre des informations recueillies et parce que le fonctionnement de cet élément corps(07) serait dans ce cas sur le même modèle que corps(05) dont il est graphiquement très proche. Dans les deux cas le corps ne servirait que de support à un vêtement qui lui donne une première lecture métaphorique qui elle-même renvoie ensuite à la valeur de l'élément.

   
1191


   
 

01.03.05  maitl(01) : bras

Cet élément présente cinquante-six occurrences dont vingt-huit anthroponymes personnels, huit anthroponymes collectifs, quatre anthroponymes locatifs, quatorze toponymes, un glyphe agrandi et un de type varia 317.

   

 317 X.030.G.14Acolhua, X.040.F.30Acolhua, X.040.F.32Acolhua, X.050.A.39, X.060.E.02Acolhua, X.012.D.49Acolhua, X.012.D.68Acolhua, X.020.G.12Acolhua, X.020.G.26Acolhua, X.060.F.58Acolhua, X.070.F.27Acolhuaca(tl), X.030.A.17Acolhuaca(tl), X.030.E.06Acolhuaca(tl), X.030.E.34Acolhuaca(tl), X.070.G.04Acolhuaca(tl), X.070.F.03Acolhuaca(tl), X.070.H.06Acolhuaca(tl), X.070.H.07 :  Acolhuacatl(tl), X.060.B.22acolmeca(tl) ouAcolhuaca(tl), X.090.C.38acolmeca(tl) ouAcolhuaca(tl), X.012.D.12Acolhuaca(tl), X.070.E.23acolmeca(tl), X.060.E.16Acolman, X.070.E.10Acolman, X.070.G.12Acolman, X.070.G.20Acolhuacan, X.070.G.27Acolhuaca(tl), X.080.A.26Acolman, X.080.J.17 :  acol..., X.090.M.12Acolman, X.012.D.55Acolhuacan, X.030.C.25+26 : Acolhuaoztoc, X.050.C.12Acolhuacan, X.070.G.23acolmeca(tl), X.090.E.35 :  acol..., X.050.E.07Acolman altepetl, X.040.G.29+30 : Acolhuatlalli atlalli, X.020.C.15 :  Acolhua..., X.040.C.25Acolmiztli, X.040.C.39Acolmiztli, X.030.C.47Acolmiztli Xalmatzin, X.050.G.67Acolnahuacatzin, X.020.G.32Acamapichtli, X.030.F.10Acamapichtli, X.040.I.13Acamapichtli, X.050.G.23Acamapichtli, X.050.G.33Acamapichtli, X.050.H.01Acamapichtli, X.080.J.07Acamapichtli, X.040.E.26Acamapichtli, X.040.G.47Acamapichtli, X.030.C.27Matzicoltzin, X.040.B.55Matzicoltzin, X.040.B.43Matzicoltzin, X.050.C.16...quetzalotlama..., X.050.D.08Temactzin

 

1193

Cet élément figure un bras comprenant la partie supérieure, l'avant-bras et la main. Le bras est légèrement plié, l'avant bras à l'horizontale ou bien un peu relevé 318. Quand cet élément n'est pas associé à l'élément piqui : « tenir » (infra p. 304) la main est ouverte, doigts serrés. Quelques éléments montrent des ongles ce qui implique que c'est la face externe du bras qui est visible ainsi que le dessus de la main.

   

 318 Une exception en X.040.C.39 où le bras est replié, l'avant-bras à la verticale.

 

1194

Cet élément maitl(01) est de la même couleur que les personnages masculins, c'est à dire brun sur la planche X.012 et bis sur la X.020n> 319.

   

 319 Dans un seul cas, X.012.D.12, il n'y a pas de couleur.

 

1195

Ce bras est désigné par le mot maitl à la suite des travaux de A. Lopez-Austin 320. Sur les planches de cet auteur, les dessins correspondant à ce terme sont très proches de l'élément considéré, si ce n'est qu'ils montent un peu plus haut vers le cou. Cet élément est le plus souvent désigné par les auteurs 321 par le mot acolli. Celui-ci n'a pas été retenu car il ne correspond à aucune des cinq définitions de ce vocable que Lopez-Austin a pu dégager des sources : 1) bras, de l'épaule au coude, 2) épaule et bras jusqu'au coude, 3) humérus, 4) muscles du bras et de l'épaule, 5) épaule 322. Toutes ces définitions ont en commun de situer la partie nommée acolli dans la partie supérieure du bras, en excluant l'avant-bras et la main qui figurent dans l'élément maitl(01). L'ajout du numéro (01) à la suite du mot maitl : « bras » tient au fait que le même vocable est utilisé pour désigner les pattes antérieures des quadrupèdes (maitl(02) : infra p. 411). S'agissant de deux éléments différents mais à désignations semblables, des nombres ont du être ajoutés pour les différencier.

   

 320 1980, I, p. 102 et 130 et II, 143

 

 321 Par exemple R. Barlow & B. MacAfee, 1949, p. 9

 

 322 A. Lopez-Austin, 1980, II,143: « 1) Brazo, del hombro al codo 2) hombro y brazo, hasta el codo 3) húmero 4) músculos del brazo y del hombro 5) hombro.

 

1196

Sur les cinquante-six occurrences, neuf ne sont pas orientées selon leurs contextes et aucun explication n'a été trouvée pour expliquer ce phénomène 323.

   
1197

 Valeurs phoniques : ma , m, (acol)

   
1198

La première valeur, correspondant au radical, se trouve dans les lectures Acamapichtli, Matzicoltzin, Temactzin et Acolman. Dans le premier cas, en association avec l'élément piqui : « tenir » (infra p. 304) figuré par une main fermée sur quelque chose, l'élément maitl donne la lecture du verbe mapiqui : « empoigner » en fournissant la première syllabe. Dans le second la composition avec intégration externe de l'élément coltic : « courbé » donne matzicol de matzicoltic : « goutteux ». Dans cette lecture, la syllabe médiane tzi n'est pas transcrite, tandis que la syllabe initiale est transmise par l'élément maitl(01) 324. Dans la lecture Temactzin l'élément maitl(01) transcrit la syllabe médiane tandis que la position particulière de la main fournit peut être la postposition locative c : « dans », à moins que l'ensemble du bras et de sa position donne à lire le verbe maca : « donner » ? 325

   

 324 Des citations relevées chez Alva Ixtlilxochitl et dans le manuscrit 245 de la Bibliothèque Nationale suggèrent une autre lecture: Manahuatzin (ma-nahua-tzin; de maitl: « bras », nahua: « parler » et tzin: « suffixe honorifique »). Selon ce point de vue l'élément tlatoa: « parler » -dont une des valeurs est nahua (supra p. 276)- serait intégré dans la partie supérieure de l'élément maitl(01). Graphiquement la solution est plutôt surprenante mais pas impossible. Si cette hypothèse s'avérait fondée la valeur de l'élément maitl(01) serait de toute façon toujours ma... .

 

1199

La valeur m correspond aux lectures acolmeca(tl) dans lesquelles les syllabes finales .ecatl expriment les suffixe locatifs.

   
1200

La valeur acol de acolli : « partie supérieure du bras » n'existe que lorsque l'élément maitl : « bras » est associé à l'élément atl : « eau ». Les deux éléments sont toujours disposés, sauf dans un cas, de la même façon : l'élément atl : « eau » est comme posé sur l'extrémité supérieure du bras, enveloppant celle-ci. Dans la disposition exceptionnelle l'élément atl : « eau » suit la partie commune aux deux éléments correspondant à la première des définitions du mot acolli ci-dessus 326. Dans ces compositions, l'élément atl : « eau » joue le rôle de déterminatif indiquant que, en sa présence, l'élément maitl prend, en plus de sa valeur ma, la valeur acol d'acolli : « partie supérieure du bras ». Cet élément remplit cette fonction par sa position particulière, qui désigne dans l'élément maitl(01) la partie nommée acolli. Le choix de cet élément tient sans doute au fait que la valeur de l'élément atl est semblable à celle de la première syllabe de acol... . Cette idée a déjà été exprimée par C. Dibble 327. Il faut cependant noter à l'encontre de cette explication que, selon le dictionnaire de Kartunnen, acolli aurait un « a » bref suivit d'un saltillo tandis que atl : « eau » a une voyelle longue 328. L

   

 327 C. Dibble, 1971, p.328

 

 328 F. Kartunnen, 1983, p. 5 . L'auteur dans ses sources concernant acolli ne cite que deux documents contemporains ce qui limite la portée du renseignement. Ce mot ne figure pas dans le dictionnaire de Bierhorst ni dans les index de Andrews et Launey.

 

1201

Le fait que les deux valeurs ne sont pas exclusives l'une de l'autre est visible dans les toponymes lus Acolman 329. Dans ce cas atl + maitl(01) donne à lire les deux premières syllabes acol, tandis que l'élément maitl fournit la syllabe suivante, ma. Dans ces toponymes le « n » final n'est pas transcrit.

   
1202

Tous les glyphes composés seulement des élément maitl(01) et atl : « eau » ont reçu diverses lectures : Acolhua, pour les anthroponymes personnels, Acolhuaca(tl) pour les anthroponymes collectifs et locatifs, Acolhuacan et Acolman pour les toponymes. Tous les glyphes sont semblables et c'est seulement le contexte qui permet de savoir de quel type de glyphe il s'agît et, a fortiori, quelle lecture doit être donnée. Il faut indiquer cependant que le choix n'est pas toujours évident et certaines lectures sont probablement sujettes à caution.

   
1203


   
 

01.03.06  piqui : tenir

Cet élément apparaît dans neuf glyphes semblables, des anthroponymes personnels lus Acamapichtli 330.

   

 330 X.020.G.32Acamapichtli, X.040.G.47Acamapichtli, X.050.G.23Acamapichtli, X.050.G.33Acamapichtli, X.050.H.01Acamapichtli, X.080.J.07Acamapichtli, X.040.E.26Acamapichtli, X.040.I.13Acamapichtli, X.030.F.10Acamapichtli

 

1205

Le trait caractéristique de cet élément, ce sont les doigts de la main qui sont repliés figurant une main fermée sur un objet. Dans toutes les occurrences cet élément est intégré dans l'élément maitl(01) : « bras » (supra p. 299). Mais ici c'est la face interne du bras qui est figuré alors que, quand maitl(01) n'intègre pas l'élément piqui, c'est alors la face externe du bras qui est visible.

   
1206

Tous les glyphes sont orientés comme leurs contextes.

   
1207

 Valeur phonique : pich

   
1208

La lecture des ces glyphes est fournies par les diverses citations et, s'agissant d'un personnage de premier plan de l'histoire de la vallée de Mexico, cette dernière peut être considérée comme assurée. Acamapichtli se décompose en aca-ma-pich-tli, de acatl : « roseau », maitl : « main », pich : « ? » et tli : « suffixe de substantif ». Les substantifs de cette espèce sont régulièrement, quand leur suffixe est en tli, formé sur le radical du passé du verbe. Or le verbe piqui 331 " fait son passé en opic. Dans les substantifs construits sur ce verbe, la forme normale de la racine verbale doit donc être pic,et c'est bien ce que l'on trouve par exemple dans le mot tlamacpictli : « tenu, porté à la main ». Il faut donc supposer que l'on a affaire dans ce cas à une formation irrégulière ou bien que le verbe n'est pas piqui. Un autre verbe pourrait convenir c'est le verbe pia, nitla : « garder ». Il n'est pas en contradiction avec l'élément et il fait son passé en opix. Malgré tout, c'est la solution piqui qui a été retenue, sans qu'aucune raison objective à ce choix puisse être avancée.

   

 331 La traduction est emprunté à J. Campbell, 1985, p. 254.

 

1209


   
 

01.03.07  macpalli : main

Cet élément est utilisé dans trente-sept glyphes : vingt anthroponymes personnels, deux anthroponymes locatifs, onze toponymes et quatre glyphes de type varia 332.

   

 332 X.080.H.32, X.060.E.06Huipilmanatzin, X.090.A.01Tlaxcalteca(tl), X.090.J.06Tlaxcalteca(tl), X.030.B.09Tlaxcallan, X.060.A.07Tlaxcallan, X.090.A.43Tlaxcallan, X.090.C.01Tlaxcallan, X.090.D.30Tlaxcallan, X.090.G.22Tlaxcallan, X.050.B.09Tlaxcallan altepetl, X.070.B.03Tlaxcallan Xolochtepec, X.050.H.08Itzmatetlapac, X.060.H.07Itzmatetlapac, X.100.J.05Itzmatetlapac, X.010.E.11Tepexocmaco altepetl, X.011.A.19+20 : Tepexocmaco ..., X.040.H.21Iztamatzin, X.040.C.38Xalmatzin, X.060.F.21Xiuhmatzin, X.090.H.01Tozmatzin, X.070.F.20Temacpalco Xolochtepec, X.060.G.06Quetzalmaquiztli, X.100.E.01Quetzalmaquiztli, X.100.E.05Quetzalmaquiztli, X.100.G.14Quetzalmaquiztli, X.050.B.36Macuextzin, X.012.D.56Macuexpantzin, X.080.G.17...miqui..., X.090.J.14Cenmactzin, X.090.L.16Cenmactzin, X.060.F.31Amantzin, X.050.G.46Amantzin, X.070.D.05Tenamamactzin, X.050.H.53Xilomactzin, X.090.F.33, X.100.D.24 :   

 

1211

Il figure une main, généralement la droite, vue de dessus, puisque dans un bon nombre de cas les ongles sont visibles. D'un point de vue morphologique, deux  »s se distinguent : il y a les mains figurant nettement le poignet et celles qui sont comme coupées avant ce dernier. Il n'a pas été tenu compte de ces variantes dans le classement des éléments.

   
1212

La main peut être dessinée verticale au repos, doigts serrés, ou bien, soit avec une position horizontale, soit avec le pouce écarté, ce qui marque une action ou une relation particulière dont il y a lieu de tenir compte dans les lectures.

   
1213

Ces éléments macpalli sont colorés en bis ou en brun selon la planche sur laquelle ils se trouvent, c'est à dire toujours de la même couleur que les personnages masculins 333.

   
1214

Quand les mains sont verticales avec les doigts serrés, il est difficile de distinguer le pouce du petit doigt et, par conséquent, de définir l'orientation. Il semble cependant que, dans ce cas, l'élément soit considéré comme ayant un axe de symétrie et qu'il échappe du coup à l'obligation d'être orienté comme son contexte. Quand le pouce est écarté, dans trois cas l'orientation est inverse du contexte et dans trois autres cas, elle est semblable. Ceci vient du fait que, à une exception près, tous les éléments sont systématiquement tournés vers la gauche 334.

   
1215

La désignation par le mot macpalli : « main » de cet élément vient de l'étude de A. Lopez-Austin. C'est ainsi qu'il nomme l'ensemble de la main sur la planche dont le dessin de la main entière avec le poignet correspond bien à l'élément considéré 335. Comme pour l'élément maitl(01) : « bras » (supra p. 299), cette désignation ne correspond pas à celle qui est couramment rencontrée 336. La désignation macpalli est préférée à celle de maitl : »main », d'une part, parce que ce terme est déjà utilisé avec le sens de « bras » et, d'autre part, parce qu'elle concilie les résultats obtenus par Lopez-Austin, la valeur traditionnelle ma et enfin la lecture particulière du toponyme Temacpalco 337 dans laquelle on trouve le radical entier de l'élément.

   

 335 A. Lopez-Austin, 1980, I,p.132

 

 336 R. Barlow & B. MacAfee, 1949, p. 24

 

1216

 Valeurs phoniques : macpal , ma, (mac), (mana, man), (tlaxcal)

   
1217

Cet élément est riche de valeurs : il y a, d'une part, celles qui sont données par l'élément seul -macpal et ma-, et d'autre part, les autres, qui dérivent d'une position particulière ou d'une association avec un autre élément.

   
1218

- macpal : c'est le radical de l'élément. Il est lu sous sa forme entière dans le toponyme Temacpalco 338. Cette lecture s'appuie sur plusieurs citations concordantes d'Alva Ixtlilxochitl, mais graphiquement rien ne semble indiquer que, dans ce cas là, le radical entier de l'élément doive être pris en considération pour la lecture.

   
1219

- ma : cette valeur se rencontre dans les glyphes lus Itzmatetlapac, tepexocmaco, Iztamatzin, Xalmatzin, Xiuhmatzin et Tozmatzin. C'est la valeur la plus connue de cet élément. Elle sert par ailleurs de déterminatif phonique pour les lectures Quetzalmaquiztli, Macuextzin ou Macuexpantzin (infra p. 751).

   
1220

- mac : cette valeur correspond aux glyphes lus Cenmactzin, Tenamamactzin et Xilomactzin. Cette valeur est indiquée par le pouce qui s'écarte de la main libérant ainsi une place pour un autre élément. Il est probable que cette valeur corresponde au radical bref du verbe maca, nitla : « donner », c'est en tout cas ce que suggère certains glyphes semblables de la Matrícula de Huexotzinco qui sont annotés tlamaca 339.

   

 339 MH f. 792v et 793r

 

1221

- mana, man : ces valeurs apparaissent dans les glyphes lus Huipilmanatzin et Amantzin. Elles sont vraisemblablement marquées par la position horizontale ou inclinée de l'élément contrastant avec les autres qui sont tous verticaux. La première valeur correspond au radical du verbe mana, nitla : « donner » tandis que la seconde est le radical bref du même verbe.

   
1222

tlaxcal  : radical de tlaxcalli : « tortilla ». Cette valeur se trouve dans les nombreux glyphes lus Tlaxcallan ou tlaxcalteca(tl). Dans ce cas l'élément macpalli : « main » n'est pas lu. La main, « outil » fondamental dans la fabrication des tortillas, ne sert là qu'à caractériser un élément dont la forme très simple pourrait être équivoque.

   
1223


   
 

01.03.08  geste(01)

Cet élément est figuré deux fois dans des glyphes varia semblables 340.

   

 340 X.090.F.33, X.100.D.24 :   

 

1225

Il figure deux mains écartées dont les poignets sont joints. Il s'agît vraisemblablement d'un élément transcrivant un verbe mais celui-ci n'a pas été trouvé, sa valeur phonique est par conséquent inconnue.

   
1226

 Valeur phonique : ?

   
 

01.04.    Parties du bas du corps



   
 

01.04.01  tzintli : fesses, postérieur

Cet élément est utilisé vingt-neuf fois, dans deux anthroponymes, cinq anthroponymes locatifs et vingt-deux un toponymes 341.

   

 341 X.040.C.01Huexotzinco, X.050.D.09Huexotzinco, X.060.C.06Huexotzinco, X.070.D.03Huexotzinco, X.090.A.15Huexotzinca(tl), X.090.A.44Huexotzinco, X.090.B.27Huexotzinco, X.090.D.24Huexotzinco, X.090.G.31Huexotzinco, X.090.J.01Huexotzinca(tl), X.050.H.31Mexicatzinco, X.060.H.22Mexicatzinco, X.070.H.29Mexicatzinco, X.040.H.09Mexicatzinco, X.060.C.05 :  xalchiauhtzinco, X.070.B.05chiauhtzinco, X.030.A.10Tollantzinco, X.050.A.13Tollantzinco altepetl, X.090.E.18Texcotzinco, X.060.D.14Ayotzinco, X.080.D.15Tlatocaicpaltzin, X.080.E.12Tlatocaicpaltzin, X.020.A.14Tollantzinco, X.040.E.01Tollantzinca(tl), X.070.E.16Tollantzinca(tl), X.030.C.15Huexotzinco, X.090.C.37Huexotzinca(tl), X.040.C.02tziuhtzinca(tl), X.100.I.16Mexicatzinco ...

 

1229

Il figure la partie inférieure d'un corps masculin, depuis la moitié du tronc jusqu'aux pieds, en position à croupetons. Cette partition du corps ne correspond à aucune dénomination particulière en nahuatl. La masculinité de l'élément est sous-entendue par le Maxtlatl : « pagne », figuré par les deux traits parallèles au niveau de la taille, et par la couleur bise, qui est celle des hommes.

   
1230

Cet élément présente deux variantes qui jouent de la position. Dans le plus grand nombre de cas, l'élément est sens dessus dessous, les autres occurrences sont en position naturelle. Cet élément est un cas où le tout, la moitié inférieure du corps, est utilisé pour la partie, les fesses. Le retournement cul par-dessus tête de l'élément correspond au cas rencontré avec l'élément yacatl : « nez » (supra p. 255) où la partie devant être lue se trouve au contact de l'autre élément. Ici le retournement de l'élément tzintli permet aux éléments végétaux de s'accoler au postérieur et ainsi de le désigner pour la lecture. Cette explication ne vaut plus quand l'élément est en position naturelle, mais dans ce cas le contact avec le tronc coupé net renvoie peut-être à l'autre signification du mot tzintli, qui est « base, fondation ».

   
1231

Le fait que l'élément soit souvent retourné n'empêche pas, du fait qu'il est dessiné de profil, qu'il puisse être orienté. Pour s'en rendre compte, il suffit de considérer les deux anthroponymes lus Tlatocaicpaltzin qui désignent, l'un, un personnage tourné vers la gauche et, l'autre, un personnage tourné vers la droite 342. Pour apprécier l'orientation des éléments, il suffit de les remettre mentalement dans leur position naturelle et l'on s'aperçoit alors que les deux éléments tzintli sont bien orientés comme les personnages dont ils transcrivent le nom. Cependant les autres glyphes laissent penser que l'orientation de cet élément dépend non seulement du contexte mais, plus encore, du type de glyphe dont il fait partie et de sa position. Ainsi tous les éléments retournés des glyphes toponymiques ou des anthroponymes locatifs sont orientés vers la gauche, indépendamment du contexte 343. Tandis que cinq des sept éléments en position naturelle sont orientés vers la droite 344.

   

 343 Il y a peut-être une exception en X.040.C.01

 

 344 Les exceptions sont X.090.C.37 et X.040.C.02

 

1232

 Valeur phonique : tzin

   
1233

Dans toutes les lectures des glyphes toponymiques, tzin est un suffixe diminutif marquant la petitesse du terme concerné. Ainsi Huexotzinco se décompose en huexo-tzin-co de huexotl : « saule », tzin : « suffixe diminutif », co : « suffixe locatif ». Une telle expression signifie « dans les petits saules ». La signification de tzin dans les expressions lues n'a donc aucun rapport avec celle de la désignation de l'élément, « fesses, base ». Là encore il y a rupture dans la chaîne réalité-signification.

   
1234

Dans les anthroponymes lus Tlatocaicpaltzin, le suffixe tzin a le même sens que dans les toponymes. Ce suffixe ne doit pas être confondu avec le suffixe révérenciel tzin qui lui n'est jamais exprimé graphiquement, au moins au niveau des glyphes.

   
1235

L'utilisation de l'élément tzintli : « fesses, base » pour transcrire le suffixe diminutif tzin semble indiquer que, dans ce cas, la longueur de la voyelle n'était pas prise en compte. Selon les dictionnaires de Kartunnen et Bierhorst, tzintli aurait une voyelle longue tandis que celle du suffixe diminutif serait brève. Le conditionnel est employé car ces deux auteurs ne paraissent pas très surs de ce point. Le premier écrit que « tzintli et tzïntli étaient originellement homophones et que leur différenciation a été un phénomène local » tandis que le second note que le suffixe tzin avait « probablement un voyelle courte » 345.

   

 345 F. Kartunnen, 1983, p. 314 : « ...this suggest that tzin-tli and tzïn-tli were originally homophones and that differentiation of them has been a local phenomenon. »

J. Bierhorst, 1985, II, 376: TZIN: (presumably with vomel short, should probably change to -tzïn- when followed by one or more additional suffixes.. »

M. Launey, 1979, p. 226 et 235 donne lui une valeur courte aussi bien au substantif tzintli qu'au suffixe tzin.

 

1236


   
 

01.04.02  xocpalli : pied

Cet élément est figuré quatre fois dans des anthroponymes personnels 346.

   

 346 X.010.I.18Acxocuauh, X.012.D.46Acxocuauh, X.070.A.57Itzcuinxotzin, X.030.C.52+ : Cohuaxoanac

 

 

1238

Il s'agît d'un pied figuré jusqu'à hauteur de la cheville. Dans les trois premiers glyphes, l'élément est indépendant tandis que, dans le dernier, autant qu'il est possible de s'en rendre compte car il est très endommagé, c'est le pied du personnage qui est mis à profit. Dans ce dernier cas, le pied joue à la fois le rôle d'élément constitutif du personnage et du glyphe.

   
1239

Cette partie du corps humain est désignée par A. Lopez-Austin par le terme xocpalli : « pied », aussi ce terme a-t-il été retenu de préférence à xotl qui est un synonyme 347.

   

 347 A.Lopez-Austin, 1980, I, p. 138 et II, p. 196

K.A. Nowotny, 1959, p. 106

 

1240

L'élément est coloré de bis ou de brun, c'est à dire qu'il est masculinisé 348. Les pieds sont figurés de profil avec les doigts de trois-quart, comme les pieds des personnages. Ils sont orientés comme leurs contextes à l'exception de X.070.A.57 dont l'élément xocpalli est, non seulement orienté à l'inverse du personnage qu'il nomme, mais encore de l'autre élément itzcuintli : « chien » du glyphe.

   
1241

 Valeur phonique : xo

   
1242

Cette valeur est suggérée par des citations concernant les deux premiers glyphes lus Acxocuauh. Les deux lectures suivantes sont beaucoup plus hypothétiques : en ce qui concerne la lecture Cohuaxoanac (cohua-xo-ana-c; de cohuatl : « serpent », xotl : « pied », ana, nite : « saisir », c : « ? »), elle est tirée d'une citation Coazanac que l'on suppose incorrecte. Quant au glyphe lu Itzcuinxotzin, il est fort possible que l'orientation particulière de son élément xocpalli indique que la valeur retenue dans ce cas devrait être autre que xo. La lecture pourrait être aussi bien itzcuinxocpaltzin ou bien itzcuinicxitzin. Ces valeurs xocpal, de xocpalli : « pied » et icxi de Icxitl : « pied, jambe » sont attestées dans d'autres documents 349.

   

 349 MH f. 564r et 564v.  Mapa de Tepechpan f. 2 et 3.

 

1243


   
 

01.04.03  xocpalmachiyotl : empreinte.

Cet élément apparaît dans quarante-huit glyphes, dont vingt-trois anthroponymes personnels, deux anthroponymes locatifs, huit toponymes, deux glyphes agrandis et treize varia 350.

   

 350  X.040.B.57+ : , X.050.H.49+ : , X.030.C.11, X.070.F.25, X.020.C.07Chichimecatlalpaintzin, X.060.B.28Chichimecatlalpaintzin, X.090.C.15Chichimecatlalpaintzin, X.060.C.16Opantecuhtli, X.060.D.28Opantecuhtli, X.100.D.32Ceotzin, X.010.A.01Tenamitec, X.020.A.01Tenamitec, X.040.C.23Opantecuhtli, X.040.E.13Opantecuhtli, X.050.D.49Opantecuhtli, X.050.E.21Opantecuhtli, X.070.C.25Opantecuhtli, X.070.C.40Opantecuhtli, X.100.G.06Opantecuhtli, X.100.G.08Opantecuhtli, X.050.C.04Chichimecatlalpaintzin, X.090.B.52xomeitic otenco, X.090.I.13otli copa, X.080.H.42yauh, X.050.H.48, X.090.F.51yauh, X.050.H.41Quetzalya, X.050.H.59Quetzalya, X.060.H.18Quetzalya, X.100.J.29Quetzalya, X.050.G.84Totoquihuaztli, X.060.G.41Totoquihuaztli, X.080.I.10yauh, X.060.F.36Tzontemoctzin, X.050.B.17Huexotlatemo..., X.050.B.41Tlailotlacan, X.050.F.11Tlailotlacan, X.040.B.27Tlailotlacan, X.050.B.26Tlailotlacan, 101.L.35 : tlailotlac, X.070.A.07tlailotlaca(tl), X.070.B.24Tlailotlacan, X.060.D.39+ : iloa, X.040.G.17maxalihui, X.040.H.15maxalihui, X.060.D.03+ : maxalihui, X.010.F.25maxalihui, X.020.G.21 :  Tolteca(tl)maxalihui

 

1245

Cet élément est formé de une ou plusieurs empreintes. Dans la réalité cela correspond, soit à des traces en creux, celles que laisse un pied dans un sol mou, soit à des empreintes qui sont comme dessinées par un pied mouillé sur un sol dur. Il a été désigné par une des expressions signifiant « trace, empreinte » que donne Molina dans son dictionnaire. Le terme xocpalmachiyotl a été choisi de préférence à Icxitl ou icximachiyotl dans la mesure où, par sa composition - xocpalli : « pied », machiyotl : « signe »-, il fait directement référence au pied de l'homme qui, lui, a été désigné précédemment xocpalli (supra p. 314).

   
1246

Plusieurs variantes de cet élément ont été distinguées en fonction de leur disposition et de leur nombre. Il y a d'abord celles dont les empreintes sont horizontales, puis celles qui sont verticales, celles qui tournent et enfin celles qui se divisent. Chaque variante est ordonnée suivant le nombre d'empreintes.

   
1247

Ces éléments sont orientés en fonction du contexte ; il y cependant quelques exceptions : tous les glyphes lus Quetzalya et Totoquihuaztli, les deux glyphes agrandis et un des glyphes lu Chichimecatlalpaintzin 351.

   

 351 Quetzalya: X.050.H.41, X.060.H.18, et X.100.J.29 / Totoquihuaztli: X.050.G.84 et X.060.G.41 / Glyphes agrandis: X.090.B.52 et X.090.I.13 / Chichimecatlalpaintzin: X.090.C.15

 

1248

 Valeurs phoniques : ya , yauh, pain, temo, (totoqui), (o), (ilo), maxalihui.

   
1249

- ya : cette valeur correspond au radical bref du verbe yauh : « aller ». Elle est attestée par diverses citations pour les anthroponymes personnels lus Quetzalya et elle se trouve aussi dans un document extérieur, la Matrícula de Huexotzinco 352. Cette lecture a été étendue à un glyphe varia qui est semblable, c'est à dire composé de deux empreintes disposées verticalement. Il est probable que cette lecture aurait pu être donnée aux premiers glyphes varia qui, eux, ne comportent qu'une empreinte.

   

 352 MH, f. 629r et 515r

 

1250

- pain : cette valeur correspond au radical bref du verbe paina : « courir ». Elle figure dans les glyphes lus Chichimecatlalpaintzin.

   
1251

- temo : cette valeur correspond au radical du verbe temo : « descendre ». Le choix de cette lecture est indiqué par la position de l'empreinte, verticale, les doigts de pied dirigés vers le bas. Cette lecture n'est pas attestée par des citations mais par des documents extérieurs 353.

   

 353 MH, ?

 

1252

- totoqui : cette valeur vient du verbe totoca : « courir », qui en composition fait totoqui. Cette valeur se trouve dans deux glyphes lus Totoquihuaztli. Cette lecture dérive des citations d'Alva Ixtlilxochitl et elle est attestée par un document extérieur, la septième relation de Chimalpahin. La décomposition de l'expression Totoquihuaztli est problématique : on suppose qu'il s'agît de totoqui-huaztli, de totoca : « courir » et huaztli : ? « contenant, instrument » ou « suffixe de substantif » 354. Dans cette expression le suffixe ne serait pas transcrit et l'élément tototl aurait un rôle de déterminatif phonétique marquant que la lecture ne doit pas être ya ou yauh mais totoca ou totoqui. L'élément tototl : « oiseau » joue ce rôle parce qu'il partage ses deux premières syllabes avec le verbe totoca : « courir ».

   

 354 Traduction donnée par J. Campbell, 1985, p. 392. Pour J. Bierhorst, 1985, p. 722 -huaztli est un substantif défectif: « the nouns -catl, huaztli, palli, Tetl and yotl are defective in that they serve only as the matrix in compounds; they may not stand alone ».

 

1253

- o : la valeur o est le radical du mot otli : « chemin ». Cette valeur est donnée par l'association de l'élément xocpalmachiyotl avec deux lignes parallèles formant l'élément otli : « chemin ». Ces deux éléments forment un couple aux rapports inégaux car otli : « chemin » n'a pas d'existence propre, il n'existe qu'en compagnie de l'élément xocpalmachiyotl, tandis que ce dernier peut lui par contre parfaitement se passer de lui. La valeur o se trouve dans les glyphes lus Ceotzin et Opantecuhtli. La première lecture est déduite tandis que la seconde dérive de citations. La lecture Opantecuhtli a été donnée à tous les glyphes comportant les éléments xocpalmachiyotl, otli : « chemin » et pantli : « bannière ». Autour de ces glyphes un ensemble de citations ont été recueillies, elles se résument en trois expressions : Opantecuhtli, Paintzin et Omicxipan. Opantecuhtli se décompose en o-pan-tecuhtli de otli : « chemin », pan : « suffixe locatif, sur », tecuhtli : « seigneur », Paintzin en pain-tzin, de paina : « courir » et tzin : « suffixe révérenciel » et Omicxipan en om-icxi-pan, de ome : « deux », Icxitl : « empreinte » et pan : « suffixe locatif ». Opantecuhtli a été choisie parce que c'est l'expression qui correspond le plus complètement aux éléments qui sont dessinés. En effet la lecture Paintzin semble peu probable dans la mesure où la valeur pain est obtenue dans les glyphes ChichimecatlalPaintzin sans recours à l'élément otli : « chemin ». La citation Omicxipan, qui est de Torquemada, prend en compte le nombre d'empreintes mais pas l'élément otli : « chemin ». Dans la lecture Opantecuhtli nous ignorons ce qui transmet la fin de l'expression, tecuhtli : « seigneur », et ce qui indique graphiquement qu'une telle lecture doit être faite.

   
1254

- ilo : cette valeur est le radical bref du verbe iloa, n : « retourner ». Elle apparaît dans les expressions Tlailotlacan, tlailotlac et tlailotlaca(tl). Cette valeur est marquée par la disposition des traces de pas qui reviennent sur eux-mêmes.

   
1255

- maxalihui verbe signifiant se diviser. Ce verbe est indiqué par la multiplicité des empreintes et leur disposition particulière en éventail. Cette lecture est hypothétique.

   
1256


   
 

01.04.04  cuitlatl : excrément

Cet élément est utilisé dans un anthroponyme, quatre toponymes et un glyphe agrandi 355.

   

 355 X.060.G.17Cuitlahuatzin, X.050.H.14Cuitlahuac, X.060.H.08Cuitlahuac, X.070.H.27Cuitlahuac, X.100.J.04Cuitlahuac, X.040.I.09Cuitlahuac

 

1258

Il figure un étron vu de dessus. Cet élément a été classé parmi les éléments humains plutôt que parmi les éléments relevant de la faune, seulement pour des raisons formelles, le mot cuitlatl désignant la merde en général, celle des animaux et des hommes, alors que, pour les déjections humaines, il existe un terme spécifique : xixtli : « excrément de l'homme ».

   
1259

Cet élément est orienté selon le contexte, il peut prendre deux positions, l'une verticale, l'autre horizontale, sans que le motif du choix apparaisse.

   
1260

 Valeur phonique : cuitla .

   
1261

C'est la valeur du radical de l'élément.

   
 

02.  Faune

Les éléments regroupés sous la dénomination faune comprennent toutes les figurations d'animaux ainsi que les parties de quelques uns.

   
1263

Cet ensemble a été subdivisé en ayant le souci que la recherche d'un élément se fasse le plus naturellement possible à partir des regroupements d'animaux que notre culture nous amène plus ou moins consciemment à effectuer. Il ne s'agit là, ni de suivre la taxinomie européenne, ni de chercher à reproduire une classification de la faune telle que devaient la concevoir les lettrés aztèques, ce dont on serait d'ailleurs bien en peine, faute d'une étude complète sur ce thème. Le Codex Florentino -véritable encyclopédie bilingue du XVIème siècle, conçue et dirigée par Fray Bernardino de Sahagún qui fit la traduction en espagnol des textes rédigée en nahuatl par divers lettrés aztèques à partir de textes pictographiques dont il ne subsiste plus aujourd'hui que des vignettes- constitue sur ce sujet la source écrite en caractères latins la plus importante de cette époque ;elle nous renvoie, selon Lopez-Austin 356 , à une double classification. La principale, européenne, est la plus générale et comporte en son sein une hiérarchisation des animaux plus ou moins indigène. Cette classification a été seulement en partie suivie pour fixer l'ordre des animaux aériens et plus particulièrement des oiseaux.

   

 356 « The plants and animals are classifed according both to biological kinship and to means of utilization. Even though the big chapter headings are hierarchically established by Sahagùn, the classification into paragraphs and the lists of species appear to have been made by the Nahuas. » López Austin, Alfredo, 1974, p.144.

 

1264

Trois catégories ont été retenues : les animaux aériens, les animaux terrestres et les animaux aquatiques. Cette répartition montre que, de ces grandes classes d'animaux, deux ont été essentiellement mises à profit pour former les éléments constitutifs du Codex Xolotl. En effet la troisième grande division n'est représentée que par deux élément; cipactli : « sorte de caïman » et cilli : « petit coquillage ». L'absence de tout poisson (alors que selon les calculs de H. Prem l'élément michin : « poisson » serait le huitième des éléments les plus employés dans la Matrícula de Huexotzinco 357 ) et d'autres coquillages marque peut-être un certain détournement des produits de la lagune (elle, pourtant si présente tout au long du Codex) ou tient peut-être simplement au fait que la faune aquatique offre, sans doute, moins de figures typées que celles que l'on trouve parmi les quadrupèdes ou les oiseaux.

   

 357 H. Prem, 1974, p. 520

 

1265

Les animaux aériens comportent essentiellement deux groupes : le premier est celui des oiseaux et des parties d'oiseaux, le second celui des insectes.

   
1266

  Parmi les oiseaux on trouve successivement les éléments suivants : quecholli : « sorte d'oiseau », coxolitli : « sorte de faisan », toztli : « perroquet », huitzilli : « oiseau-mouche », aztatl : « héron », cuauhtli : « aigle », Cozcacuauhtli : « vautour », chicuatli : « chouette », chichtli : « chouette », zolin : « sorte de caille », huilotl : « colombe », totolin : « dindon », tototl : « oiseau », atlapalli : « aile », quetzalli : « plume de quetzal », ihuitl : « duvet, plume », ayoquan : « sorte d'oiseau », plume(1), plume(2), plume(04), iztetl : « serre ».   Parmi les insectes se trouvent : chapolin : « sauterelle », papalotl : « papillon », xicotli : « grosse abeille », zayolin : « mouche », et moyotl : « moustique ».

   
1267

Il faut ajouter à ces éléments tzinacan : « chauve-souris » qui, en tant que mammifère volant, assure la transition avec les animaux terrestres.

   
1268

Les animaux terrestres sont composés d'un certain nombres de vertébrés, essentiellement des mammifères tétrapodes ou quadrupèdes, de quelques reptiles et de deux invertébrés. Ces animaux apparaissent dans l'ordre suivant :

   
1269

ocelotl  : « ocelot, jaguar », cuetlachtli : « loup ou ours », miztli : « puma », coyotl : « coyote », tlacuatl : « opossum », quadrupède(1), quadrupède(2), tochtli : « lapin »,  mazatl : « cerf », cuacuahuitl : « andouiller », chocholli : « patte du cerf »,  itzcuintli : « chien », xolotl : « sorte de chien », tozan : « taupe », maitl(02) : « patte antérieure », cuitlapilli : « queue d'animal », icximachiyotl : « trace d'animal », tamazolin : « crapaud », cuetzpalli : « lézard », cohuatl : « serpent », cuechtli : « anneau de serpent », tocatl : « araignée ».

   
1270

La troisième catégorie ne comporte que deux représentant :

   
1271

Cipactli  : « sorte de caïman » et cilli : « petit coquillage ».

   
1272

Alors que le principe général de détermination des éléments est fondé sur la recherche de graphismes aux formes caractéristiques (supra p. 79), ce principe a été mis en défaut avec quelques animaux. A l'intérieur du groupe des quadrupèdes les distinctions ne sont pas toujours aisées à établir. Quelques animaux ne posent aucun problème d'identification : ainsi l'élément xolotl : « sorte de chien » se reconnaît aisément à la forme très caractéristique de ses oreilles qui sont comme coupées droite dans leur partie supérieure. Tozan : « taupe » présente de longues dents courbées et mazatl : « cerf » s'identifie aisément grâce à ses andouillers. Les difficultés commencent avec le cuetlachtli : « loup ». Ses signes caractéristiques semblent être ses oreilles, comme divisées, et ses poils qui se hérissent sur le dos et la queue. La division des oreilles n'est pas toujours très claire dans les dessins et peut être présente dans des oreilles d'autres quadrupèdes. Des difficultés de ce genre vont en croissant avec les éléments coyotl : « coyote », miztli : « puma » et itzcuintli : « chien ». Ne parvenant pas toujours à trouver des critères graphiques évidents permettant de distinguer ces divers éléments et d'effectuer des regroupements satisfaisants, les sources annexes ont été utilisées plus que de coutume et certaines distinction ou association, difficilement soutenable sur une seule base graphique, ont été retenues exceptionnellement.

   
1273

La Faune, comme la Flore d'ailleurs, est composée d'un certain nombre d'éléments complexes. Une partie de leurs traits ont pour vocation de figurer le genre de l'animal tandis que d'autres, plus spécifiques, assurent la reconnaissance de l'animal. Ainsi, une bonne partie des oiseaux, pour lesquels les traits distinctifs se situent le plus souvent au niveau de la tête, ont le corps figuré par une sorte de stéréotype. Cette impression est donnée parce que ces éléments ne montrent toujours qu'une aile, le ventre et une patte, vus de profil et en élévation, et la queue qui est, elle, vue d'en haut de trois-quart. De plus, jusqu'à une certaine dimension de l'élément, les corps des oiseaux sont figurés de la même manière. Si celui-ci était seul visible, il ne serait pas possible de dire qu'il s'agit de tel plutôt que de tel autre oiseau. Ce n'est que quand un oiseau est particulièrement grand que son corps s'individualise un peu et affiche des traits caractéristiques faisant tendre l'image vers la figuration.

   
1274

Pour les quadrupèdes entiers, plus que la forme du corps, ce serait plutôt sa position qui serait commune à certains. Les éléments coyotl : « coyote », cuetlachtli : « loup ou ours », tlacuatl : « opossum », mazatl : « cerf », tozan : « taupe » ou tochtli : « lapin » partagent une même station. Bien des fois ils sont assis à croupetons, la patte antérieure levée, dans une position à l'apparence presque plus humaine qu'animale.

   
1275

Plus peut-être que pour tout autre thème, il était nécessaire de mettre en avant les traits distinctifs. Ceux-ci dégagés, ils ont été confrontés avec les descriptions des animaux qu'offre le Codex Florentino. Dans bien des cas, en particulier lorsque ces textes décrivent, non pas un animal particulier, mais la famille à laquelle il appartient, les descriptions trouvées sont l'expression nahuatl des traits distingués. La confrontation des images avec ces descriptions suggèrent qu'à côté de quelques éléments qui seraient la figuration d'un animal particulier (tozan : « taupe » par exemple où il y a une correspondance presque terme à terme entre la figuration de l'animal et les caractéristiques qui lui sont attribuées dans le texte du Codex Florentino), un grand nombre ferait référence à des familles d'animaux. Ainsi l'élément cuauhtli : « aigle » ne présente, semble-t-il, pas les caractéristiques propres à l'un des membres de cette famille mais bien plutôt celles qui sont commune à son ensemble. Le mot cuauhtli : « aigle » est employé comme en français le mot « aigle ». C'est un terme générique qui ne fait pas référence à un oiseau particulier mais à tout un groupe à l'intérieur duquel un ornithologue peut établir de multiples distinctions. De la même façon, les connaisseurs aztèques nommaient les différents membres de la famille des cuauhtli de divers noms. Ces noms présentent la caractéristique d'être construits en utilisant la racine cuauh. Ce fait explique pourquoi, pour de nombreux éléments, ont été relevé les noms des animaux qui sont formés à partir de la racine fournie par sa désignation. Il est, en effet, fort probable que lorsque cette racine se retrouve dans plusieurs noms, les caractéristiques de l'élément fasse référence à une famille d'animaux plutôt qu'à l'un de ses membres.

   
1276

 Pour ce faire le Codex Florentino et le dictionnaire de Molina ont été mis à contribution pour voir si le radical de l'élément était utilisé dans des expressions composées pour désigner d'autres animaux proches. Cette recherche n'a qu'une valeur limitée car elle repose sur une double hypothèse : tous les animaux d'une même famille comporterait dans leur nom le même radical, tous les animaux comportant un même radical appartiendrait à la même famille. Par expérience nous savons que les choses ne sont pas si simples et que, si ces deux hypothèses sont globalement exactes, il y a toujours un certain nombre d'exceptions 358. La lecture des descriptions dans le Codex Florentino permet cependant de contourner cet écueil dans la plupart des cas.

   

 358 Ainsi presque tous les chalchihuitl: « jade » comportent le radical chalchiuh dans leurs noms mais le achalchiuitl: « marbre » n'a rien à voir avec ce groupe et le quetzalitztli qui en est le membre le plus prisé ne comporte pas ce radical.

 

1277

L'utilisation du radical d'un élément pour former les noms des animaux d'une même famille ne permet que de présumer que le référent est l'ensemble des animaux de cette famille et non pas un individu, mais cela ne suffit pas. Il est, en effet, toujours possible qu'un individu aux traits particulièrement caractéristiques d'un groupe soit choisi pour servir de fondement réel au dessin d'un élément. La langue en montre des exemples : le mot chalchihuitl : « jade » désigne tout à la fois l'ensemble des pierres formant la famille des chalchihuitl et en même temps l'une des pierres de ce groupe. Le même phénomène peut se produire avec les animaux mais malheureusement déceler les cas nécessiterait une étude approfondie pour chacun.

   
1278

Tel n'est pas notre propos, qui est simplement de mettre en valeur, en les décrivant brièvement, les traits distinctifs de chaque élément. Puis, selon que la signification de l'élément évoque un individu ou une famille, de comparer l'élément avec son référent particulier ou avec les diverses unités de la famille qui fondent l'image. Dans tous les cas, il s'agit de percevoir quels sont les caractéristiques naturelles des animaux qui ont été retenues et stylisées pour en faire les traits distinctifs des éléments.

   
 

02.01. Animaux aériens



   
 

02.01.01 quecholli : sorte d'oiseau

L'élément quecholli est utilisé huit fois dans le Codex, dans trois anthroponymes personnels, quatre toponymes et un anthroponyme locatif 359.

   

 359 101.H.32 : Quecholtzin, 101.L.42 : Quecholtzin, X.010.E.04Quechollan altepetl, X.012.B.18Quechollan, X.020.D.28Quechollan altepetl, X.060.A.08Quecholac, X.030.C.41Quecholpantzin, X.040.C.03xiuhquecholteca(tl),

 

1281

Cet élément apparaît, soit sous la forme d'une oiseau entier, soit avec la tête seule. Le bec spatulé, à l'aspect particulier, et la crête sont deux traits distinctifs.

   
1282

Dans trois cas 360 cet élément est entièrement coloré de bleu, à l'exception du bec et de la patte qui sont laissés sans couleur, sauf en X.010.E.04.jpg'>X.010.E.04 où ils sont jaunes. La couleur bleue n'est pas constante. En effet, le toponyme Quechollan, figurant sur les planches X.010, X.012 et X.020, est laissé sans couleur en X.012.B.18.

   
1283

Les deux traits distinctifs de cet élément peuvent être rapprochés d'un oiseau nommé tlauhquechol (tlauh-quechol; tlahuitl : « rouge », quecholli) ou encore teoquechol (teo-quechol; teo : « grand », quecholli). Le Codex Florentino dit de cet oiseau : « il a un large bec, son bec est dur dans la main 361 ; il a une crête » Mais ce n'est pas cet oiseaux particulier qui est figuré par cet élément car il est dit dans le même texte que cet oiseau, identifié comme étant un Roseate Spoonbill 362 , a les pattes « rouges » et que son plumage est : « pâle, rose, clair, très pâle » 363. Or l'élément quecholli a les pattes jaunes et le plumage bleu 364. A l'instar de l'élément cuauhtli (infra p. 349), cet élément ne fait pas référence à un quecholli défini mais bien plutôt à un groupe d'oiseaux aux caractéristiques communes.

   

 361 CF,XI,2,20  tempatlaoac, mactepoztic in iten; quachichiquile: « it is wide-billed; its bill is like a palette knive. It is crested. » Notre traduction du mot mactepoztic est littérale et incertaine.  Cette expression se décompose en ma-c-tepoz-ti-c, soit maitl: » main », c(o): « suffixe locatif », tepoz(tli): « métal », ti(a): « suffixe de verbe dérivé » et c: » suffixe d'adjectif dérivé ». Dibble & Anderson traduisent par « its bill is like a palette knive » et Sahagùn décrit ce bec par la formule « tiene el pico como paleta de boticario; que ellos llaman espátula » (III,HG,XI,2,235). (HG désigne l'Historia General de las Cosas de Nueva España de Sahagún dans l'édition de 1969. Les premiers chiffres romains indiquent le tome, les suivants le livre, les chiffres romains le paragraphe et la page)

 

 362 CF,XI,2,20, note 8

 

 363 chichiltic ...iztaleuac, tlaztaleoaltic, iztalectic

 

 364 La couleur bleu, avec sa valeur xiuh, peut donner la lecture xiuhquechol et ainsi exprimer  le nom d'un oiseau ainsi appelé. Il est dit (CF,XI,2,20) texotic in iahaz, yoan in icuitlatl: « ses ailes et sa queue sont bleues ». Mais d'après la vignette correspondante à ce texte (No 45, f.21r) cet oiseau n'a ni le bec en spatule ni la crête de l'élément quecholli.

 

1284

Tous ces éléments sont figurés de profil dans une position particulière, la tête et le bec relevés. Cette figuration fait penser aux canards quand ils déglutissent. Ils ont toujours la même orientation que leur contexte.

   
1285

 Valeur phonique : quechol

   
1286

Cette valeur correspond au radical de quecholli. Dans les expressions cette valeur apparaît en position initiale, sauf en X.040.C.03 où la lecture est xiuhquecholtzin.

   
1287

Seule la valeur quechol a été retenue alors que les citations en suggèrent une autre avec l'expression  tepoyan... Mais cette dernière ne correspondant à aucun terme connu, sa valeur a été laissée de côté.

   
1288

Il se passe un phénomène singulier dans le rapport entre les oiseaux entiers (que ce soit des cuauhtli : « aigle » ou des quecholli) et les citations d'Alva Ixtlilxochitl. Dans cinq cas 365 cet auteur cite les glyphes en employant l'expression Cuauhquecholli (cuauh-quecholli; cuauhtli : « aigle », quecholli), alors que, graphiquement, on a affaire, soit à un glyphe cuauhtli, soit à un glyphe quecholli et jamais à un mélange des deux. De plus, dans deux cas, cet auteur hésite citant X.010.E.04.jpg'>X.010.E.04 comme Quechollan (quechol-lan; quecholli, tlan : « suffixe locatif ») dans ses Relaciones et comme CuauhQuechollan (cuauh-quechol-lan; cuauhtli : « aigle », quecholli, lan : « suffixe locatif), dans l'Historia Chichimeca ; et X.050.D.05.jpg'>X.050.D.05 comme Cuauhtepec (cuauh-tepe-c; cuauhtli : « aigle », tepetl : « montagne », c : « suffixe locatif ») dans les Relaciones et dans le même texte mais quelques pages plus loin comme CuauhQuechollan. Les oiseaux entiers semblent avoir dérouté Alva Ixtlilxochitl mais il faut noter qu'il n'est pas le seul dans ce cas. Ainsi dans la Matrícula de Huexotzinco trouve-t-on deux glyphe annotés Cuauhquechol et CuauhQuechollan 366. Or là encore on ne voit qu'un oiseau entier, ailes ouvertes, avec un tête d'aigle, mais rien ne vient marquer la valeur quecholli ! Pourtant cette valeur est exprimée dans d'autres documents, comme le Codex Mendoza 367 où le glyphe CuauhQuechollan présente un aigle entier avec un élément quecholli (ici deux plumes ayant une forme particulière) que l'on retrouve dans le glyphe Quecholac (quechol-a-c; quecholli, atl : « eau », c : « suffixe locatif ») du même folio.

   

 366 Matrícula de Huexotzinco f.716r et 868r

 

 367 Codex Mendoza f. 42

 

1289

   
 

02.01.02 coxolitli : sorte de faisan

Cet élément est utilisé cinq fois, toujours dans des anthroponymes personnels 368.

   

 368 X.100.I.05 :  TechotlalatzinCoxcoxtzin, 101.F.06 : Coxcotzin, X.050.D.30Coxcotzin, X.050.D.44Coxcotzin, X.040.H.25Coxcotzin

 

1291

L'oiseau peut être figuré entier, avec la tête et une aile, ou bien seulement avec la tête. Cette dernière a une crête semblable à celle de l'élément quecholli, mais le bec, non spatulé, est proche de ceux des éléments cuauhtli : « aigle ».

   
1292

La désignation de cet élément s'appuie sur des citations qui indiquent que l'élément recherché commence par la syllabe cox... D'après le dictionnaire de Molina 369 , seuls deux oiseaux comportent cette syllabe dans leurs noms : le coxolitli et le cuauhcoxolitli, tout deux traduits par « faisan ». R. Siméon ajoute, lui, le mot Coxcox : « sorte de faisan », trouvé dans les travaux de J.M.A. Aubin. La désignation Coxcox ou Coxcoxtli n'a pas été retenue car sans fondement assuré 370.

   

 369 J. Campbell p. 82

 

 370 C'est cependant le terme qui a été préféré par C. Aguilera dans sa contribution « El Coxcoxtli y los cracidos Mexicanos », 1983. Alors qu'elle emploie aussi le terme coxolitli en indiquant son origine, elle ne fait pas de même avec Coxcoxtli, dont on ne connait donc pas la provenances. Cependant ce mot est attesté par les Cantares Mexicanos et J. Bierhorst mentionne d'autres occurrences dans son dictionnaire (p.93).

 

1293

C. Aguilera identifie le coxolitli comme un « Penelope purpurascens » 371. Rien ne permet d'affirmer que l'élément de ce Codex fait référence à un oiseau spécifique, peut-être s'agit-il là encore d'une classe d'oiseaux dont la seule caractéristique commune serait d'avoir une crête.

   

 371 C. Aguilera, 1983 p. 71

 

1294

Cet élément n'apparaissant qu'à partir de la planche X.040, il ne comporte jamais de couleur.

   
1295

L'oiseau est figuré de profil, orienté trois fois vers la droite et deux fois vers la gauche. L'orientation est toujours semblable à celle du contexte.

   
1296

 Valeurs phoniques : cox , Coxcox

   
1297

Cet élément a pour valeur seulement la première syllabe du mot coxolitli, cox 372 , ou bien cette syllabe doublée, Coxcox. Dans les expressions, cette valeur est en position initiale et la lecture des glyphes se fait du haut vers le bas.

   

 372 Cette valeur cox est suggéré par la compostion des glyphes Coxcotzin dont le  deuxième élément est systématiquement comitl: « pot » dont une des valeurs est co et elle est corroboré par le nom d'un des souverains de Colhuacan qui est mentionné dans les Cantares Mexicanos: Coxcotzin (J.Bierhorst, Cantares, p. 252-53). Ce personnage est bien le même que celui que l'on trouve en X.040.H.25 car ce poème évoque un personnage du nom de calcozametl. Or le souverain de Colhuacan qui se trouve juste au dessus de Coxcotzin a pour glyphe X.040.H.20 qu'Alva Ixtlilxochitl cite comme étant Calcozametzin.  Cette dénomination, conforme aux glyphes du Xolotl, est préférée à celle d'Alva Ixtlilxochitl, Coxcoxtzin,  qui ne prend pas en compte le deuxième élément du glyphe.

 

1298

Le glyphe X.100.I.05 aurait, lui, une double lecture. La première serait Techotlalatzin, semblable à celle des glyphes de même composition mais dont l'oiseau est un élément tototl (infra p. 358) et une seconde donnée par la tête même avec sa crête, qui serait Coxcoxtzin 373.

   

 373 Dans d'autres sources un tel double nom existe, mais il est appliqué au quatrième souverain de Texcoco et non pas à ce personnage qui est seigneur de Itztapalapan du temps de Nezahualcoyotl. (Mapa Tlohtzin, 3ème Relation de Chimalpahin ( J. de Durand-Forest, 1987, p.59))

 

1299


   
 

02.01.03 toztli : perroquet

Cet élément présente quatre occurrences dans des glyphes anthroponymiques semblables 374.

   

 374 X.050.A.49Tozquentzin, X.060.F.18Tozquentzin, X.040.B.11Tozquentzin, 101.C.05 : Tozquentzin .

 

1301

Il s'agit d'une tête d'oiseau à la calotte unie et au bec crochu. Dans l'élément qui a la plus grande taille 375 , l'aspect crochu du bec est très accentué et fait penser à un bec de perroquet. Les autres éléments ont des becs moins caractéristiques, comme si la tête seule d'un oiseau suffisait à faire reconnaître l'élément toztli. Certains becs des éléments tototl : « oiseau » (supra p. 358) sont aussi crochus et il semble que l'identification de l'élément tototl se fasse alors du fait que la tête d'oiseau est toujours associée au corps de l'oiseau ou au minimum à une aile. Pour la détermination de certains oiseaux le bec ne semble donc pas jouer un rôle de premier plan.

   

 375 101.C.05

 

1302

La tête est figurée de profil, deux fois elle est tournée vers la droite et deux fois en sens contraire. Dans tous les cas glyphes et contextes partagent la même orient